La police recommande l’inculpation de Nétanyahou pour corruption

Benjamin Nétanyahou
Photo: Thomas Coex Agence France-Presse Benjamin Nétanyahou

Jérusalem — La police israélienne a recommandé mardi à la justice d’inculper pour corruption, fraude et abus de confiance le premier ministre Benjamin Nétanyahou, qui a de nouveau clamé son innocence et exclu de démissionner.

La décision de mettre officiellement en examen M. Nétanyahou, 68 ans, dépend maintenant du procureur général Avishaï Mandelblit, qui pourrait mettre plusieurs semaines ou mois avant de trancher.

Dans un communiqué, la police a indiqué « qu’il existait suffisamment de preuves contre le premier ministre pour l’inculper pour avoir accepté des pots-de-vin, pour fraude et abus de confiance » dans deux affaires qui ont demandé deux ans d’enquête.

Lors d’une intervention télévisée mardi soir, Benjamin Nétanyahou a réfuté les accusations de la police et exclu de démissionner. « Notre gouvernement terminera son mandat et je suis sûr qu’aux prochaines élections [en novembre 2019] j’obtiendrai de nouveau votre confiance », a assuré le premier ministre, le visage tendu, en s’adressant aux Israéliens. « Ces recommandations n’ont aucune valeur juridique dans un pays démocratique », a-t-il ajouté.

Dans la première des deux affaires qui lui sont reprochées, Benjamin Nétanyahou est soupçonné d’avoir reçu des pots-de-vin sous forme de cadeaux — par exemple des cigares de luxe dont il est friand — de la part de riches personnalités comme James Packer, milliardaire australien, ou Arnon Milchan, producteur israélien à Hollywood. La valeur totale de ces présents a été chiffrée par les médias à des dizaines de milliers de dollars.

La police a également estimé qu’il y avait corruption dans le cadre d’un accord secret que M. Nétanyahou a tenté de passer avec le propriétaire du Yediot Aharonot, Arnon Moses, pour une couverture favorable de la part de ce journal, le plus grand quotidien israélien payant. La police a recommandé l’inculpation de M. Moses pour corruption.

La main lourde de la justice

Benjamin Nétanyahou a été soupçonné à plusieurs reprises par le passé, sans être inquiété.

En s’appuyant sur ces précédents, il a tenté de minimiser l’impact de la démarche de la police. « Ces dernières années, j’ai été l’objet de pas moins de quinze vérifications et enquêtes. Certaines se sont achevées avec des recommandations tonitruantes de la police, comme celles de ce soir. Toutes ces tentatives n’ont débouché sur rien et, cette fois aussi, les choses ne déboucheront sur rien », a assuré le premier ministre.

À la tête du gouvernement depuis 2009, après un premier mandat entre 1996 et 1999, M. Nétanyahou a dépassé les onze ans de pouvoir. Sans rival apparent, il battra le record de longévité du célèbre David Ben Gourion, fondateur de l’État d’Israël, si l’actuelle législature va jusqu’à son terme en novembre 2019.

Quand un premier ministre est inculpé, il n’est tenu de démissionner qu’une fois épuisés tous les recours contre son inculpation, a expliqué l’analyste Ofer Kenig, de l’Israel Democracy Institute.

Reste que la justice israélienne peut avoir la main lourde contre les plus hauts dirigeants reconnus coupables de corruption.

C’est ainsi que le prédécesseur et ancien adversaire de M. Nétanyahou, Éhoud Olmert, au pouvoir de 2006 à 2009, a été libéré en juillet après un an et quatre mois de prison pour corruption.

Selon les commentateurs, le sort politique de Benjamin Nétanyahou va en grande partie dépendre du ministre des Finances Moshé Khalon, chef du parti de centre droit Koulanou.

Si cette formation qui compte 10 députés (sur 120) lui faisait défection, M. Nétanyahou n’aurait en effet plus de majorité parlementaire.

« D’intenses pressions vont désormais s’exercer sur Moshé Kahlon », a prévu Hanan Cristal, commentateur politique de la radio publique.