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Le chef conservateur fait campagne à Toronto et à Montréal - Harper fait la cour aux citadins

Alec Castonguay   19 janvier 2006 
Porté par des sondages qui prédisent une victoire du Parti conservateur lundi, Stephen Harper est passé à l'offensive dans les deux plus grandes villes du pays hier, appelant les électeurs de Toronto et de Montréal à lui faire confiance pour que ces villes jouent «un rôle important dans un nouveau gouvernement». Stephen Harper a également promis aux Québécois qu'un vote pour le PC n'est pas «un acte de foi aveugle», pas plus qu'un «saut dans l'inconnu».

Devant une foule bruyante de plus de 800 personnes réunies hier soir au Marriott Château Champlain, à Montréal, malgré la mauvaise température, Stephen Harper a lancé une dernière offensive de séduction dans la province avant de plier bagage pour l'Ontario, puis vers l'Ouest. Le chef conservateur, de passage au Québec pour la troisième fois en quatre jours, a prononcé un discours positif qui se voulait rassurant et tourné vers l'avenir, malgré les quelques flèches décochées à l'endroit du Bloc québécois et du Parti libéral.

Conscient que les sondages au Québec montrent une solide remontée de son parti dans les intentions de vote, semant même l'inquiétude dans les rangs bloquistes et libéraux, qui voient leurs appuis s'effriter, Stephen Harper a enfoncé le clou hier dans le but de faire pencher la balance à quelques jours de la ligne d'arrivée. «Nous attirons des électeurs à la fois du côté du Bloc et du Parti libéral. C'est une bonne chose pour le Québec et pour ce pays», a-t-il dit.

Tendant une perche aux fédéralistes québécois fâchés, Stephen Harper a déclaré que les libéraux avaient peut-être perdu toute crédibilité, «mais nous ne devrions jamais laisser le fédéralisme lui-même être puni pour les actions du Parti libéral». Le chef conservateur a aussi répliqué au leader du Bloc québécois. «Gilles Duceppe, qui vient de découvrir le Parti conservateur, n'aime pas que je cite René Lévesque. Mais M. Duceppe se souvient-il que René Lévesque a toujours été contre la présence d'un parti souverainiste à Ottawa? Est-ce que M. Duceppe suit l'exemple de René Lévesque en proposant aux Québécois d'être des spectateurs impuissants à Ottawa, de se contenter de poser des questions au lieu de réaliser tout leur potentiel? M. Duceppe a raison d'être inquiet: les Québécois commencent à se poser des questions au sujet du Bloc.»

Tourner la page

Stephen Harper a soutenu que le temps du changement est arrivé pour le Québec. «À quelques reprises dans leur histoire récente, les Québécois ont compris qu'il leur fallait faire un grand changement au gouvernement. Cette possibilité est devant nous maintenant. Lundi prochain, ensemble, nous pourrons tourner la page sur plus d'une décennie perdue en scandales, en erreurs, en gaspillage, et se tourner vers l'avenir avec confiance et optimisme», a-t-il lancé.

Stephen Harper, conscient que l'éventualité de l'élection d'un gouvernement conservateur en inquiète plusieurs, particulièrement au Québec, a voulu se faire rassurant. «Je ne demande à personne un acte de foi aveugle. Je ne propose pas un saut dans l'inconnu. Et je ne demande pas qu'on vote seulement contre l'ancien régime. Il faut voter pour un bon gouvernement», a-t-il dit avant d'énumérer plusieurs volets de son programme, dont la réduction de la TPS, le règlement du déséquilibre fiscal, une plus grande place du Québec sur la scène internationale, plus de fermeté envers les criminels, etc. «Mais il ne faut pas se tromper, la seule façon de réaliser ce programme, c'est d'élire un gouvernement conservateur. Sinon, ce programme serait une occasion manquée pour le Québec.»

Le chef conservateur a enjoint aux électeurs de «tourner la page sur la corruption, les enquêtes, les accusations et l'obstruction systématique et aveugle. Il faut bâtir, avancer et gagner sur les marchés mondiaux. Les Québécois méritent mieux que l'opposition éternelle».

Il a terminé son discours par un appel du pied aux Montréalais, tant anglophones que francophones. «Je leur demande un effort spécial pour que la métropole et sa région soient bien représentées dans un gouvernement conservateur. Il faut que les intérêts et les aspirations de Montréal soient défendus au sein du gouvernement par des Montréalais. Montréal est une ville fière, cosmopolite et dynamique. Elle mérite plus que des questions [à la manière du Bloc québécois], il lui faut des réponses et des actions.»

Toronto le rouge

Plus tôt en journée, le chef conservateur a tenu un rassemblement en plein coeur du Toronto rouge libéral, dans le comté de Saint Paul, où la ministre Carolyne Bennett l'a emporté par la confortable marge de 20 000 voix en 2004. Les conservateurs y présentent tout de même un candidat-vedette: Peter Kent, ancien journaliste de la chaîne Global. Pour l'occasion, l'équipe du PC a sorti l'artillerie lourde, plaçant sur la même scène des figures conservatrices populaires comme l'ancien premier ministre ontarien Bill Davis et deux ex-ministres du gouvernement Mulroney, les anciens titulaires des Finances et des Affaires étrangères, Michael Wilson et Barbara MacDougall.

Dans un pub rempli à capacité, Stephen Harper a rappelé les grandes lignes de son programme, soulignant à gros traits son attachement à Toronto, là où il a grandi. Être plus sévère dans le cas de crimes commis avec des armes à feu, faciliter l'intégration des immigrants, continuer à soutenir la croissance économique de Toronto: le discours frappait les points d'intérêt des Ontariens dans une ville qui refuse encore aujourd'hui, malgré la vague conservatrice ailleurs au pays, de céder aux troupes de Stephen Harper. Les libéraux y sont en effet toujours largement en avance (de 19 points sur le PC, selon un coup de sonde du Toronto Star effectué il y a dix jours).

En point de presse, Stephen Harper a confirmé qu'il n'était pas à Toronto et à Montréal sans raison. «Mes objectifs et ma méthode sont évidents. Je fais campagne dans des endroits très libéraux, comme Montréal, Toronto et Vancouver. Je pense que nous pouvons gagner des appuis dans chacune de ces grandes villes. Nous travaillons pour faire des gains et j'encourage les électeurs des grandes villes, comme de toutes les villes du pays, à jouer un rôle important dans un nouveau gouvernement.»

Après l'allocution du chef du PC, les journalistes lui ont demandé d'expliquer ses déclarations de la veille à propos des juges nommés par les libéraux, ce qui constitue un contrepoids politique important à ses yeux, tout comme le Sénat et les fonctionnaires. Est-ce à dire que les juges sont biaisés en faveur des libéraux? Stephen Harper a soutenu que la magistrature est indépendante et qu'il ne faisait qu'un constat de la situation (voir autre texte en page A 2).

À propos du Sénat à forte majorité libérale (67 libéraux contre 23 conservateurs), Stephen Harper a dit espérer sa collaboration s'il prend le pouvoir. «Nous voulons changer la façon de nommer les sénateurs, mais ça n'arrivera pas du jour au lendemain. Il y a une majorité libérale, et je pense qu'elle ne devrait pas faire une démonstration de force. Je ne peux cependant pas prédire la façon dont les sénateurs vont réagir», a-t-il dit. Selon lui, le Sénat, qui n'est pas élu, «n'a pas à bloquer la volonté démocratique des Canadiens». «Le Sénat n'a pas été coopératif par le passé quand notre parti a été au pouvoir, alors c'est une source d'inquiétude. Mais on verra.»






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