Référendaire, disait-il
La campagne électorale en est à ses derniers moments. Déclenchée par un vote de non-confiance le 28 novembre, elle ne s'est pas déroulée comme l'espéraient libéraux et bloquistes. Aujourd'hui, le Parti conservateur est à quelques encablures seulement d'une victoire dont l'ampleur sera déterminée par les hésitations de dernière minute qu'auront un certain nombre d'électeurs à «changer pour vrai».
Au lendemain de sa défaite aux Communes, le Parti libéral s'est lancé le premier sur le sentier électoral. Les augures étaient plutôt favorables. La réponse du gouvernement Martin au rapport Gomery avait été plutôt bien accueillie au Canada anglais, où le scandale des commandites semblait être devenu un enjeu secondaire. Au Québec, M. Martin pensait pouvoir sonner le rappel des forces fédéralistes en attribuant un caractère référendaire à ce scrutin. Il ne restait plus qu'à faire valoir les réalisations de son gouvernement, brandir le drapeau canadien face aux États-Unis de George W. Bush puis, lorsque nécessaire, dénoncer l'horrible Parti conservateur. Cela allait même être plus facile qu'aux élections du 28 juin 2004.
Cette stratégie des libéraux aura fait long feu. La première erreur fut de ne pas s'être armé d'un programme électoral consistant. Au scrutin précédent, Paul Martin sortait d'une course au leadership et débordait d'idées qui se sont toutefois épuisées en 18 mois alors que les trois partis d'opposition ont fait leur travail de ce côté. Une deuxième faute fut de sous-estimer les conservateurs, qui étaient fin prêts. Le dur coup qu'ils avaient reçu avec la défection de Belinda Stronach n'avait en rien altéré leur vigueur.
Ce que les libéraux n'avaient surtout pas vu, c'est ce déplacement opéré en douce par Stephen Harper vers le centre de l'échiquier politique, qui leur a laissé moins d'espace. Ils ont dès lors été forcés de se déplacer vers la gauche, où les attendaient par ailleurs le néo-démocrate Jack Layton et le bloquiste Gilles Duceppe.
Ce que le Parti libéral n'a pas vu venir, le Bloc québécois ne l'a pas vu non plus. Le slogan «Heureusement, ici, c'est le Bloc» illustre le degré de confiance qui animait au point de départ ce parti qui n'avait qu'un seul véritable adversaire et qui, de toute façon, était déjà K.-O. On n'imaginait pas que le Parti conservateur pourrait lui ravir l'écoute d'une partie de l'électorat nationaliste avec deux ou trois idées réunies sous le vocable de «fédéralisme d'ouverture». Pourtant, en un instant, Stephen Harper a changé la donne tant pour le Parti libéral, devenu joueur de second plan dans la défense du fédéralisme au Québec, que pour le Bloc et, par ricochet, le Parti québécois.
Ainsi placé sur la défensive, Paul Martin et Gilles Duceppe n'ont eu d'autre choix que de s'attaquer au programme de leur opposant conservateur. Le premier à le faire a été le premier ministre qui, en démonisant à outrance Stephen Harper et son «agenda caché», a cherché à polariser le débat autour de la question des valeurs canadiennes. À l'en croire, l'objet premier du scrutin ne serait pas d'élire un gouvernement mais de choisir entre deux projets de société... comme lors d'un référendum.
Attribuer un caractère référendaire au scrutin illustre la situation désespérée dans laquelle le Parti libéral s'est retrouvé. Cette tactique pourrait néanmoins priver le Parti conservateur de la «prime de l'urne» qu'apporte au vainqueur le ralliement des électeurs qui se laissent porter par la vague. Elle pourrait être d'autant plus efficace que Stephen Harper a alimenté les hésitations de certains par quelques déclarations ambiguës qu'il a faites au cours des derniers jours sur le mariage entre conjoints de même sexe et l'impartialité des tribunaux. En bout de course, cette tactique pourrait nous garder d'un gouvernement conservateur majoritaire. Un gouvernement minoritaire serait plus rassurant.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Au lendemain de sa défaite aux Communes, le Parti libéral s'est lancé le premier sur le sentier électoral. Les augures étaient plutôt favorables. La réponse du gouvernement Martin au rapport Gomery avait été plutôt bien accueillie au Canada anglais, où le scandale des commandites semblait être devenu un enjeu secondaire. Au Québec, M. Martin pensait pouvoir sonner le rappel des forces fédéralistes en attribuant un caractère référendaire à ce scrutin. Il ne restait plus qu'à faire valoir les réalisations de son gouvernement, brandir le drapeau canadien face aux États-Unis de George W. Bush puis, lorsque nécessaire, dénoncer l'horrible Parti conservateur. Cela allait même être plus facile qu'aux élections du 28 juin 2004.
Cette stratégie des libéraux aura fait long feu. La première erreur fut de ne pas s'être armé d'un programme électoral consistant. Au scrutin précédent, Paul Martin sortait d'une course au leadership et débordait d'idées qui se sont toutefois épuisées en 18 mois alors que les trois partis d'opposition ont fait leur travail de ce côté. Une deuxième faute fut de sous-estimer les conservateurs, qui étaient fin prêts. Le dur coup qu'ils avaient reçu avec la défection de Belinda Stronach n'avait en rien altéré leur vigueur.
Ce que les libéraux n'avaient surtout pas vu, c'est ce déplacement opéré en douce par Stephen Harper vers le centre de l'échiquier politique, qui leur a laissé moins d'espace. Ils ont dès lors été forcés de se déplacer vers la gauche, où les attendaient par ailleurs le néo-démocrate Jack Layton et le bloquiste Gilles Duceppe.
Ce que le Parti libéral n'a pas vu venir, le Bloc québécois ne l'a pas vu non plus. Le slogan «Heureusement, ici, c'est le Bloc» illustre le degré de confiance qui animait au point de départ ce parti qui n'avait qu'un seul véritable adversaire et qui, de toute façon, était déjà K.-O. On n'imaginait pas que le Parti conservateur pourrait lui ravir l'écoute d'une partie de l'électorat nationaliste avec deux ou trois idées réunies sous le vocable de «fédéralisme d'ouverture». Pourtant, en un instant, Stephen Harper a changé la donne tant pour le Parti libéral, devenu joueur de second plan dans la défense du fédéralisme au Québec, que pour le Bloc et, par ricochet, le Parti québécois.
Ainsi placé sur la défensive, Paul Martin et Gilles Duceppe n'ont eu d'autre choix que de s'attaquer au programme de leur opposant conservateur. Le premier à le faire a été le premier ministre qui, en démonisant à outrance Stephen Harper et son «agenda caché», a cherché à polariser le débat autour de la question des valeurs canadiennes. À l'en croire, l'objet premier du scrutin ne serait pas d'élire un gouvernement mais de choisir entre deux projets de société... comme lors d'un référendum.
Attribuer un caractère référendaire au scrutin illustre la situation désespérée dans laquelle le Parti libéral s'est retrouvé. Cette tactique pourrait néanmoins priver le Parti conservateur de la «prime de l'urne» qu'apporte au vainqueur le ralliement des électeurs qui se laissent porter par la vague. Elle pourrait être d'autant plus efficace que Stephen Harper a alimenté les hésitations de certains par quelques déclarations ambiguës qu'il a faites au cours des derniers jours sur le mariage entre conjoints de même sexe et l'impartialité des tribunaux. En bout de course, cette tactique pourrait nous garder d'un gouvernement conservateur majoritaire. Un gouvernement minoritaire serait plus rassurant.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Haut de la page

