Macron abandonne le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes

Des militants célèbrent leur victoire à la ZAD après l’annonce du gouvernement de renoncer au projet d’aéroport.
Photo: Loïc Venance Agence France-Presse Des militants célèbrent leur victoire à la ZAD après l’annonce du gouvernement de renoncer au projet d’aéroport.

Décision de bon sens ou victoire de la violence ? En refusant d’aller de l’avant en construisant l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le président français a pris la décision la plus controversée de sa première année de quinquennat. Cinquante ans après la formulation du projet et après dix ans d’occupation illégale des terrains par des groupes anarcho-écologistes, Emmanuel Macron a finalement décidé de renoncer au déménagement de l’aéroport de Nantes à 40 kilomètres de la ville sur 1600 hectares de terres agricoles déjà expropriées pour l’essentiel. La victoire est complète pour les militants dont la lutte avait défrayé la chronique dans le monde entier.

 

Qualifiant cet aéroport d’« aéroport de la division », le premier ministre Édouard Philippe a brisé mercredi un suspense qui durait depuis des mois. « Je constate aujourd’hui que les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Un tel projet qui structure le territoire pour un siècle ne peut se faire dans un contexte d’opposition exacerbée de la population », a-t-il déclaré.

 

Alors que sept escadrons de gendarmes mobiles, soit 455 militaires, étaient toujours mobilisés pour sécuriser la région, le premier ministre a aussi décidé de ne pas évacuer la zone occupée avant le printemps. En 2012, une tentative d’évacuation avait provoqué des affrontements violents et s’était soldée par un échec.

 

« Il faudra tirer les leçons de l’échec du projet, dit Édouard Philippe. Cette décision que nous prenons aujourd’hui est une décision de raison et d’apaisement dans un contexte local tendu. […] C’est une décision exceptionnelle pour une situation locale exceptionnelle. »

 

« On a gagné sur toute la ligne ! »

 

À la Rolandière, où se réunissent les occupants au coeur de la ZAD (zone à défendre), on criait victoire. Les militants ont aussitôt hissé une bannière sur la tour de guet qui devait servir à sonner l’alarme en cas d’évacuation par les policiers. « On a gagné sur toute la ligne. Ils ont cédé sur tout », nous a dit Vincent, un Québécois de Gaspé qui élève des moutons sur un terrain qu’il squatte illégalement depuis six ans. Les occupants qui se doutaient d’un abandon du projet n’osaient espérer une victoire aussi totale. La plupart redoutaient une démonstration de force et une expulsion qui ne viendront visiblement pas. À l’annonce de la victoire, Vincent et ses amis sont partis faire la tournée des derniers agriculteurs qui ont tenu bon. Sur la cinquantaine qui exploitait les terres, ils ne sont plus que cinq.

 

La réaction des élus locaux, pour la plupart favorables à l’aéroport, a été cinglante. Ils accusent Emmanuel Macron de trahir ses promesses de campagne. Le candidat s’était en effet engagé à respecter le référendum tenu en juin 2016, où le « oui » (à l’aéroport) l’avait emporté à 55 %. La décision du gouvernement va aussi à l’encontre de 179 décisions de justice qui ont toutes donné raison aux tenants du projet.

 

Pour le président de la région Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, Emmanuel Macron « piétine le suffrage universel qui est le socle de notre république et de notre démocratie. […] Des habitants de Loire-Atlantique m’ont fait savoir en nombre que plus jamais ils n’iront voter, plus jamais ils n’iront déposer un bulletin dans l’urne ! »

 

Des élus amers

 

La mairesse de Nantes, Johanna Rolland, parle elle aussi de trahison. « Cette décision est un mauvais coup porté au Grand-Ouest et pour nous une trahison, un déni de démocratie. […] Le gouvernement cède à la facilité. Il cède à la violence. »

 

Selon les élus régionaux, la décision laisse en plan les 6000 logements prévus sur le site de l’actuel aéroport afin de densifier la ville, qui devra trouver de nouveaux terrains. Personne ne sait non plus ce qu’il adviendra du pôle Airbus qui devait créer 5000 emplois en récupérant les anciennes pistes. De nombreux écologistes s’inquiètent aussi de l’agrandissement annoncé par Édouard Philippe de l’aéroport actuel, situé à quelques kilomètres de la seconde réserve ornithologique de France, le lac de Grand-Lieu.

 

Avec l’abandon du projet, personne ne sait à quel montant se monteront les indemnités que sera en droit de réclamer la multinationale Vinci, à qui avaient été confiées la construction et l’exploitation de l’aéroport. Le quotidien Libération évoquait un montant qui pourrait atteindre 350 millions d’euros.

 

Plus généralement, on sait qu’une cinquantaine de projets de développement sur tout le territoire sont aujourd’hui dans le collimateur des groupes écologistes. De nombreux observateurs craignent que les militants les plus radicaux qui n’ont pas développé d’activité agricole à Notre-Dame-des-Landes se déplacent pour occuper un autre site. Quant à ceux qui ont une activité, un rapport de médiation avait évoqué la possibilité de normaliser leur situation en confiant la gestion des terres à un organisme indépendant, comme on l’a fait dans le Larzac après les luttes des années 1970.

 

« C’est l’Ouest qui est sacrifié et c’est toujours Paris qui s’en tire », dit l’ancien président de la région, le républicain Bruno Retailleau. Une critique qui pourrait faire mal à un président essentiellement élu par l’électorat favorisé des grandes villes. En attendant, Vincent, lui, est convaincu qu’on a évité un autre Mirabel. Ce soir, il célébrera sa victoire tard dans la nuit. « Après tant d’années, on a bien le droit de faire la fête. »

1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 18 janvier 2018 09 h 39

    Perte d'autorité


    Macron se targuait et se targue toujours de faire ce qu'il dit. Il avait dit lors de la campagne à la présidence que l'aéroport serait construit à Notre-Dames-des-Landes. Le président revient sur sa parole et plusieurs se sentent trahis.

    Quelles seront les conséquences de cette volte-face? Macron perdra certainement de son autorité en montrant ainsi sa faiblesse. Et cette décision fera jurisprudence pour d'autres cas d'occupation illégale sur le territoire français. Bref, Jupiter perd plusieurs plumes! À suivre.

    M.L.