Une journée meurtrière en Syrie

Un homme embrasse le corps de son enfant avant ses funérailles à Zamalka, près de Damas, lundi, à la suite d'un raid aérien.
Photo: Amer Almohibany Agence France-Presse Un homme embrasse le corps de son enfant avant ses funérailles à Zamalka, près de Damas, lundi, à la suite d'un raid aérien.

Arbine — Au moins 29 civils, dont 7 enfants, ont été tués lundi en Syrie dans des raids aériens du régime contre une enclave rebelle près de Damas, un nouveau drame qui illustre le lourd tribut payé par les civils dans le conflit.

Les raids les plus meurtriers ont visé la localité de Beit Sawa, où 10 personnes, dont 2 enfants, ont été tuées dans un marché, a précisé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). À Douma, un homme est mort dans des tirs d’artillerie. Un marché de la localité d’Arbine a également été touché et neuf civils ont été tués, selon l’OSDH.

Ces frappes sur la Ghouta orientale, à l’est de la capitale, interviennent au lendemain de bombardements meurtriers à Idleb, province rebelle dans le nord-ouest du pays où le régime de Bachar al-Assad est de nouveau soupçonné d’avoir utilisé des gaz toxiques, après des cas de suffocation.

Lundi, les États-Unis ont affirmé, par la voie de son ambassadrice à l’ONU Nikki Haley, disposer « de preuves provenant de dizaines de victimes » confirmant l’usage de chlore dans les attaques menées par le régime contre l’enclave rebelle.

Dans la Syrie ravagée par la guerre depuis 2011, le mois de janvier a été particulièrement meurtrier : 59 enfants ont péri dans les violences, selon l’UNICEF, qui déplore un mois « sanglant » au Moyen-Orient.

Crise humanitaire

En représailles aux frappes, les rebelles ont lancé lundi des obus sur la capitale, entraînant la mort d’une femme et faisant quatre blessés, selon l’agence officielle Sana.

Une personne a été tuée dans des tirs similaires sur un secteur de la région de Harasta tenu par le régime, selon la même source.

Assiégée depuis 2013 par les forces du régime, la Ghouta orientale est la cible quasi quotidienne de bombardements, et ses quelque 400 000 habitants vivent une grave crise humanitaire, avec des pénuries de nourriture et de médicaments.

La veille déjà, le régime avait mené des frappes similaires dans plusieurs secteurs de la province d’Idleb, où 16 civils ont été tués, selon un nouveau bilan de l’OSDH.

Au moins 11 cas de suffocation ont également été rapportés dans la ville de Saraqeb, l’OSDH citant des habitants et des sources médicales faisant état d’un « gaz toxique » répandu sur la ville.

Mohamed Ghaleb Tannari, médecin à l’hôpital où les patients ont été traités, assure à l’AFP que tous « souffrent de difficultés respiratoires, de toux, et de fatigue », des « symptômes emblématiques de l’inhalation de chlore ».

Ces dernières semaines, le pouvoir de Bachar al-Assad a été accusé d’avoir mené plusieurs attaques chimiques en Syrie. Le 22 janvier, l’OSDH avait notamment rapporté 21 cas de suffocation dans la Ghouta, tandis que des habitants et des sources médicales avaient évoqué une attaque au chlore.

Déclenché en 2011 par la violente répression de manifestations pacifiques par le régime de Bachar al-Assad, le conflit en Syrie s’est complexifié au fil des ans avec l’implication de pays étrangers et de groupes djihadistes, sur un territoire de plus en plus morcelé. Il a fait plus de 340 000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.


Guerre de mots aux Nations unies

Les États-Unis ont accusé la Russie de retarder l’adoption d’une condamnation par le Conseil de sécurité de l’ONU des récentes attaques chimiques présumées dans la Ghouta orientale. De son côté, Moscou a dénoncé une « campagne de propagande » visant à « accuser le gouvernement syrien » d’attaques dont « les auteurs ne sont pas identifiés ». Les États-Unis ont fait circuler auprès de leurs quatorze partenaires au Conseil un projet de déclaration condamnant le recours aux armes chimiques en Syrie. Selon des diplomates, Moscou a réclamé du temps avant une adoption pour proposer des amendements. Ces derniers ont été rejetés par les États-Unis, ne laissant guère d’espoir à une approbation d’une condamnation.