Ottawa demande à l’Iran d’expliquer le décès d’un écologiste irano-canadien

Kavous Seyed Emami, 63 ans, avait été arrêté avec sept de ses collègues le 24 janvier.
Photo: Agence France-Presse Kavous Seyed Emami, 63 ans, avait été arrêté avec sept de ses collègues le 24 janvier.

Le gouvernement canadien a exhorté lundi l’Iran à lui fournir des explications sur le décès dans une prison iranienne d’un universitaire et écologiste irano-canadien, moins d’un mois après son arrestation.

« Le Canada est préoccupé par les circonstances entourant la mort de [Kavous Seyed Emami]. Nos pensées sont avec sa famille », a réagi sur Twitter le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Omar Alghabra. « Le Canada a demandé aux autorités iraniennes de fournir des réponses », a-t-il souligné.

Amnesty International a de son côté exigé une « autopsie indépendante » face à la volonté de Téhéran de « cacher toute preuve de torture et d’un possible meurtre ».

Kavous Seyed Emami, Irano-Canadien de 63 ans, était le directeur de la Fondation pour la faune persane, qui oeuvre à la protection des espèces menacées en Iran. Il avait été arrêté le 24 janvier et sa famille a été informée vendredi de son « suicide » en prison.

Plus tôt lundi, des universitaires de premier plan en Iran ont écrit au président, Hassan Rohani, pour demander des explications sur le « suicide » présumé en prison de M. Emami.

Un responsable de la justice a affirmé dimanche que M. Emami avait avoué des crimes liés à une enquête pour espionnage et que sept membres de sa fondation étaient en détention.

« La nouvelle du décès du Dr Kavous Seyed Emami a surpris et choqué la communauté scientifique et écologique », dit le texte de la lettre ouverte, évoquant un « professeur réputé, un scientifique distingué, un vétéran de guerre et un noble être humain ». « Les rumeurs sur son arrestation et sur son décès en prison ne sont pas crédibles », ajoute la lettre.

Enquête réclamée

« Nous attendons que vous agissiez d’urgence pour enquêter sérieusement sur ce cas et demander des comptes aux institutions impliquées dans cette perte douloureuse », demandent les quatre associations universitaires à l’origine de la lettre à M. Rohani, un religieux modéré.

Interrogé lundi, le porte-parole de la justice iranienne, Gholamhossein Mohseni Ejeie, a indiqué à l’agence Ilna, liée aux réformateurs, avoir entendu qu’Emami s’était « donné la mort, mais qu’il ne disposait pas d’informations détaillées sur cet incident qui fait l’objet d’une enquête ».

Le procureur de Téhéran, Abbas Jafari-Dolatabadi, a confirmé dimanche la mort de l’universitaire. « Il s’est malheureusement suicidé en prison », a-t-il indiqué à l’agence Ilna.

M. Emani est le deuxième citoyen irano-canadien à mourir dans les prisons iraniennes après le décès en 2003 de la photojournaliste, Zahra Kazemi. Sa mort avait entaché les relations irano-canadiennes pendant plusieurs années. L’Iran ne reconnaît pas la double nationalité et traite donc les détenus concernés comme des citoyens iraniens.

Le Canada et l’Iran ont fermé leurs ambassades respectives à Téhéran et à Ottawa en 2012, à la suite de la rupture des relations diplomatiques décrétée à l’époque par le gouvernement canadien.

Plusieurs arrestations

Samedi, M. Jafari-Dolatabadi avait par ailleurs annoncé que plusieurs personnes liées au domaine de l’environnement avaient été arrêtées, car soupçonnées d’espionnage, et qu’elles « rassemblaient des informations classifiées dans des lieux stratégiques […] sous couvert de projets scientifiques et environnementaux. »

Dans le même temps, de nombreuses questions circulent sur le sort du directeur adjoint de l’Organisation pour la protection de l’environnement, Kaveh Madani, dont un député réformateur a annoncé dimanche l’arrestation.

Sa détention a été démentie plus tard par son organisation, mais le principal intéressé a publié lundi une vidéo sur Instagram suggérant qu’il avait rencontré des problèmes.

« Merci à tous mes amis […] j’espère que personne ne sera inquiété. Je voulais dire que je suis sain et sauf », a-t-il dit.

Il a affirmé que les accès à sa boîte courriel, ses comptes Twitter et Telegram ont été coupés.

« Ces problèmes vont passer, […] l’étroitesse d’esprit sera éliminée et nous pourrons développer notre pays […] et sauvegarder notre environnement pour la génération suivante. »