Ottawa veut parler aux Salvadoriens

La petite Stefany Marjorie, âgée de 8 ans, regarde un agent des douanes américaines vérifier les informations de sa famille à leur arrivée à Mission, au Texas.
Photo: John Moore Getty Images Agence France-Presse La petite Stefany Marjorie, âgée de 8 ans, regarde un agent des douanes américaines vérifier les informations de sa famille à leur arrivée à Mission, au Texas.

Après ceux d’Haïti et du Nicaragua, c’est au tour des ressortissants du Salvador de voir leur statut spécial de résident aux États-Unis être révoqué par le gouvernement Trump.

 

Environ 200 000 Salvadoriens, soit le plus gros groupe bénéficiant de ce programme de protection temporaire (TPS), ont ainsi 18 mois — soit jusqu’en septembre 2019 — pour régulariser leur situation ou quitter le pays, sans quoi ils seront expulsés.

 

Assistera-t-on à la prise deux de l’épisode de l’été dernier où des centaines d’Haïtiens franchissaient la frontière entre les États-Unis et le Québec chaque jour ? « C’est difficile à savoir », a déclaré au Devoir Pablo Rodriguez, député libéral fédéral de langue maternelle espagnole et whip du gouvernement Trudeau. « Je n’en ai pas l’impression, car ce n’est pas ce qu’on a vécu dans le passé avec eux. »

 

Il rappelle que l’annonce, en novembre dernier, de la révocation par le gouvernement Trump du TPS des Nicaraguayens « n’a pas eu d’incidence comme telle ».

 

Plusieurs Salvadoriens, ayant des enfants ou étant mariés à des personnes de nationalité américaine, vont d’abord tenter de régulariser leur situation. Plus de 50 % des Salvadoriens — et 16 % des Haïtiens — qui bénéficient du permis de séjour temporaire vivent aux États-Unis depuis au moins 20 ans, révèle le Centre d’études sur les migrations.

 

Le président du Syndicat des douanes et de l’immigration ne croit pas que les Salvadoriens vivant aux États-Unis se rueront dès aujourd’hui à la frontière canadienne, mais ils pourraient affluer en plus grand nombre cet été.

 

« Ça va être l’été 2018 qui va être occupé. Parce que je ne suis pas certain que ces communautés-là vont attendre à la dernière minute. Ils vont se préparer et venir au cours de l’année », a dit Jean-Pierre Fortin.

 

Contrer la désinformation

 

Le gouvernement canadien « suit la situation au quotidien », a assuré Pablo Rodriguez. « On a déployé beaucoup d’effort pour non seulement informer les gens, mais savoir aussi ce qui se passe là-bas. »

 

Le député s’envolera d’ailleurs encore cette semaine en mission chez nos voisins du sud, en Californie, pour expliquer à la communauté salvadorienne comment fonctionne le système d’immigration du Canada et contrer la désinformation.

 

« Il y en a beaucoup. On s’est rendu compte que dans les médias latinos circulaient pas mal d’informations voulant qu’on pouvait simplement traverser la frontière et vivre au Canada ad vitam aeternam », a-t-il dit.

 

Le Groupe de travail intergouvernemental spécial sur la migration irrégulière, présidé par Marc Garneau, ministre des Transports, continue de se réunir et tiendra une rencontre cet après-midi, mardi. Une campagne numérique utilisant exclusivement le marketing par moteur de recherche a été déployée, visant certaines communautés précises.

 

À l’heure actuelle, une soixantaine de demandeurs d’asile arrivent en moyenne par jour, note Jean-Pierre Fortin. Et même si on est loin des centaines — jusqu’à 600 par jour — d’interceptions de l’été dernier, il estime que les efforts du gouvernement n’ont pas eu, jusqu’ici, un réel effet dissuasif à la frontière.

 

« Encore récemment, à la veille du jour de l’An, il y a eu 127 demandeurs d’asile interceptés », a-t-il dit. « Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que le gouvernement et l’agence des services frontaliers n’ont toujours pas annoncé l’ajout de ressources pour ce qui s’en vient. »

 

Le gouvernement Trump a mis fin au TPS pour les ressortissants du Salvador, car il a jugé que les dommages causés par le séisme de 2001 ne justifiaient pas un nouveau prolongement de ce statut temporaire. Les Honduriens bénéficiant aussi de ce statut devraient connaître leur sort d’ici six mois.


Qui bénéficie du statut de protection temporaire ?

Le département de la Sécurité intérieure des États-Unis estime que plus de 340 000 personnes vivent sous ce statut, qui ne confère pas de voie particulière vers la résidence permanente. Le statut peut être reconduit ou non. L’avis est délivré au moins 60 jours avant l’échéance par le secrétaire à la Sécurité intérieure, sans quoi le statut est renouvelé automatiquement pour six mois.

Statut temporaire supprimé

46 000 Haïtiens : fin le 22 janvier 2018

5300 Nicaraguayens : fin le 5 janvier 2019

1040 Soudanais : fin le 2 novembre 2018

Statut temporaire en suspens

86 000 Honduriens : renouvelé automatiquement jusqu’au 5 juillet 2018

8950 Népalais : échéance le 24 juin 2018

270 Somaliens : échéance le 17 septembre 2018

70 Sud-Soudanais : échéance le 2 mai 2019

5800 Syriens : échéance le 31 mars 2018

1000 Yéménites : échéance le 3 septembre 2018

Sources : Département de la Sécurité intérieure des États-Unis et département américain de la Citoyenneté et de l’Immigration
Sarah R. Champagne
  • Pierre Samuel - Abonné 9 janvier 2018 03 h 42

    Le burlesque doit prendre fin ...

    Pas sérieux ! Alors que le "fils de l'autre", lui-même, est directement responsable de ce foutoir avec son exhortation "portes ouvertes pour tous" de l'été dernier, Pablo Rodriguez a maintenant le culot de tenter de disculper son bon ami et son gouvernement dont il est le laquais de service !

    De qui se moque-t-on exactement alors que nous sommes tous les dindons de cette misérable farce et dont les principales victimes sont, d'abord et avant tout, ces désespérés auxquels on a honteusement fait miroiter le "plus meilleur pays au monde" de Jean Chrétien !

    Coincés par leur hypocrisie et leurs fausses promesses, pas encore assez futés pour constater que le soi-disant "génie américain" les manipule à sa guise tant et aussi longtemps qu'il ne sera pas destitué !