Discours sur l’état de l’Union: Trump appelle à l'unité de la nation

Donald Trump a livré son discours sur l’état de l’Union, mardi soir. Derrière lui, le vice-président, Mike Pence, et le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan.
Photo: Win McNamee / Pool / Associated Press Donald Trump a livré son discours sur l’état de l’Union, mardi soir. Derrière lui, le vice-président, Mike Pence, et le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan.

C’est un Donald Trump en rupture avec son ton flamboyant et sa personnalité imprévisible qui s’est présenté devant le Congrès américain mardi soir. « Nous avons fait d’incroyables progrès », a-t-il souligné alors qu’il entamait son premier discours sur l’état de l’Union, s’en tenant au scénario écrit d’avance, en continuité avec la tradition.

Moment fort de la démocratie américaine, le président prononçait ces mots presque un an jour pour jour après sa cérémonie d’intronisation, a-t-il aussi noté.

« Commençons par reconnaître que l’état de l’Union est fort parce que notre peuple est fort », a-t-il poursuivi. Cette « nouvelle vague d’optimisme » se reflète dans les « 2,4 millions d’emplois créés, dont 200 000 emplois manufacturiers », précise M. Trump, cherchant à plaire à cette frange de son électorat.

Trump pouvait ainsi compter sur la vigueur de l’économie américaine comme tremplin pour ses demandes face au Congrès. Les records de Wall Street et la bonne santé économique générale font en quelque sorte contrepoids à sa propre courbe tumultueuse de popularité, expose Rafael Jacob, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM.

« Ce discours est une sorte de liste d’épicerie pour établir ce qu’il veut que le Congrès fasse », rappelle M. Jacob.

« L’une de mes plus grandes priorités est de réduire le prix des médicaments », a annoncé Donald Trump, quelques minutes après s’être félicité d’avoir « abrogé le coeur désastreux de l’Obamacare ».

« L’Amérique a enfin tourné la page sur des décennies d’accords commerciaux injustes qui ont sacrifié la prospérité », a aussi affirmé le président.

Un groupe de 36 sénateurs avait appelé son gouvernement mardi dans une lettre à ne pas retirer les États-Unis de l’ALENA. Ils faisaient entre autres valoir que les Canadiens et les Mexicains achètent près de 500 milliards en biens manufacturés chaque année.

« Alors que nous reconstruisons nos industries, il est également temps de reconstruire nos infrastructures croulantes », a poursuivi Donald Trump.

Les détails attendus sur son plan d’infrastructure de 1500 milliards (1,5 billion) de dollars n’ont pas été livrés en entier mardi soir. Des détails très attendus, qui faisaient déjà couler beaucoup d’encre, les États et les gouvernements locaux l’accusant mardi de vouloir faire reposer la charge financière sur les autres paliers de gouvernement.

La réforme fiscale adoptée en décembre dernier consacrait la plus grande baisse d’impôts depuis les années Reagan. Un geste que M. Trump a traduit par les « plus grandes baisses d’impôt et réforme de l’histoire américaine ».

Parmi les invités d’honneur du président et de la première dame, Melania Trump, figurait ainsi un couple de l’Ohio qui a pu devenir propriétaire d’une maison pour la première fois cette année. « Ils vont investir leur argent excédentaire de la réforme fiscale dans l’éducation de leurs deux filles », est-il également décrit dans leur courte biographie publiée en ligne par la Maison-Blanche.

Une monnaie d’échange réitérée

Et la caméra surveillait ces invités de près, « chacun invitant des gens pour renforcer son propre récit, son propre discours », illustre le chercheur Jacob, reconnaissant l’aspect théâtral de l’exercice.

En réaction aux invités spéciaux de la présidence, des démocrates avaient quant à eux choisi de faire venir des « Dreamers ». « Ils cherchent à mettre un visage », résume Andréanne Bissonnette, elle aussi chercheuse à l’Observatoire sur les États-Unis de l’UQAM.

Ce visage est celui de jeunes immigrants amenés par leurs parents alors qu’ils avaient moins de 15 ans. Plus de 690 000 d’entre eux bénéficient actuellement du programme d’Action différée pour les arrivées d’enfance (DACA en anglais). La population admissible à ce visa pourrait passer à 1,8 million en plus de créer une voie vers la citoyenneté, si la stratégie en immigration de Trump était adoptée par le Congrès cette année, précise Mme Bissonnette.

À quelques heures de cet important discours, le républicain Paul Gosar a indiqué sur Twitter avoir contacté la police du Capitole ainsi que le procureur général Jeff Sessions. De la frange conservatrice du parti et provenant de l’État frontalier d’Arizona, note Mme Bissonnette, M. Gosar dit leur avoir demandé s’ils prévoyaient de « vérifier l’identification » et d’« arrêter les immigrants illégaux dans l’assistance », faisant référence aux Dreamers.

Le président Trump a fait de la reconduction du DACA une monnaie d’échange pour l’établissement de son mur frontalier, pour lequel il demande 25 milliards de dollars américains. Bien qu’il ait martelé son opposition à ce régime de protection durant sa campagne électorale, sa position s’est rapidement adoucie après son élection, observe Andréanne Bissonnette.

Une stratégie « mur contre Dreamers » qui ne l’a pas empêché d’appuyer fort sa rhétorique sécuritaire, insistant sur le lien entre terrorisme et immigration. Il a ainsi souligné la tragédie de parents, présents pour l’occasion, qui ont perdu leurs enfants aux mains de membres du gang MS-13 : « Il est temps de fermer les failles meurtrières qui ont permis à ces gangs de venir dans notre pays. »

« Malgré son ton plus posé, on sentait qu’il s’adressait à sa base électorale », a commenté la chercheuse, notamment en déclarant que les « Américains sont des rêveurs aussi » (« Americans are dreamers too »).

L’immigration reste le domaine pour lequel Trump a donné le plus de précisions sur son programme pour l’année à venir. Les quatre piliers pour « mettre l’Amérique d’abord » incluent l’embauche d’agents frontaliers, la limitation du regroupement familial et l’élimination du système de loterie des visas.

Toute la journée mardi, les analystes des plus grands médias américains spéculaient sur le ton que le président Trump choisirait d’adopter. S’en tiendrait-il au texte affiché par son télésouffleur ? Déciderait-il de revenir à son naturel sans filtre et sans fard malgré la tradition formelle de ce discours ?

« Dans un cas comme dans l’autre, on assisterait à quelque chose auquel on n’est pas habitué, finalement », commentait le chercheur Rafael Jacob avant le discours.

Le président a ainsi voulu adopter un ton d’apaisement, disant tendre la main pour travailler avec les membres des deux partis. Le thème de l’unité a occupé plusieurs des envolées applaudies du discours : « Nous partageons tous la même maison, le même coeur, le même destin et le même grand drapeau américain. »

C’est qu’il a besoin du plus large soutien législatif possible, réitère M. Jacob : « On gagne à comprendre que le président peut lancer mille et une propositions au Congrès sans qu’aucune soit adoptée. Alors que nous sommes habitués au Canada à voir les annonces du chef du gouvernement devenir des projets de loi. »

Une douzaine de démocrates ont boycotté le discours de mardi soir, selon le Washington Post.

« Mettons la politique de côté pour enfin accomplir le travail », réitérait-il, avant de conclure que la crise des opioïdes devait figurer haut dans l’ordre du jour des législateurs.

Il s’est ensuite tourné vers la politique étrangère, confirmant qu’il avait signé un décret pour garder la prison de Guantánamo ouverte et promettant de la remplir de « centaines de dangereux terroristes ». Cette partie du discours s’est étendue sur une quinzaine de minutes, le président s’approchant du record du plus long discours sur l’état de l’Union, détenu jusqu’à maintenant par Bill Clinton.

Il a terminé sa longue harangue en rendant hommage aux bâtisseurs « de cet endroit spécial appelé l’Amérique » et à « leur idée révolutionnaire : celle de se gouverner eux-mêmes ». Selon les transcriptions consultées, le mot « démocratie » n’a par ailleurs pas été prononcé une seule fois par le président américain durant ce discours.

Réplique démocrate

C'est un jeune membre du Congrès au nom chargé d'histoire, Joseph Kennedy III, 37 ans, petit-neveu de l'ancien président John F. Kennedy, qui s'est chargé de donner la réplique au discours présidentiel au nom des démocrates.

Rejetant l'idée selon laquelle les tensions de l'année écoulée résultaient du jeu politique traditionnel, il a dénoncé avec force une administration « qui ne s'attaque pas seulement aux lois qui nous protègent, mais aussi à l'idée même que nous sommes tous dignes de protection ».

À ceux qui prédisent un « tournant » ou un « nouveau chapitre » de la présidence Trump, nombre d'observateurs rappellent que si, il y a un an, son premier discours devant le Congrès avait été salué pour sa tonalité « présidentielle », la rupture avait été éphémère.

Quelques jours plus tard, le milliardaire accusait dans une salve de tweets — sans la moindre preuve à l'appui — son prédécesseur Barack Obama de l'avoir placé sur écoutes.

Agence France-Presse

3 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 31 janvier 2018 02 h 26

    Attendons les tweets...

    Faut quand même le faire: appeler à l'unité alors qu'il a passé son année à être un des principaux diviseurs de l'Amérique. Comme d'habitude, il a dit des vérités, des demies vérités, des mensonges flagrants et s'est vanté de choses dont il n'est pas l'auteur ou le responsable. Du grand Trump qui n'a pas dérapé, sauf en sourdine, particulièrement sur les dangers que seraient à la base les migrants.

  • Claude Gélinas - Abonné 31 janvier 2018 11 h 05

    Semeur de chaos revêtant le costume du rassembleur !

    Paradoxalement ce semeur de chaos qui dans les prochains jours si la tendance se maintient devrait sur twitters dire le contraire de ce qu'il affirmé dans son discours.

    Grand diviseur de la société, menteur pethologique et narcissique le Président qui poursuit son rêve de détruire l'oeuvre de son prédécesseur demeure un voyou sans scrupules. Sa prestation ressemblait davantage à une émission de télé-réalité alors qu'il s'applaudissait sans retenue.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 31 janvier 2018 18 h 25

      Et comme il applaudissait devant le micro...