Présidentielle française – Fin de campagne sous haute tension

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	Le candidat socialiste François Hollande est allé à la rencontre des électeurs à Périgueux.</div>
Photo: Jacky Naegelen
Le candidat socialiste François Hollande est allé à la rencontre des électeurs à Périgueux.

Rarement la tension a-t-elle été aussi palpable à 24 heures d’une élection présidentielle. Alors que la campagne se terminait hier à minuit, toute la journée les deux candidats ont continué à sillonner la France jusqu’à la toute fin. Faisant le bilan de sa campagne, Nicolas Sarkozy a adressé ses paroles les plus sévères à la presse, qu’il accuse d’« intolérance » et de « parti pris ».

Le président, qui traîne toujours dans les sondages même si l’écart se resserre, a mis le point final à sa campagne aux Sables d’Olonne, en Vendée. Il se dit persuadé que la France est confrontée à un « choix historique », qu’il y aura « une grande surprise » dimanche et que le résultat se jouera « sur le fil du rasoir ». « N’ayez pas peur », a-t-il conclu en citant Jean-Paul II. « Après tout, c’est un grand pape », a-t-il ajouté.


Le président a de nouveau attaqué le « système politico-médiatique », qu’il accuse de pratiquer la « pensée unique ». Un thème devenu récurrent depuis deux semaines, et plus encore après le débat télévisé de mercredi. Joignant le geste à la parole, il a interrompu son discours pour s’en prendre à un journaliste de BFM-TV qui faisait un direct. « Si notre ami qui fait un duplex en me tournant le dos voulait bien s’arrêter, ça m’arrangerait », a-t-il déclaré, provoquant immédiatement des sifflets dans le public contre le journaliste.


« Ne vous inquiétez pas. La politesse n’est qu’une question d’éducation, et après tout […] s’il y a eu quelques manquements, nous y porterons remède », a-t-il conclu sur un ton énigmatique. À la fin de la rencontre, des militants ont continué à siffler et à insulter les journalistes, les obligeant à quitter l’antenne.


Dans les assemblées de Nicolas Sarkozy, les quolibets et les invectives sont de plus en plus courants à l’endroit de la presse. Deux journalistes ont même été agressées par des militants de l’UMP depuis une semaine. Ruth Elkief, journaliste de BFM-TV, s’est fait cracher dessus et lancer des bouteilles d’eau à Toulon jeudi. Marine Turchi, de Médiapart, a été secouée et s’est fait arracher son badge. Le journal en ligne a porté plainte. Le président de l’UMP, Jean-François Copé, a pour sa part estimé que les médias avaient fait « alliance » avec François Hollande dans cette élection.

 

« Plus que la gauche »


En écho au « n’ayez pas peur » de Nicolas Sarkozy, François Hollande a répliqué : « La France n’a pas peur, elle a espoir. » L’ambiance était visiblement plus détendue chez ce dernier, même si le candidat socialiste a sillonné hier le pays de la Moselle, près de la frontière belge, à la Dordogne, dans le Sud-Ouest. Partout, il a appelé ses électeurs à lui accorder « une ample victoire » dimanche.


« Je représente ici la gauche, sans doute, mais déjà plus que la gauche. Je représente tous les républicains, les humanistes, ceux qui sont attachés à des valeurs et des principes », a-t-il déclaré en précisant que ceux qui ne voteront pas pour lui seront « les bienvenus pour le redressement de notre pays ».


Plus tôt, il était revenu sur le débat télévisé de mercredi. « Là où il a commis, lui [Sarkozy], une erreur, c’est qu’il m’a sous-estimé », a-t-il déclaré. Hier, les quatre derniers sondages de la campagne prédisaient une victoire de François Hollande avec 52,5 % ou 53,5 % des voix contre 46,5 % ou 47,5 % pour Nicolas Sarkozy.


Le candidat a continué d’affirmer qu’il n’était pas question d’alliance avec le Modem, même si le centriste François Bayrou a dit la veille qu’il voterait pour lui. « Il n’y a pas d’alliance qui se prépare, il n’y a pas de tractations, il n’y a pas de places qui soient échangées », a-t-il tranché. Toute la journée, les réactions ont continué à fuser sur ce ralliement qui est une première dans l’histoire des centristes en France. Le socialiste Arnaud Montebourg y a vu « le coup de grâce à Nicolas Sarkozy ». Nicolas Sarkozy, lui, « ne pense pas que ça ait une plus grande importance que cela ». Même si la candidate du FN a dit qu’elle votera blanc, son conseiller en communications Frédéric Chatillon a déclaré qu’il voterait plutôt Hollande.


« Révolution française » ?


À droite, il semblait pourtant évident hier que les ténors de l’UMP préparaient déjà la suite des choses. Jeudi, une assemblée improvisée a réuni chez Alain Juppé, à Bordeaux, le secrétaire général du parti, Jean-François Copé, et le premier ministre, François Fillon, tous deux rivaux pour la succession de Nicolas Sarkozy. La rencontre avait des allures de requiem et semblait destinée à tenter de colmater les divisions, de plus en plus évidentes au sein de l’UMP. Copé et Fillon ont prêté allégeance à Alain Juppé, à qui l’on prête l’intention de prendre la direction du parti après l’élection. L’ancien premier ministre serait en effet le candidat idéal, non seulement à cause de son autorité, mais aussi parce que personne ne le soupçonne, à 66 ans, de vouloir se présenter en 2017. On prévoit déjà la création de « courants » dans le parti et plusieurs réclament l’organisation de primaires.


Avec « une claire volonté de tourner la page », mais « sans enthousiasme », le quotidien Le Monde a appelé à voter pour François Hollande. Le socialiste est le plus apte, écrit le journal, à « reconstruire cette nation disloquée, [à] lui redonner confiance et espoir dans le rôle qu’elle peut tenir dans ce monde nouveau qui émerge. Il devra, pour cela, travailler à recréer les conditions d’un vivre ensemble ».


Contrairement à The Economist, qui avait jugé François Hollande « plutôt dangereux », le Financial Times écrivait hier que le socialiste était « un pragmatique » qui, « malgré une ou deux idées folles », veut équilibrer le budget en 2017, ce que le candidat républicain Mitt Romney ne serait pas certain de faire. « Arrêtez de vous tourmenter avec la Révolution française », écrit Philip Stephen.


3 commentaires
  • jacknath - Abonné 5 mai 2012 08 h 44

    Mr Rioux, mauvaise lecture sans doute?

    ''Le Monde'' qui appelerait à voter pour Hollande?
    vous connaissez trop bien ce journal pour savoir que ce n'est pas dans ses habitudes.
    je sens, à vous suivre régulièrement, que vous seriez enclin à l'espérer (tout comme moi).
    mais si dans l,ensemble, cet édito est plutôt favorable à Hollande, il est faux que l'on puisse y trouver un appel en bonne et due forme pour ce candidat.

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/04/viv

  • Mériem Said - Inscrite 5 mai 2012 09 h 30

    Précision

    Dans l'article du Monde, il est écrit précisément ceci:

    "Le nouveau président de la République, quel qu'il soit, devra reconstruire cette nation disloquée, lui redonner confiance et espoir dans le rôle qu'elle peut tenir dans ce monde nouveau qui émerge. Il devra, pour cela, travailler à recréer les conditions d'un vivre ensemble."

    Où êtes-vous aller chercher que Le Monde appelait à voter Hollande? D'autant plus que, comme le note Nath dans son commentaire, ce n'est pas vraiment dans les habitudes de ce journal.

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/04/viv