Allemagne: Merkel sent la colère monter dans ses rangs

Le leader de l'Union chrétienne-sociale (CSU), Horst Seehofer, et la chancelière allemande, Angela Merkel
Photo: Kay Nietfeld Agence France-Presse Le leader de l'Union chrétienne-sociale (CSU), Horst Seehofer, et la chancelière allemande, Angela Merkel

L’accord de gouvernement avec les sociaux-démocrates passe mal chez de nombreux conservateurs allemands pour lesquels trop de concessions ont été faites au nom d’un quatrième mandat pour Angela Merkel.

 

« La composition du gouvernement est une erreur politique », a tonné le député de la CDU Christian von Stetten sur la télévision publique ARD jeudi.

 

Il est rare d’entendre une critique aussi clairement formulée au sein de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), où la culture de l’affrontement public est — contrairement au SPD — peu répandue.

 

Le président du conseil économique de la CDU, Wolfgang Steiger, parle de son côté d’« un résultat des négociations lamentable » dans le journal régional Neue Osnabrücker Zeitung.

 

La veille, les partenaires avaient annoncé un contrat de coalition conclu de haute lutte visant à donner enfin un gouvernement à la première économie européenne plus de quatre mois après les élections législatives marquées par un repli des partis traditionnels et une percée historique de l’extrême droite.

 

Au final, ce seront les militants du SPD qui décideront début mars si ce nouvel exécutif pourra voir le jour.

 

C’est surtout la perte du ministère des Finances qui cause le plus d’émoi. Son précédent occupant, le chantre de l’austérité et très respecté Wolfgang Schäuble, aujourd’hui président de la Chambre des députés, avait su défendre les intérêts allemands en Europe, juge-t-on dans les rangs conservateurs.

 

À présent, le danger est grand de voir « la politique européenne du SPD s’installer au ministère des Finances », estime M. Steiger, en référence à des risques de dérapage des finances pour plus d’investissements en Europe, dans un pays si fier de son excédent budgétaire.

 

Sur le contenu aussi, les observateurs notent l’absence d’empreinte chrétienne-démocrate.

 

Le SPD a obtenu plusieurs concessions, en matière de santé ou d’emploi, et six ministères, dont les Finances et les Affaires étrangères.

 

Et les conservateurs bavarois (CSU) qui voulaient mordicus une limite annuelle pour l’accueil des réfugiés l’obtiennent, en plus de trois ministères.

 

L’ambiance au congrès de la CDU du 26 février, qui doit approuver l’alliance avec le SPD, sera en tout cas un test important pour la popularité de Mme Merkel.

 

Et que ses détracteurs se rassurent, « ce gouvernement ne va pas durer longtemps », prédit la Süddeutsche Zeitung, car le mariage de raison entre conservateurs et sociaux-démocrates ne convainc en fait pas grand monde.

 

« Dans de grandes parties du pays, le sentiment se répand que ça ne peut pas continuer comme ça », juge le journal.