Coalition gouvernementale en Allemagne: Merkel prête à des «compromis douloureux»

Un proche d’Angela Merkel n’a pas exclu un échec, qui plongerait le pays dans une crise politique aussi grave qu’inédite dans l’histoire d’après-guerre.
Photo: Gregor Fischer Agence France-Presse Un proche d’Angela Merkel n’a pas exclu un échec, qui plongerait le pays dans une crise politique aussi grave qu’inédite dans l’histoire d’après-guerre.

La chancelière allemande, Angela Merkel, s’est dite prête mardi à des « compromis douloureux » pour arracher un accord de coalition en Allemagne avec les sociaux-démocrates, au dernier jour de négociations censées sortir la première économie européenne de l’impasse politique.

 

Mardi soir, les discussions entre les deux camps se poursuivaient sans qu’aucune issue ne se dessine encore. Mais l’Union chrétienne-démocrate (CDU) a convoqué une réunion de ses cadres mercredi en milieu de journée pour discuter des conclusions de ces négociations.

 

Mardi matin, à son arrivée, la chancelière conservatrice avait déclaré : des désaccords subsistent et « chacun d’entre nous va devoir accepter des compromis douloureux ».

 

« J’y suis prête si nous pouvons garantir que les avantages au bout du compte seront supérieurs aux inconvénients », a-t-elle ajouté, soulignant qu’il en allait de « l’intérêt supérieur du pays ».

 

Cette fois, plus d’atermoiements possibles. Après des semaines de valse-hésitation, de multiples reports ces derniers jours, démocrates-chrétiens d’Angela Merkel (CDU/CSU) et sociaux-démocrates du SPD doivent trancher : ils se sont fixé la fin de journée comme limite. Les discussions pourraient durer jusque tard dans la nuit.

 

Crise politique en vue ?

 

« Je pense que c’est aujourd’hui que va se décider » si les deux camps « peuvent s’entendre », a déclaré de son côté le président du SPD, Martin Schulz.

 

Un proche d’Angela Merkel n’a pas exclu un échec, qui plongerait le pays dans une crise politique aussi grave qu’inédite dans l’histoire d’après-guerre. « Il n’est pas certain que nous y arrivions », a déclaré Volker Bouffier. « Je n’exclus rien », a-t-il ajouté.

 

L’imbroglio postélectoral dure depuis plus de quatre mois et a déjà affaibli la stature d’Angela Merkel, sur le plan intérieur comme extérieur.

 

Les élections législatives de septembre, marquées par un repli des partis traditionnels et une percée de l’extrême droite, n’ont pas permis de dégager une majorité claire à la chambre des députés.

 

Après un premier échec pour former une coalition hétéroclite avec les libéraux et les écologistes en novembre, Angela Merkel en est réduite à expédier les affaires courantes depuis octobre. Elle doit à présent s’entendre avec les sociaux-démocrates pour espérer un quatrième mandat durable.

 

Un accord a été trouvé sur plusieurs dossiers, à commencer par l’Europe, où les deux camps sont prêts à soutenir sur le principe les propositions de réforme du chef de l’État français, Emmanuel Macron, en particulier l’idée d’un budget d’investissement pour la zone euro, selon une ébauche d’accord obtenue par l’AFP.

 

Mais d’autres sujets risquent de poser problème : la santé et le marché du travail.

 

Les sociaux-démocrates réclament une réduction des inégalités entre caisses publiques et privées d’assurance maladie et un moindre recours aux contrats à durée déterminée. Sur ces deux points, les conservateurs restent fermes.

 

Dernier mot

 

Les deux camps ne sont pas non plus d’accord sur le niveau des dépenses militaires ou les exportations d’armes. L’Allemagne doit pouvoir montrer qu’elle est « digne de confiance sur le plan international », a argumenté mardi Angela Merkel.

 

Les sociaux-démocrates doivent pour leur part obtenir des concessions visibles pour prix de leur alliance, sous peine de voir leur base rejeter finalement le compromis.

 

Car en cas d’accord avec les conservateurs, les 440 000 militants du parti auront le dernier mot lors d’un vote interne qui pourrait s’achever début mars.

 

Et ils restent très divisés sur l’opportunité même d’une nouvelle coalition avec les conservateurs, avec qui ils ont déjà gouverné dans les périodes 2005-2009 et 2013-2017. Avec chaque fois une déroute électorale au bout du compte.

 

Faute d’accord, la chancelière devrait se résoudre à un gouvernement minoritaire instable ou accepter l’organisation de nouvelles élections à haut risque qui pourraient profiter avant tout à l’extrême droite.

 

En cas de succès, le quatrième mandat d’Angela Merkel s’annonce d’ores et déjà compliqué. Certains médias allemands ironisent sur la « coalition des perdants ».

 

Les sociaux-démocrates sont au plus mal. Après avoir déjà enregistré aux dernières législatives son pire score d’après-guerre (20 %), le plus vieux parti d’Allemagne continue depuis des semaines à reculer dans les sondages.

 

Il n’est crédité que de 17 % dans une enquête INSA cette semaine, en passe d’être rattrapé par l’extrême droite (15 %).

 

Les conservateurs reculent eux aussi, à 30,5 %. Ensemble, les deux mouvements ne représentent déjà plus la majorité des Allemands, du jamais vu dans les sondages. Et ce, avant même d’avoir commencé à gouverner.