Catalogne: l’investiture de Puigdemont ajournée

<p>Carles Puigdemont, en septembre dernier</p>
Photo: Pierre-Philippe Marcou Agence France-Presse

Carles Puigdemont, en septembre dernier

Le président du Parlement catalan a décidé d’ajourner mardi la session d’investiture à la présidence de la Catalogne du chef de file indépendantiste Carles Puigdemont, interdite par la Cour constitutionnelle, tout en l’accusant de violer les droits de millions de Catalans.

« La séance plénière d’aujourd’hui […] est reportée », a déclaré sans préciser de date Roger Torrent.

Auparavant, il s’est lancé dans une diatribe contre la Cour constitutionnelle, estimant que le président destitué de la Catalogne avait « tous les droits » d’être candidat.

Cette candidature était le fruit « d’une volonté majoritaire des élus de la Chambre. Et comme cette majorité est maintenue, je ne proposerai aucun autre candidat », a-t-il ajouté.

Il a ensuite expliqué que l’ajournement avait pour but de défendre la tenue d’un débat d’investiture avec « toutes les garanties » pour Carles Puigdemont, autrement dit sans risque d’arrestation.

M. Puigdemont est installé à Bruxelles, où il échappe depuis trois mois aux poursuites de la justice espagnole.

« Ni la vice-présidente du gouvernement [espagnol] ni le tribunal constitutionnel ne décideront qui doit être le président » de Catalogne, a martelé Roger Torrent, en accusant la cour de « violer les droits de millions de Catalans » ayant voté pour M. Puigdemont.

La journée avait commencé par un avertissement du chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, à Roger Torrent : « S’il ne respecte pas une résolution des tribunaux, le président du Parlement pourrait sans aucun doute être tenu pour responsable. »

Puigdemont, destitué par Madrid, est à ce stade le seul candidat à la direction de la région de 7,5 millions d’habitants.

Le Parlement devait débattre de sa candidature à partir de 15 h (14 h GMT) et, pendant ce temps, ses partisans avaient prévu de manifester, invités à arborer des masques à l’effigie de leur chef de file, de sorte que des centaines, voire des milliers de « Puigdemont » devaient défiler dans la ville.

Samedi, la Cour constitutionnelle, saisie par le gouvernement central, avait annoncé qu’en cas d’investiture à distance, le vote ne serait pas valable.

Elle avait aussi considéré que M. Puigdemont devait auparavant demander en personne au juge de la Cour suprême responsable de l’enquête le visant l’autorisation de comparaître devant la Chambre.

Carles Puigdemont a contesté devant la Cour constitutionnelle l’arrêt en cause et le président du Parlement a demandé aux juristes de la Chambre d’en faire autant.

Ce nouveau conflit judiciaire survient trois mois après la déclaration d’indépendance unilatérale votée au Parlement le 27 octobre 2017, point d’orgue d’une crise politique sans précédent en Espagne. La crise avait démarré avec l’organisation d’un référendum d’autodétermination interdit, le 1er octobre 2017, marqué par des violences policières.

Après la tentative de sécession, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a suspendu l’autonomie de la région, dissous le Parlement et convoqué de nouvelles élections, avec l’espoir d’un apaisement de la situation en Catalogne, divisée en parts presque égales sur l’indépendance.

Mais lors de ces élections, les indépendantistes n’ont pas perdu de terrain : ils représentent 47,5 % de l’électorat, ce qui leur permet de disposer de la majorité absolue au Parlement, grâce à une pondération des voix qui profite aux provinces rurales, les plus séparatistes.

Aucun dialogue

La rue s’est apaisée après un mois d’octobre secoué par les manifestations et le déménagement du siège social de milliers d’entreprises hors de Catalogne. Mais l’atmosphère reste extrêmement tendue entre le gouvernement et les indépendantistes, sans aucune amorce de dialogue.

« Un homme en fuite, un homme qui a prétendu liquider de manière unilatérale la souveraineté et l’unité nationale ne peut être président de rien », a déclaré lundi Mariano Rajoy à la radio Cope.

Les indépendantistes veulent pour leur part rendre le pouvoir à M. Puigdemont, par « dignité ».

Et ils ont crié au scandale en lisant dans le quotidien El País un article faisant état d’appels de membres du gouvernement central à plusieurs magistrats de la Cour constitutionnelle, avant sa décision de samedi, pour souligner la « gravité » d’une éventuelle investiture de Carles Puigdemont. M. Rajoy a nié mardi toute intervention.

La Cour, composée de membres nommés essentiellement par la majorité conservatrice qui dominait la Chambre des députés à Madrid jusqu’en 2015, est régulièrement accusée de partialité par les séparatistes, surtout depuis qu’elle a annulé en 2010 une partie du statut conférant une autonomie élargie à la Catalogne, l’une des racines de l’actuel conflit.

3 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 30 janvier 2018 07 h 51

    Il y aura...

    Plus ça dérape dans le comportement de Madrid, plus l'Espagne d'ujourd'hui prend le chemin de la déroute. Dix, quinze ans et plus d'Espagne telle qu'on la connaît. Sa constitution de 1978 démontre une faille fondamentale: un carcan trop rigide qui ne semble pas souffrir de modification,donc à terme elle nepeut que se fracasser sur la réalité.

  • Gilles Théberge - Abonné 30 janvier 2018 08 h 59

    On comprend mieux peut-être, pourquoi l’Espagne a pu avoir un gouvernement dictatorial pendant si longtemps.

    Franco n’était pas le fruit du hasard.

  • Germain Dallaire - Abonné 30 janvier 2018 11 h 06

    Jusqu'aux bouches d'égout!

    Imaginez, il semble que la police espagnole fouille jusqu'aux bouches d'égout. Quand même, l'idée de faire une manifestation devant la generalidad tout en arborant un masque à l'effigie de Puigdemont est excellente et souligne bien le ridicule de la situation. Ah ces Catalan(e)s, ils n'ont pas fini de nous surprendre.
    Germain Dallaire
    abonné