Après une série d’attaques, Kaboul reste en alerte maximale

L’attentat, revendiqué par les talibans, est l’un des pires à frapper Kaboul ces dernières années.
Photo: Wakil Kohsar Agence France-Presse L’attentat, revendiqué par les talibans, est l’un des pires à frapper Kaboul ces dernières années.

Le niveau d’alerte restait au plus haut dimanche dans Kaboul, sonnée et en deuil au lendemain de l’attentat qui a fait plus de 100 morts et 235 blessés et a conduit certaines organisations à préparer le départ du personnel.

« Le bilan atteint désormais 103 morts et 235 blessés », dont une majorité de civils, a déclaré le ministre de l’Intérieur afghan, Wais Barmak, lors d’une conférence de presse.

M. Barmak n’a pas cité leur nombre, mais de nombreux policiers sont également décédés.

L’attentat, revendiqué par les talibans, l’un des pires à frapper Kaboul ces dernières années, est le troisième d’une telle ampleur en huit jours en Afghanistan après l’attaque de l’hôtel Intercontinental le 20 janvier et celle de l’ONG Save the Children à Jalalabad, mercredi.

La rue où s’est produite l’explosion de l’ambulance piégée est l’une des plus gardées de Kaboul : de nombreuses institutions et représentations étrangères y siègent, avec des bureaux du ministère de l’Intérieur et du chef du Service de police de Kaboul.

Dans un rare exercice de transparence, le ministre a dévoilé quelques détails sur l’attentat. Selon lui, « des images aériennes » montrent deux ambulances se présentant l’une derrière l’autre au premier barrage. « La première a été vérifiée par la police : on voit le policier parler au conducteur avant de le laisser passer avec la deuxième ambulance, dont il a pensé qu’elle accompagnait la première. »

Manquement des autorités ?

« Les deux sont allées se garer dans le stationnement de l’hôpital avant d’en ressortir 20 minutes plus tard » : c’est au deuxième barrage que l’explosion s’est produite, a-t-il raconté.

À ce stade, quatre personnes ont été arrêtées, avait-il indiqué samedi.

L’hôpital se trouve entre les deux barrages, le second gardant l’accès à la délégation de l’Union européenne et aux ambassades d’Inde et de Suède notamment.

Le patron des renseignements afghans (NDS), Mohammad Masoom Stanekzai, présent à la conférence de presse, a défendu ses services, vivement mis en cause sur les réseaux sociaux, qui dénonçaient l’inaction des autorités.

« Les renseignements ne sont pas toujours fiables à 100 %, mais ça ne signifie pas qu’il y a eu manquement. Nous avons déjoué beaucoup d’attaques, certaines sont difficiles à prévoir », a-t-il plaidé.

« J’espère que les Afghans comprennent qu’il s’agit ici d’une guerre régionale et internationale contre le terrorisme », a-t-il ajouté, précisant que « vingt groupes terroristes opèrent » en territoire afghan.

La présidence a décrété dimanche une « journée de deuil national » et a annoncé une journée chômée à Kaboul, lundi.

Mais la ville, fortement éprouvée, est restée anormalement calme pour un jour de semaine, avec un trafic réduit, mais une présence policière tendue, renforcée aux barrages.

Le chef du NDS a annoncé l’arrestation de cinq personnes dans l’enquête sur l’attaque de l’hôtel et a affirmé qu’une « sixième est passée de l’autre côté de la frontière » — dans une allusion au Pakistan, accusé d’abriter et même d’entretenir les talibans et le réseau terroriste Haqqani, qui leur est affilié.

Le niveau d’alerte en vigueur depuis une dizaine de jours reste maximal, selon une source de sécurité occidentale qui redoute de nouvelles attaques.

Les étrangers sont particulièrement visés par les menaces ainsi que les lieux qu’ils fréquentent. Les ambassades sont pour la plupart placées en confinement sans sorties ou se voient imposer de très fortes restrictions de déplacement.