Euphorie et soulagement dans le camp conservateur
Calgary — La vague conservatrice qui a balayé le pays et porté Stephen Harper à la tête d’un gouvernement minoritaire hier soir a provoqué une réaction euphorique chez les quelque 2000 militants du Parti conservateur réunis au Telus Convention Centre de Calgary. À 22h1 hier soir, lorsque la chaîne Global s’est prononcée la première et a annoncé une victoire du PC, la foule en liesse a d’abord poussé un cri de joie assez puissant pour qu’on l’entende jusqu’à Ottawa avant de chuchoter son soulagement à mesure que les résultats sortaient.
On était ainsi soulagé de voir l’Ouest reprendre une place de choix sur la scène fédérale après 13 ans de frustrations accumulées mais aussi de voir la percée étonnante des conservateurs au Québec. «Nous sommes maintenant un vrai parti national, un parti rassembleur», a d’ailleurs affirmé Rona Ambrose, députée du PC en Alberta. La victoire a beau ne pas être aussi spectaculaire que certains conservateurs l’espéraient, le retour au pouvoir a semé un bonheur bien évident au sein de la droite canadienne, qui sort d’une traversée du désert qui aura duré plus d’une décennie. «Ça montre que les gens voulaient du changement, c’est très positif», a soutenu Peter MacKay, député du PC en Nouvelle-Écosse et responsable de la fusion de la droite avec Stephen Harper.
Au moment de mettre sous presse, le chef conservateur, qui vient de réussir une spectaculaire résurrection politique, lui qu’on avait donné pour mort à plusieurs reprises, n’avait toujours pas pris la parole devant ses supporters. La foule a fortement réagi lorsque le réseau CTV a diffusé une entrevue avec le dernier leader conservateur à avoir pris le pouvoir, Brian Mulroney. «En unifiant la droite, M. Harper a fait preuve d’un grand leadership», a-t-il commenté avant d’ajouter que la campagne du PC avait été «intelligente et réaliste». M. Mulroney a dit apprécier de voir le Québec ajouter une couleur sur sa carte électorale avec l’élection de plusieurs députés du PC. «On a vu changer les choses après le discours de M. Harper le 19 décembre à Québec. C’est bien pour le Canada», a-t-il dit.
Michael Fortier, coprésident de la campagne nationale du Parti conservateur, arpentait la grande salle du Telus Convention Centre d’un air radieux. «C’est beaucoup plus que prévu au Québec, on pensait aller en chercher deux ou trois, c’est merveilleux! C’est une victoire éclatante et encourageante», a-t-il dit au Devoir. Selon lui, la même victoire, mais sans un seul député du PC au Québec, aurait été «désastreuse». «La situation a changé du tout au tout en deux mois, c’est incroyable. Et, pour Harper, c’est important, parce que là il a l’embarras du choix pour son cabinet», a expliqué Michael Fortier, qui estime que ce n’est que le début. «Avec autant de députés au Québec, on peut penser aller en chercher 30 la prochaine fois», a-t-il dit.
Dans la bouche de tous les supporters conservateurs, la percée au Québec est vue comme un cadeau du ciel. Chaque gain au Québec était accueilli par un tonnerre d’applaudissements. «Wow! Peut-être dix sièges au Québec, c’est incroyable! Je suis tellement content, j’ai l’impression que l’Ouest et l’Est sont ensemble pour la première fois depuis longtemps», a déclaré au Devoir un militant, James Burnett, soulignant que l’Alberta ne vote plus libéral depuis de nombreux scrutins et se sent donc exclue. «Ça dépasse nos attentes, tout le monde disait que c’était impossible au Québec, mais on a vu que non», a ajouté le député de Calgary, Jason Kenney.
Des doutes
Dans l’entourage politique de Stephen Harper, certains regardaient évidemment le déroulement de la soirée d’hier avec fierté mais aussi avec soulagement. Au début de la semaine dernière, malgré les sondages favorables, un conseiller de M. Harper confiait au Devoir que tout pouvait encore basculer et qu’une prédiction de victoire était impossible à faire.
«Honnêtement, au début de la campagne, je ne pensais pas que c’était possible de gagner, je pensais que les libéraux seraient minoritaires et que c’était la fin», a soutenu un membre de l’entourage de M. Harper. Cela montre à quel point les troupes conservatrices ont l’impression de revenir de loin.
Il faut dire que Stephen Harper a été déclaré «cliniquement mort» à plusieurs reprises au cours des derniers mois, incapable, disait-on, de tirer parti de ses chances et de réunir une équipe efficace qui aspire au pouvoir.
Mais si Stephen Harper est resté en poste après la défaite de 2004, c’est qu’il croyait encore à ses chances. C’est dans cette optique qu’en août dernier, il a complètement remanié son personnel et mis à la porte une quinzaine de personnes. M. Harper les a remplacées par une nouvelle équipe axée sur le contenu et les élections à venir. «Il était confiant au début des élections. Plus que nous, je dois l’avouer. Il a dit qu’on pouvait gagner avec cette stratégie, et on l’a suivi. Et, ce soir, il pourrait bien avoir raison», a affirmé un de ses proches hier après-midi. «Il a joué ce scrutin comme une partie d’échecs, se demandant quoi faire à court terme pour que ça bouge à long terme. Dans l’avion, dans l’autobus, à l’hôtel, il réfléchissait 24 heures sur 24 à la stratégie», a-t-on expliqué.
Le chef lui-même avoue revenir de loin. Samedi, lors d’un point de presse improvisé à bord de l’autobus des médias, il a candidement répondu à une question du Devoir. «On a dit que j’étais fini plusieurs fois déjà. Mais j’aime les chats: ils ont neuf vies, et je crois qu’il m’en reste encore. À la fin, c’est la population qui décide. Depuis cinq ans, j’ai fait des progrès et je suis maintenant optimiste de gagner. Je dois gagner», a-t-il avoué, sachant qu’une défaite sonnerait la fin de sa carrière politique.
Dans l’entourage de Stephen Harper, au milieu des sceptiques, quelques bonnes têtes politiques croyaient tout de même en leurs chances. «J’ai toujours pensé que c’était possible en raison du nombre élevé d’électeurs qui affirmaient vouloir changer de gouvernement», a expliqué la sénatrice et conseillère de M. Harper durant cette campagne, Marjory LeBreton. «Ce chiffre n’a jamais baissé sous les 50 %. Notre défi était que ces gens votent pour nous.»
Dimanche soir, après un souper avec sa garde rapprochée dans un hôtel de Vancouver, là où la caravane conservatrice avait fait son dernier arrêt, Stephen Harper avait à peine parlé d’une possible victoire, convaincu, comme son entourage, que le mauvais sort pouvait encore frapper. Hier matin à 7h, lorsque son directeur des communications l’a appelé au téléphone, M. Harper était déjà debout depuis un bon moment, multipliant les appels à ses organisateurs sur le terrain, qui étaient à pied d’oeuvre pour «faire sortir le vote».
Au cours de la journée, Stephen Harper et son équipe ont préparé quelques versions du discours de fin de soirée en fonction des trois scénarios possibles: une victoire-surprise des libéraux, une victoire conservatrice minoritaire et une victoire conservatrice majoritaire. Deux suites de l’hôtel Hyatt de Calgary permettaient à Stephen Harper de suivre le déroulement de la soirée, tantôt avec son équipe de stratèges, tantôt avec sa mère, ses frères, son épouse et ses deux enfants. Tous étaient évidemment heureux hier soir mais probablement aussi conscient des défis qui attendent Stephen Harper au cours des prochains mois.
On était ainsi soulagé de voir l’Ouest reprendre une place de choix sur la scène fédérale après 13 ans de frustrations accumulées mais aussi de voir la percée étonnante des conservateurs au Québec. «Nous sommes maintenant un vrai parti national, un parti rassembleur», a d’ailleurs affirmé Rona Ambrose, députée du PC en Alberta. La victoire a beau ne pas être aussi spectaculaire que certains conservateurs l’espéraient, le retour au pouvoir a semé un bonheur bien évident au sein de la droite canadienne, qui sort d’une traversée du désert qui aura duré plus d’une décennie. «Ça montre que les gens voulaient du changement, c’est très positif», a soutenu Peter MacKay, député du PC en Nouvelle-Écosse et responsable de la fusion de la droite avec Stephen Harper.
Au moment de mettre sous presse, le chef conservateur, qui vient de réussir une spectaculaire résurrection politique, lui qu’on avait donné pour mort à plusieurs reprises, n’avait toujours pas pris la parole devant ses supporters. La foule a fortement réagi lorsque le réseau CTV a diffusé une entrevue avec le dernier leader conservateur à avoir pris le pouvoir, Brian Mulroney. «En unifiant la droite, M. Harper a fait preuve d’un grand leadership», a-t-il commenté avant d’ajouter que la campagne du PC avait été «intelligente et réaliste». M. Mulroney a dit apprécier de voir le Québec ajouter une couleur sur sa carte électorale avec l’élection de plusieurs députés du PC. «On a vu changer les choses après le discours de M. Harper le 19 décembre à Québec. C’est bien pour le Canada», a-t-il dit.
Michael Fortier, coprésident de la campagne nationale du Parti conservateur, arpentait la grande salle du Telus Convention Centre d’un air radieux. «C’est beaucoup plus que prévu au Québec, on pensait aller en chercher deux ou trois, c’est merveilleux! C’est une victoire éclatante et encourageante», a-t-il dit au Devoir. Selon lui, la même victoire, mais sans un seul député du PC au Québec, aurait été «désastreuse». «La situation a changé du tout au tout en deux mois, c’est incroyable. Et, pour Harper, c’est important, parce que là il a l’embarras du choix pour son cabinet», a expliqué Michael Fortier, qui estime que ce n’est que le début. «Avec autant de députés au Québec, on peut penser aller en chercher 30 la prochaine fois», a-t-il dit.
Dans la bouche de tous les supporters conservateurs, la percée au Québec est vue comme un cadeau du ciel. Chaque gain au Québec était accueilli par un tonnerre d’applaudissements. «Wow! Peut-être dix sièges au Québec, c’est incroyable! Je suis tellement content, j’ai l’impression que l’Ouest et l’Est sont ensemble pour la première fois depuis longtemps», a déclaré au Devoir un militant, James Burnett, soulignant que l’Alberta ne vote plus libéral depuis de nombreux scrutins et se sent donc exclue. «Ça dépasse nos attentes, tout le monde disait que c’était impossible au Québec, mais on a vu que non», a ajouté le député de Calgary, Jason Kenney.
Des doutes
Dans l’entourage politique de Stephen Harper, certains regardaient évidemment le déroulement de la soirée d’hier avec fierté mais aussi avec soulagement. Au début de la semaine dernière, malgré les sondages favorables, un conseiller de M. Harper confiait au Devoir que tout pouvait encore basculer et qu’une prédiction de victoire était impossible à faire.
«Honnêtement, au début de la campagne, je ne pensais pas que c’était possible de gagner, je pensais que les libéraux seraient minoritaires et que c’était la fin», a soutenu un membre de l’entourage de M. Harper. Cela montre à quel point les troupes conservatrices ont l’impression de revenir de loin.
Il faut dire que Stephen Harper a été déclaré «cliniquement mort» à plusieurs reprises au cours des derniers mois, incapable, disait-on, de tirer parti de ses chances et de réunir une équipe efficace qui aspire au pouvoir.
Mais si Stephen Harper est resté en poste après la défaite de 2004, c’est qu’il croyait encore à ses chances. C’est dans cette optique qu’en août dernier, il a complètement remanié son personnel et mis à la porte une quinzaine de personnes. M. Harper les a remplacées par une nouvelle équipe axée sur le contenu et les élections à venir. «Il était confiant au début des élections. Plus que nous, je dois l’avouer. Il a dit qu’on pouvait gagner avec cette stratégie, et on l’a suivi. Et, ce soir, il pourrait bien avoir raison», a affirmé un de ses proches hier après-midi. «Il a joué ce scrutin comme une partie d’échecs, se demandant quoi faire à court terme pour que ça bouge à long terme. Dans l’avion, dans l’autobus, à l’hôtel, il réfléchissait 24 heures sur 24 à la stratégie», a-t-on expliqué.
Le chef lui-même avoue revenir de loin. Samedi, lors d’un point de presse improvisé à bord de l’autobus des médias, il a candidement répondu à une question du Devoir. «On a dit que j’étais fini plusieurs fois déjà. Mais j’aime les chats: ils ont neuf vies, et je crois qu’il m’en reste encore. À la fin, c’est la population qui décide. Depuis cinq ans, j’ai fait des progrès et je suis maintenant optimiste de gagner. Je dois gagner», a-t-il avoué, sachant qu’une défaite sonnerait la fin de sa carrière politique.
Dans l’entourage de Stephen Harper, au milieu des sceptiques, quelques bonnes têtes politiques croyaient tout de même en leurs chances. «J’ai toujours pensé que c’était possible en raison du nombre élevé d’électeurs qui affirmaient vouloir changer de gouvernement», a expliqué la sénatrice et conseillère de M. Harper durant cette campagne, Marjory LeBreton. «Ce chiffre n’a jamais baissé sous les 50 %. Notre défi était que ces gens votent pour nous.»
Dimanche soir, après un souper avec sa garde rapprochée dans un hôtel de Vancouver, là où la caravane conservatrice avait fait son dernier arrêt, Stephen Harper avait à peine parlé d’une possible victoire, convaincu, comme son entourage, que le mauvais sort pouvait encore frapper. Hier matin à 7h, lorsque son directeur des communications l’a appelé au téléphone, M. Harper était déjà debout depuis un bon moment, multipliant les appels à ses organisateurs sur le terrain, qui étaient à pied d’oeuvre pour «faire sortir le vote».
Au cours de la journée, Stephen Harper et son équipe ont préparé quelques versions du discours de fin de soirée en fonction des trois scénarios possibles: une victoire-surprise des libéraux, une victoire conservatrice minoritaire et une victoire conservatrice majoritaire. Deux suites de l’hôtel Hyatt de Calgary permettaient à Stephen Harper de suivre le déroulement de la soirée, tantôt avec son équipe de stratèges, tantôt avec sa mère, ses frères, son épouse et ses deux enfants. Tous étaient évidemment heureux hier soir mais probablement aussi conscient des défis qui attendent Stephen Harper au cours des prochains mois.
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