Hollande l’emporte sans triomphalisme

François Hollande célébrant sa victoire à l’élection présidentielle française, hier, aux côtés de sa compagne, Valérie Trierweiler, à Tulle dans son fief électoral en Corrèze. « Les Français viennent de choisir le changement », a lancé le président élu à ses partisans.
Photo: Agence Reuters Régis Duvignau François Hollande célébrant sa victoire à l’élection présidentielle française, hier, aux côtés de sa compagne, Valérie Trierweiler, à Tulle dans son fief électoral en Corrèze. « Les Français viennent de choisir le changement », a lancé le président élu à ses partisans.

Trente et un ans après l’élection de François Mitterrand, la France a élu hier le second président socialiste de l’histoire de la Ve République. Des scènes de liesse se sont déroulées dans toutes les villes de France, et particulièrement à Paris où des dizaines de milliers de personnes ont aussitôt envahi la place de la Bastille. Avec 51,7 % des voix, François Hollande obtient une nette victoire, mais moins ample que celle qu’avaient laissé prévoir les sondages. L’élection de François Hollande met fin à 17 ans de présidence de droite.

Malgré un résultat honorable (48,3 %), la défaite est amère pour Nicolas Sarkozy, dont l’impopularité personnelle ne s’était jamais démentie tout au long de son mandat. Il devient, avec Valéry Giscard d’Estaing, le second président de la Ve République à qui les Français ont refusé un second mandat. Et il rejoint les nombreux dirigeants européens que les peuples ont refusé de réélire, ou qui ont été démis, depuis l’éclatement de la crise des dettes souveraines. Nicolas Sarkozy a dit hier qu’il ne serait « plus jamais candidat aux mêmes fonctions » et redevenait donc « un Français parmi les Français ». Il y a quelques semaines, le président avait déclaré à la radio qu’advenant une défaite, il quitterait la politique.


Même si des milliers de personnes ont fêté jusque tard dans la nuit, la victoire d’hier semblait revêtir un ton beaucoup plus grave que celle de François Mitterrand en 1981. « Les Français viennent de choisir le changement », a déclaré François Hollande de Tulle, son fief électoral en Corrèze où les accordéons jouaient La vie en rose. Le nouveau président veut être jugé sur deux engagements majeurs : « Chacun de mes choix, chacune de mes décisions, sera jugé sur ces deux critères : est-ce juste et est-ce vraiment pour la jeunesse ? »


Loin du style décomplexé et clivant de son prédécesseur, le nouveau président s’est engagé à servir son pays « avec le dévouement et l’exemplarité qu’exigent ces fonctions […]. Pour les électeurs qui ne m’ont pas accordé leurs suffrages, qu’ils sachent bien que je suis le président de tous. Ce soir, il n’y a qu’une France, réunie dans le même destin. Chacun et chacune en France, dans la République, sera traité à égalité de droits et de devoirs. Aucun enfant de la République ne sera laissé de côté. »


Le nouveau président a aussi adressé un message à l’Europe, dont il veut relancer la croissance. « Je mesure aussi que l’Europe nous regarde, dit-il. Je suis sûr que, dans bien des pays européens, les résultats ont été un soulagement, un espoir. […] L’austérité ne pouvait plus être une fatalité : c’est un aussi une mission qui est la mienne, la croissance, l’emploi, l’avenir. »


À la salle de la Mutualité, à Paris, où étaient réunis les partisans de Nicolas Sarkozy, l’ambiance était parfois amère. Le président a dû calmer ses partisans qui huaient chaque fois qu’il parlait de son adversaire. « Le peuple français a fait son choix, […] c’est un choix démocratique et républicain, a-t-il déclaré. Nous devons ce soir penser exclusivement à la grandeur de la France et au bonheur des Français. Je veux les remercier pour avoir présidé notre pays pendant cinq ans. Jamais je n’oublierai cet honneur. Dans la vie d’un homme, présider à la destinée de la France, c’est quelque chose que je ne pourrai jamais oublier, c’est un bonheur immense. J’y ai consacré toute mon énergie, j’ai essayé de faire au mieux. »


Nicolas Sarkozy a dit porter « toute la responsabilité de cette défaite ». « Une autre époque s’ouvre, dit-il. Dans cette époque, je resterai l’un des vôtres. […] Après 35 ans de mandat politique, […] mon engagement sera dorénavant différent. »


Vers minuit, François Hollande s’est adressé une seconde fois à ses partisans, cette fois sur la place de la Bastille qui, malgré la gravité des discours, avait des airs de 10 mai 1981, date de la première élection de François Mitterrand. Les drapeaux tricolores côtoyaient ceux de nombreux pays, dont quelques drapeaux du Québec. « J’ai entendu votre volonté de changement […] après des années de rupture, de blessure », a déclaré François Hollande. Le nouveau président veut que cette victoire ne soit pas celle de la « rancune ». « Je suis le président de la jeunesse de France ! », lance-t-il. Son discours s’est terminé par la Marseillaise, une tradition récente à gauche instaurée par Ségolène Royal en 2007.


Pour l’ancienne candidate socialiste Ségolène Royal, « François Hollande a été récompensé de la cohérence de sa campagne ».


L’écart, moins important que celui annoncé par les sondages, a fait dire à l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, que cette élection était « jouable ». Les ténors de l’UMP avaient déjà en tête les élections législatives du mois de juin qui devraient donner une majorité au nouveau président. L’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin a appelé à une « opposition constructive ». « Dans aucun pays européen, on n’a vu un chef d’État résister aussi bien à la crise », selon le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé.


La candidate du Front national, Marine Le Pen, a déploré que les membres de l’UMP aient « tué toute chance de victoire » en refusant toute alliance électorale avec le FN.


Hollande vainqueur au Québec


Avec environ 80 % des inscrits, la participation est légèrement inférieure à celle de 2007, mais supérieure à celle de 2002. Le scrutin d’hier a attiré un million d’électeurs de plus qu’au premier tour. Les Français résidant au Québec ont plébiscité François Hollande à 57,74 %.


En ces temps de crises, les délices de la victoire risquent d’être de courte durée. Immédiatement après la passation des pouvoirs, le 15 mai prochain, le nouveau président devrait rendre visite à Angela Merkel, qui l’a félicité dès hier soir pour sa victoire. La chancelière allemande, qui a soutenu Nicolas Sarkozy pendant la campagne, avait d’abord accueilli froidement la proposition de François Hollande de renégocier le traité européen de stabilité budgétaire. Elle a récemment ouvert la porte à l’ajout d’un « volet croissance ». François Hollande sera aussi aux États-Unis le 18 mai pour le sommet du G8 qui sera immédiatement suivi de celui de l’OTAN, où le nouveau président annoncera le retrait avant la fin de l’année des 3400 soldats français en Afghanistan.


En pleine crise de l’euro, les premières décisions économiques de François Hollande seront scrutées à la loupe par les marchés. En particulier, la nomination du premier ministre qui devrait intervenir rapidement. Les noms les plus souvent cités sont ceux de Jean-Marc Ayrault, aujourd’hui patron des députés socialistes, de Manuel Valls, la vedette montante du parti, et de Martine Aubry, qui dirige le PS. François Hollande pourrait aussi organiser dès la mi-juillet un grand sommet social avec les syndicats afin de passer en revue les impératifs de la rigueur budgétaire et les moyens de la relance.


Les Français retourneront aux urnes les 10 et 17 juin pour élire les députés de l’Assemblée nationale. Car, sans majorité parlementaire, le nouveau président pourrait être forcé à d’importants compromis avec ses alliés. « Il faut me donner une majorité », a conclu François Hollande sur la place de la Bastille.

28 commentaires
  • Nikopol - Inscrite 7 mai 2012 02 h 22

    Enfin, il était temps…

    Enfin, les Français ont corrigé l’erreur, le non-sens qu’ils avaient commis de choisir ce nabot complexé, arrogant, baveux, imbu de lui-même, obtenant le pouvoir pour asseoir sans gêne sa cour de riches parvenus. Ce qui arrive était prévisible. Ce n’était qu’une question de temps. Avec son tempérament instable, ses réactions imprévisibles, «sa grand gueule petit faiseur», son style de «petit dictateur», il ne pouvait en résulter que sa propre détestation. Et penser qu’on le disait intelligent. Finis le vaudeville, finis cette comédie burlesque, grotesque. Enfin, il ira se retirer sur l’île privée d’un de ses riches amis qui lui assureront son avenir pour services rendus.
    C’est la 1ère bonne nouvelle politique depuis longtemps au Québec, depuis l’élection de Charest en 2003. Enfin, on aura un président de la France qui pourra respecter les désirs des Québécois de bâtir la société telle qu’ils la désirent et non pas un président qui se fait le représentant du Seigneur de Sagard et de son subalterne Charest .
    Finis la mascarade, les légions d’honneur aux petits-amis, les magouilles, les combines, c’est le temps du grand ménage en France comme on se prépare à le faire ici au Québec. C’est le temps de découvrir ce qu’on ne sait pas… Entre autre, qu’est-ce qu’on manigance avec le traité de libre-échange avec l’Europe soutenu par tous les Desmarais du monde…
    C’est maintenant à notre tour de corriger l’erreur qu’on a commise en 2003. Finis le règne des sans scrupules Sarkozy et Charest.

    • Jean-Claude Archetto - Inscrit 7 mai 2012 07 h 24

      Tout à fait. Pour ce qui est du traité de libre-échange avec l'Europe négocié en douce derrière des portes closes par un autre des "Desmarais boys", Pierre-Marc Johnson ,je crains qu'il soit une des raisons pour lesquelles Charest s'accroche au pouvoir.

      Il veut nous le passer entre les dents et avancer le plus possible son Plan Nord avant de tirer sa révérence pour mettre les Québécois devant des faits accomplis, remplissant ainsi sa mission auprès de son maître.

    • lise bélanger - Abonnée 7 mai 2012 07 h 32

      Bien d'accord avec vous.

    • Clothaire - Inscrite 7 mai 2012 07 h 42

      Je ne souscris pas à vos propos car cette gauche du PS est moralisatrice et donneuse de leçons. Hollande s'est présenté comme l'homme parfait. Vous allez bientôt découvrir qu'il est un humain ordinaire.

    • Bobinette - Inscrit 7 mai 2012 10 h 10

      C'est un peu fort toutes ces attaques sur la personne et la comparaison de Sarkozy et Charest, et je ne crois pas que M. Hollande reviendra sur les mesures d'austérité adoptées par son prédécesseur. Il faut bien se l'avouer, ici comme en France, nous assistons au recul économique des pays privilégiés et vieillissants au profit des pays jeunes et bon marché, sous l'effet nivelant de la mondialisation. Ceux qui en décident ainsi siègent aux conseils d'administration des grandes entreprises et ne sont pas élus. S'il souhaite réellement stimuler la reprise, il faudra bien que M. Hollande en tienne compte.

    • SusanK - Inscrit 7 mai 2012 15 h 36

      Il n'y a pas eu de raz-de-marée... donc aucune raison réelle de célébrer.

      D'accord avec CLOTHAIRE. Les problèmes s'en viennent. J'écoutais les partisans de Hollande qui disaient que le prix des loyers en France est beaucoup trop élevé. Alors, Hollande va-t-il abaisser le prix des logements? Non... Les riches qui sont déjà taxés à outrance resteront-ils en France suite à une augmentation de leurs taxes? Je doute... Il veut augmenter l'immigration mais la France est dans le trou financièrement suite à une immigration incontrôlée et massive.

      Alors, comment financer ses promesses... les gens n'ont pas réfléchi tout simplement.

      Les législatives seront intéressantes. Le Pen espère attirer les votes de Sarko, on sait jamais.

  • Fr. Delplanque - Inscrit 7 mai 2012 06 h 44

    51 % serait une nette victoire...

    Encore les éléments de langage de la gauche...

    La France n'est pas à majorité à gauche (deux millions de votes blancs un chiffre record, 20 % d'abstentions).

    • François Desjardins - Inscrit 7 mai 2012 08 h 24

      ...et ces 20% qui ne votent pas ne sont sûrement pas résuloment de droite puisqu'ils ne votent pas...

    • Franklin Bernard - Inscrit 7 mai 2012 08 h 30

      Encore les éléments de la langue de bois de la droite. Quand la défaite de la droite est accueillie avec amertume et mauvaise foi par ses partisans. Ce qui prouve davantage encore à quel point il fallait voter à gauche. CQFD.

  • Clothaire - Inscrite 7 mai 2012 07 h 37

    PAS DE QUOI PAVOISER

    Il l'emporte par la peau des dents. Les spécialistes ont dit que la France est la prochaine qui sera attaquée sur les marchés parce que son programme est trop dépensier et va plomber les finances déjà dans un mauvais état.

    • Frédéric Jeanbart - Abonné 7 mai 2012 12 h 44

      "Attaqué" par qui donc? Et qu'est-ce qui sera "attaqué" d'après vous? Explicitez svp.

  • Jean Martinez - Inscrit 7 mai 2012 08 h 09

    La fin de la duplicité de la droite

    Voici ce que disait effrontément Nicolas Sarkozy à propos du nationalisme québécois (pour aider ses amis Charest et Desmarais): « Cet attachement à notre culture, à notre langue, à nos liens, pourquoi devrait-il se définir comme une opposition à qui que ce soit d'autre? (...) Croyez-vous, mes amis, que le monde, dans la crise sans précédent qu'il traverse, a besoin de division, a besoin de détestation? Est-ce que pour prouver qu'on aime les autres, on a besoin de détester leurs voisins? Quelle étrange idée! (...) Ceux qui ne comprennent pas cela, dit-il, je ne crois pas qu'ils nous aiment plus, je crois qu'ils n'ont pas compris que, dans l'essence de la Francophonie, dans les valeurs universelles que nous portons au Québec comme en France, il y a le refus du sectarisme, le refus de la division, le refus de l'enfermement sur soi-même, le refus de cette obligation de définir son identité par opposition féroce à l'autre. »

    Voici maintenant ce qu'il a dit à quelques jours du vote de 2e tour à la présidentielle française: "l'Europe a trop laissé s'affaiblir la Nation. Les pays qui gagnent aujourd'hui, c'est les pays qui croient dans l'esprit national".

    C'est cette duplicité fondée uniquement sur les intérêts des spoliateurs affairistes de la droite qui a aujourd'hui disparu en France avec l'élection de François Hollande. C'est cette duplicité qui devra dispraître aussi au Québec avec l'élection de Pauline Marois.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 7 mai 2012 16 h 58

      @ monsieur Jean Martinez
      La duplicité fondée uniquement sur les intérêts des spoliateurs:

      2012-
      Discours de Sarkosy:« Parce que défendre son identité ce n’est pas honteux, c’est légitime…La France en a assez qu’on parle en son nom pour des idées qui ne sont pas les siennes…La liberté qui permet à chacun d’écrire sa propre histoire…L’outrance des uns et le déni des autres…»

  • Franklin Bernard - Inscrit 7 mai 2012 08 h 34

    Il faut que cette victoire de la justice...

    ... et de la démocratie gagne maintenant le Québec et le Canada pour nous débarrasser enfin de cette droite réactionnaiere arrogante et méprisante, vendue à la finance et au big business, qui y règne depuis trop longtemps.