Le Sénat polonais adopte une loi controversée sur la Shoah

Le président polonais, Andrzej Duda, ici à Jérusalem lors d'un voyage diplomatique  en janvier 2017, devra signer la loi pour qu'elle entre en vigueur.
Photo: Gali Tibbon Agence France-Presse Le président polonais, Andrzej Duda, ici à Jérusalem lors d'un voyage diplomatique  en janvier 2017, devra signer la loi pour qu'elle entre en vigueur.

Varsovie — Le Sénat polonais a voté dans la nuit de mercredi à jeudi une loi controversée sur la Shoah, destinée à défendre l’image du pays, mais qui a irrité Israël et fait l’objet d’un sérieux avertissement américain.

 

Pour entrer en vigueur, la loi doit être encore signée par le président polonais Andrzej Duda.

 

Les États-Unis ont exprimé mercredi leur « inquiétude » quant aux conséquences de cette loi.

 

Elle risque d’avoir des « répercussions » sur « les intérêts et relations stratégiques de la Pologne, y compris avec les États-Unis et Israël », a mis en garde la porte-parole du département d’État Heather Nauert, estimant que d’éventuelles divisions entre alliés « ne profiteraient qu’à nos rivaux ».

 

Elle a appelé la Pologne « à réexaminer la loi à la lumière de ses possibles conséquences sur la liberté d’expression et sur notre capacité à être de bons partenaires ».

 

La loi punit par des amendes ou des peines de prison allant jusqu’à trois ans de réclusion ceux qui attribuent « à la nation ou à l’État polonais » des crimes commis par les nazis allemands en Pologne occupée.

 

Aux yeux des conservateurs au pouvoir en Pologne, il s’agit en priorité d’empêcher qu’on utilise l’expression « camps de la mort polonais » à propos de ceux installés par les nazis allemands en Pologne occupée.

 

Mais les responsables israéliens s’émeuvent surtout d’un passage où ils voient une tentative de nier la participation de certains Polonais à l’extermination des juifs, voire la possibilité de poursuivre des survivants de la Shoah qui évoqueraient de tels cas.

 

Après l’adoption du projet de loi par la chambre basse vendredi, le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou a protesté vivement : « Nous ne tolérerons pas qu’on déforme la vérité et réécrive l’Histoire ou qu’on nie l’Holocauste », a-t-il dit. Des protestations d’organisations juives à l’étranger ont suivi.

 

Mais le Sénat a adopté le texte sans le modifier.

 

Pour le vice-ministre polonais de la Justice Patryk Jaki intervenant mercredi devant le Sénat, la violence de la réaction de l’État hébreu serait en partie explicable par des questions de politique intérieure israélienne.

 

Une proposition de loi a été présentée mercredi à la Knesseth et a obtenu l’appui de principe de 61 députés israéliens sur 120. Ce texte, présenté par un de ses promoteurs, le député Itzik Shmuli (Union sioniste), comme une réaction à la loi polonaise, introduit une peine de cinq ans de prison pour ceux qui « réduisent ou nient le rôle de ceux qui ont aidé les nazis dans les crimes commis contre les Juifs ».

 

À Varsovie, une centaine d’artistes, journalistes et hommes politiques polonais, dont la réalisatrice Agnieszka Holland, l’ancien président de gauche Aleksander Kwasniewski et l’ancien chef de la diplomatie, le libéral Radoslaw Sikorski, ont signé un appel demandant que le projet de loi soit amendé afin d’en éliminer la pénalisation des expressions blessantes pour la Pologne.

 

Ils ont demandé à l’opinion de « maîtriser les émotions, pour le bien commun que sont la vérité et le dialogue polono-israélien depuis un quart de siècle ».

 

Un groupe de Juifs polonais a également publié une lettre ouverte pour mettre en garde contre la nouvelle loi. Celle-ci « peut conduire à pénaliser ceux qui disent la vérité sur les délateurs polonais et ces citoyens polonais qui assassinaient leurs voisins juifs ».

 

Elle « limite non seulement la liberté d’expression, mais avant tout conduit à falsifier l’histoire », ont-ils mis en garde.

 

La Pologne occupée par l’Allemagne nazie fut le seul territoire où les Allemands décrétèrent que toute sorte d’aide aux Juifs était passible de la peine de mort.

 

Le site du mémorial  Vashem à Jérusalem, dédié à la mémoire de la Shoah, recense 6700 Polonais distingués comme « Justes parmi les Nations » pour avoir aidé les Juifs sous l’occupation nazie.

 

Six millions de Polonais, dont trois millions de Juifs, ont été tués pendant la Seconde guerre mondiale.

1 commentaire
  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 1 février 2018 09 h 54

    Pourquoi deux poids deux mesures?



    «... il s’agit en priorité d’empêcher qu’on utilise l’expression 'camps de la mort polonais' à propos de ceux installés par les nazis allemands en Pologne occupée» (Agence France-Presse)

    «Camps de la mort polonais» ne situe en rien, ni dans le temps ni dans la durée l’époque où se déroulèrent ces atrocités contre les juifs.

    «Camps nazis d’extermination en Pologne» semble répondre plus adéquatement à l’intemporalité du terme choisi par Israël et les États-Unis, d’autant plus que les camps de la mort, ne sont pas tous situés en Pologne.

    À titre d’exemple, d’autres camps de la mort furent érigés en Europe nazie dont celui de Hartheim en Autriche, utilisé presque exclusivement à l’extermination des handicapés et des malades mentaux et celui de Mauthausen destiné aux ennemis politiques ainsi qu’aux résistants, aux homosexuels et aux Juifs.

    Dans ce cas précis, personne aujourd’hui ne remet en question l’expression «camps nazis de Hartheim et de Mauthausen en Autriche» et non pas «camps de la mort en Autriche» comme on tente de le faire actuellement pour la Pologne.