France: la réforme de l’assurance-chômage fait déjà controverse

Interrogé sur la chaîne d’information continue LCI, Emmanuel Macron a estimé que le contrôle des chômeurs était «normal» et ne présentait «rien de choquant».
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Interrogé sur la chaîne d’information continue LCI, Emmanuel Macron a estimé que le contrôle des chômeurs était «normal» et ne présentait «rien de choquant».

La réforme de l’assurance-chômage française, un des plus importants et des plus délicats chantiers du président Emmanuel Macron, n’est pas encore définie qu’elle suscite déjà la controverse, après des fuites dans la presse sur le renforcement du contrôle des bénéficiaires.

Selon l’hebdomadaire Le Canard enchaîné de mercredi, qui cite une note « confidentielle » du ministère du Travail, une recherche insuffisante, un refus de formation ou un refus de deux offres d’emploi jugées raisonnables entraînerait une réduction des allocations de moitié pendant deux mois, contre 20 % actuellement.

En outre, chaque demandeur d’emploi devrait remplir un « rapport d’activité mensuel », listant l’ensemble des démarches effectuées pour favoriser son retour à l’emploi.

Le durcissement des sanctions contre les demandeurs d’emploi qui ne seraient pas assez « actifs » dans leurs recherches avait figuré dans les promesses de campagne du président Macron, dans le cadre de la réforme de l’assurance-chômage, qui s’annonce très délicate tant le sujet est épineux en France.

L’un des plus généreux

Le système français est réputé pour être un des plus généreux en Europe pour les chômeurs et est régulièrement pris pour cible par le patronat comme une des raisons du chômage endémique en France.

L’idée d’un contrôle régulier des demandeurs d’emploi avait ainsi été suggérée par Pierre Gattaz, le numéro un du Medef (organisation patronale).

Avec 9,7 % de chômeurs, la France reste nettement au-dessus de la moyenne européenne (7,6 %), mais ce taux devrait s’établir à mi-2018 à 9,4 %, au plus bas depuis début 2012.

Le gouvernement souhaite descendre à 7 % d’ici à 2022. Emmanuel Macron a ainsi dit, mercredi au journal espagnol El Mundo, attendre « des résultats significatifs au bout de 18 à 24 mois » sur le front du chômage, après la réforme du Code du travail, qui a déjà suscité une vive controverse sans pour autant empêcher son adoption.

Interrogé sur la chaîne d’information continue LCI, Emmanuel Macron a estimé que le contrôle des chômeurs était « normal » et ne présentait « rien de choquant », sans pour autant que ces règles signifient « qu’on va poursuivre chacun ou qu’il y a une suspicion derrière chacun ».

Opposition

« Toute cette bureaucratie autour du chômage n’a qu’un but : rayer des gens, rayer, rayer, rayer et pouvoir dire après “regardez, grâce à nous le chômage a reculé” », a accusé le député de La France insoumise (gauche radicale) Alexis Corbière.

Le PS a « demandé au président et au premier ministre de ne pas laisser à Pierre Gattaz le rôle de conseiller « social » de l’exécutif », tandis que le Parti communiste français a dénoncé ce « macronisme » pour lequel « le chômeur est un suspect qui doit être étroitement surveillé ».

Le Front national, par la voix de son porte-parole Jordan Bardella, rejette, lui aussi, cette « suspicion généralisée » sur « des victimes du chômage de masse », plaidant à la place pour « un ciblage des fraudeurs notoires ».

La négociation sur la réforme de l’assurance-chômage doit débuter le 11 janvier et s’achever mi-février.

« Ce qui est écrit dans le Canard a été un temps envisagé », a assuré une source syndicale à l’AFP. Mais selon elle, il ressort des réunions avec « le cabinet » de Muriel Pénicaud que la réforme de l’échelle des sanctions devrait finalement « être soft ».