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L'enseignement en région

Paule Des Rivières   27 septembre 2002 
Confrontés à des baisses significatives d'étudiants, les cégeps et les universités en région n'arrivent plus à boucler leur budget. Mais, s'estimant indispensables à la survie des régions dans lesquelles ils évoluent, ils tentent de convaincre le gouvernement de hausser leurs crédits. Il ne faut pas perdre de vue l'essentiel, qui reste la qualité de la formation en région.

Le déclin démographique et le vieillissement de la population revêtent un caractère dramatique dans plusieurs régions du Québec, et l'avenir des institutions d'enseignement y est compromis à maints endroits. Dans ce contexte, les responsables de la Fédération des cégeps et ceux de l'Université du Québec ont insisté cette semaine devant la Commission de l'éducation sur les baisses de clientèle et sur la nécessité pour chaque établissement de développer une expertise originale. Les universités parlent de «pôles de développement», de «niches distinctes»; les cégeps, de «centres d'excellence». Chaque institution serait unique, de préférence en lien direct avec les ressources économiques de sa région.

Dans le cas des cégeps, dont certains perdront un tiers de leurs étudiants au cours des huit prochaines années, les changements proposés sont majeurs. Le président de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher, croit que l'époque du «mur à mur», où chacun des 48 cégeps offrait toutes les options, est révolue. Il rêve, pour assurer le développement de son réseau, de développer le volet recherche et, ainsi, d'être admissible aux subventions prévues à ces fins.

Déjà, 28 collèges ont un «centre de transfert de technologie» voué à la recherche appliquée pour les entreprises de leur région. On le voit, pour les responsables des cégeps, l'avenir en région passe non seulement par un rapprochement avec les entreprises mais aussi par une intensification de la formation technique.

Les constituantes de l'Université du Québec estiment elles aussi que leur survie dépend de leur capacité de se donner une mission unique. Elles demandent donc à Québec de mieux soutenir «les affirmations institutionnelles», quitte à décourager «les concurrences indues».

Certaines constituantes universitaires ont raison d'insister sur le rôle économique essentiel qu'elles jouent, en répondant aux besoins des entreprises mais aussi en formant des diplômés qui, n'ayant pas eu à s'exiler pour étudier, sont plus susceptibles de demeurer là où ils sont nés.

Le gouvernement a tout à fait raison de stimuler la réflexion sur ce défi social que constitue la baisse de la natalité. En novembre, il tiendra son Sommet des régions; on peut prévoir qu'il aura quelques bonnes nouvelles à annoncer aux régions. Fort bien. Mais les investissements ponctuels ne sauraient remplacer la planification à long terme.

Dans le secteur de l'éducation, l'État verse déjà 15 millions par année aux cégeps pour leur permettre d'offrir certains cours qui n'attirent pas plus de 10 étudiants. Pour leur part, les constituantes de l'Université du Québec se sont partagé 28 millions additionnels, destinés à atténuer les effets de la chute de clientèle.

La réalité démographique force une réflexion sur le rôle des cégeps et des universités en région. Il saute aux yeux que les uns et les autres devront apprendre à travailler ensemble à la réalisation d'objectifs souvent semblables et, qui sait, peut-être fondre leurs destinées dans certains cas.

Par ailleurs, cégeps et universités misent beaucoup sur les liens avec les acteurs locaux, pari tout à fait logique. Dans ce contexte, on peut prévoir une explosion de la formation sur mesure, répondant à des commandes de l'entreprise. Cela n'est pas nécessairement un drame. Mais encore faut-il que les choses soient claires. Quel type d'enseignement supérieur les universités en région veulent-elles dispenser? Quelle place les cégeps réservent-ils à la formation générale, pré-universitaire? Voilà deux questions auxquelles il faudra répondre lorsque viendra le temps d'adopter des politiques sur l'enseignement en région. L'accessibilité oui, mais à quelles conditions?

pdesrivieres@ledevoir.ca
 
 
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