Londres se retire d’un appel d’offres saoudien pour une question de principe

Londres — Le gouvernement britannique a annoncé mardi son retrait d’un appel d’offres visant à moderniser le système pénitentiaire en Arabie saoudite, tout en exprimant sa préoccupation quant au sort d’un de ses ressortissants condamné à la flagellation dans ce pays.

 

« Le gouvernement a décidé qu’il ne maintiendrait pas sa candidature », a déclaré à la presse un porte-parole du 10 Downing Street, la résidence du premier ministre, David Cameron. Il a indiqué que le retrait de la candidature britannique répondait à la gestion des priorités du ministère de la Justice.

 

Cette annonce intervient alors que la famille d’un Britannique de 74 ans, condamné à 350 coups de fouet en Arabie saoudite pour possession d’alcool artisanal, a appelé M. Cameron à intervenir auprès de Riyad pour obtenir sa libération. Downing Street a toutefois précisé que les deux sujets n’étaient pas liés.

 

« Ce sont des questions différentes », a assuré le porte-parole, ajoutant que M. Cameron devait écrire dans la journée au gouvernement saoudien pour tenter de faire avancer ce dossier « particulièrement préoccupant ».

 

Pour du vin

 

Karl Andree avait été arrêté en août 2014 à Jeddah en possession de bouteilles de vin artisanal, puis condamné à un an de prison et 350 coups de fouet, selon le quotidien The Sun. L’alcool est interdit dans le royaume saoudien.

 

Bien qu’il ait déjà purgé sa peine de prison, Andree se trouve toujours en détention, dans l’attente du châtiment corporel. « Il a fait son temps [en prison], il devrait être libéré. En raison de son âge, nous craignons qu’il ne survive pas au fouet », a déclaré son fils Simon, 33 ans, sur les ondes de la BBC.

 

Le Labour, principal parti d’opposition britannique, s’est réjoui du retrait de la candidature « inacceptable » du Royaume-Uni à l’appel d’offres saoudien.

 

L’affaire a provoqué en outre des remous au sein même du gouvernement, selon la presse britannique : le ministre de la Justice, Michael Gove, étant opposé à l’appel d’offres, et celui des Affaires étrangères, Philip Hammond, s’inquiétant de son côté des éventuelles conséquences diplomatiques de son abandon.

 

M. Gove a expliqué que le gouvernement était « profondément inquiet du respect accordé aux droits de l’Homme en Arabie saoudite » et qu’il ne compromettrait jamais son engagement en faveur de ces droits, mardi après-midi devant le Parlement. Il a toutefois ajouté qu’il était important de « poursuivre la coopération sécuritaire avec le gouvernement saoudien et d’autres gouvernements » pour assurer la protection « du plus important » de ces droits, celui de vivre en sécurité.

 

La justice saoudienne est régulièrement critiquée par la communauté internationale pour la sévérité et la légitimité des condamnations qu’elle inflige.

 

La semaine dernière, le Parlement européen a adopté une résolution demandant au royaume de suspendre l’exécution du jeune chiite Ali al-Nimr, condamné à mort pour avoir participé à une manifestation alors qu’il était mineur. Un blogueur, Raïf Badawi, a également été condamné à dix ans de prison et 1000 coups de fouet.

 

Amnesty International a indiqué en août qu’au moins 2208 personnes avaient été exécutées en Arabie saoudite entre janvier 1985 et juin 2015, dont près de la moitié étaient des étrangers. Des mineurs et des handicapés mentaux figuraient également parmi les personnes exécutées.

La France engrange des milliards en contrats de Riyad

Riyad — La France a engrangé mardi, à l’occasion d’une visite à Riyad du premier ministre Manuel Valls, pour 10 milliards d’euros de contrats (14,7 milliards $CAN) avec l’Arabie saoudite, dont plusieurs restent toutefois à finaliser.

Ces accords concernent un grand nombre de secteurs, de l’énergie aux infrastructures en passant par la santé, l’agroalimentaire et l’armement. Le montant de 10 milliards d’euros regroupe des accords, mais aussi des lettres d’intention, a relevé Matignon.

L’entourage de M. Valls a également mis en avant un accord prévoyant que 30 patrouilleurs rapides « seront commandés d’ici la fin de l’année » par Riyad. Il a également été convenu de l’ouverture de négociations exclusives dans le domaine des satellites, de télécommunications et d’observation pour un montant de plusieurs milliards.

La délégation française s’est montrée très discrète pendant son séjour à Riyad sur la question des droits de la personne dans un pays qui a enregistré 134 exécutions depuis le début de l’année et où un jeune chiite saoudien, Ali al-Nimr, est condamné à mort pour avoir participé, alors qu’il était mineur, à des manifestations antigouvernementales.

Achevant à Riyad une tournée régionale qui l’a mené en Égypte et en Jordanie, M. Valls a assuré néanmoins avoir évoqué le sujet avec ses interlocuteurs et avoir lancé un « appel à la clémence » en faveur d’Ali al-Nimr.
1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 13 octobre 2015 13 h 13

    Mais Harper et Trudeau

    Nos deux leaders, eux, sont prêts à vendre des armes de guerre et de répression à cette Arabie. Et Mulcair? Est-il ambigu, est-ce qu'il évite la question?