Trump présente aux Américains sa stratégie sur l’Afghanistan

Plus de 8000 soldats américains sont actuellement en Afghanistan.
Photo: Patrick Baz Agence France-Presse Plus de 8000 soldats américains sont actuellement en Afghanistan.

Washington — Le président américain Donald Trump présente lundi sa stratégie sur l’Afghanistan, avec l’envoi attendu de soldats supplémentaires pour aider le régime de Kaboul dans l’impasse face aux talibans.

 

Après deux semaines chaotiques qui ont considérablement terni son image, cette allocution depuis la base de Fort Myer, au sud-ouest de Washington, lui offre une occasion d’adopter une posture plus présidentielle et de décliner sa vision sur le devenir de la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis.

 

Le discours, prévu à 21 h 00, sera retransmis en direct sur les principales chaînes de télévision américaines.

 

Seize ans après les attentats du 11 septembre qui avaient poussé les États-Unis à lancer une vaste offensive pour déloger le régime taliban au pouvoir à Kaboul, le fragile édifice démocratique afghan est menacé par une insurrection déstabilisatrice.

 

Élu sur la promesse de mettre au fin au conflit, Barack Obama, prédécesseur démocrate de Donald Trump, avait dû se résoudre à renoncer au retrait total des troupes américaines fin 2016.

 

Signe du fonctionnement de l’exécutif version Trump, les trois hommes forts sur ce dossier sont trois généraux : H.R Mcmaster, conseiller à la sécurité nationale, John Kelly, récemment nommé secrétaire général de la Maison-Blanche et Jim Mattis, qui dirige le Pentagone. Ces deux derniers sont des généraux des Marines à la retraite.

 

Ils étaient tous à Camp David, vendredi, autour du président américain, pour préparer cette annonce, attendue depuis des mois.

 

Depuis Amman, M. Mattis a assuré dimanche que toutes les options avaient été examinées sans a priori.

 

« Le processus a été rigoureux et il n’y avait aucune condition préalable sur les questions qui pouvaient être posées et et les décisions qui étaient envisageables ».

 

Des signaux contradictoires

 

La décision de Donald Trump sera scrutée avec une attention particulière pour jauger de l’évolution des rapports de force au sein d’une Maison-Blanche traversée, depuis le 20 janvier, de profondes dissensions.

 

Elle sera la première annonce présidentielle depuis le départ, vendredi, de Steve Bannon, conseiller stratégique très controversé. Ce dernier, chantre de « L’Amérique d’abord » et avocat d’une ligne résolument isolationniste, était opposé à un nouveau déploiement de soldats dans la région.

 

Plus de 8000 soldats américains sont actuellement sur place (contre 100 000 au plus haut de l’engagement des États-Unis). L’envoi de troupes supplémentaires — le chiffre de 4000 a été évoqué — inverserait la tendance à la décrue de ces dernières années.

 

Mais Donald Trump est aussi attendu, plus largement sur sa vision du conflit afghan à moyen terme.

 

Avec de lancinantes questions qui se posaient déjà à George W. Bush et Barack Obama : quand le pouvoir afghan, miné par les divisions et la corruption, aura-t-il les reins assez solides ? Les forces de sécurité pourront-elles un jour s’affranchir de l’aide américaine ? Comment mettre un terme au jeu trouble du Pakistan, qui sert de facto de base arrière aux talibans ?

 

Quelque 2400 soldats américains sont morts en Afghanistan depuis 2001, et plus de 20 000 y ont été blessés.

 

Rapport après rapport, le contrôleur américain de l’effort de reconstruction en Afghanistan, John Sopko, évoque également le peu d’efficacité des plus de 100 milliards de dollars d’aide à la reconstruction versés en 16 ans par les États-Unis.

 

Avant d’accéder à la Maison-Blanche, le magnat de l’immobilier avait envoyé des signaux contradictoires sur ce dossier.

 

« Quittons l’Afghanistan », écrivait-il sur Twitter en janvier 2013. « Nos troupes se font tuer par des Afghans que nous entraînons et nous gaspillons des milliards là-bas. Absurde ! Il faut reconstruire les USA ».

 

Durant la campagne, il avait peu évoqué ce conflit sur lequel il semblait peu à l’aise.

 

Après avoir affirmé que la guerre en Afghanistan avait été « une terrible erreur », il était revenu sur ce propos, assurant que ces derniers ne concernaient en réalité que l’Irak.

La guerre américaine en Afghanistan, en chiffres

- Environ 5 000 sont impliqués dans la formation des troupes afghanes dans le cadre de l’opération de l’Otan Resolute Support, qui compte plus de 13 000 militaires en incluant les autres pays partenaires.

Le reste appartient à l’opération américaine Freedom’s Sentinel.

Ce chiffre du département de la Défense inclut militaires et employés civils du Pentagone, en Afghanistan et les pays alentours depuis 2001.


- Le pic de tués a été atteint dans les années 2009-2012, mais les attaques se poursuivent, notamment de la part de soldats afghans retournant leurs armes. Cette année, 10 soldats américains ont été tués en action en Afghanistan.

 

- Le gros des dépenses engagées depuis 2001 concerne l’armée américaine, mais parmi ces 714 milliards, les contribuables américains ont payé environ 119 milliards pour reconstruire les forces de sécurité afghanes et l’État afghan, ainsi que pour divers projets civils de reconstruction.

Le budget baisse depuis plusieurs années.

- En 2016, Washington a injecté 5,66 milliards de dollars pour la reconstruction, une somme à comparer au budget de l’État afghan de 6,4 milliards cette année.

 

- La manne américaine a conduit à de nombreuses fraudes et gabegies, souvent révélées par les audits de l’inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan, un poste créé par le Congrès en 2008.
 

- Les États-Unis ont par exemple acheté 20 avions cargos pour l’armée de l’air afghane, pour un demi-milliard de dollars, qui n’ont finalement jamais servi et ont été vendus pour leur poids de métal, pour 32 000 dollars en 2014.
 

- Washington a aussi payé 94 millions de dollars d’uniformes avec un motif forestier pour habiller les soldats afghans... dans un pays qui ne compte que 2% de forêts. Aucune étude n’avait été menée pour déterminer quel serait le camouflage le plus efficace.

2 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 21 août 2017 14 h 37

    Quoi faire?

    L'Afghanistan a toujours été un piège à envahisseurs (demandez aux britanniques, aux russes, etc... L'appui et le soutien à un état relativement respectueux des règles de comportement international et relativement démocratique est toujours de mise. Mais laissons les forces locales rejouer leurs cartes, y compris avec la frange la plus «légaliste» si cela existe. Nos bons désirs de sortir l'Afghanistan d'un moyen-âge religieux ne pourront se réaliser que dans la durée - une longue durée.

    Comment confiner les possibles dérapages talibans et djadhistes? C'est d'abord la mission des états frontaliers: Chine, Russie (ou ses anciennes provinces maintenant indépendantes), Iran et surtout le Pakistan. Et pour les forces d'intervention internationales dont les USA? Se garder le rôle de soutien à une meilleure stabilité et, malheureusement si nécessaire, à des frappes chirurgicales pour éviter que ce pays ne redevienne le sanctuaire des ultra-talibans pro-djadhistes qui régnait avant 2001. L'autre option que semblent vouloir adopter les USA, soit une intervention militaire accrue sur le terrain ne mènera qu'à un autre Vietnam, si le Pakistan nucléaire n'y passe pas aussi.

    Les USA n'apprennent jamais - les empires de tous les temps n'ont jamais rien appris d'ailleurs!

  • Michaël Lessard - Abonné 22 août 2017 13 h 55

    Trump a candidement avoué leurs véritables intérêts de rester en Afghanistan

    Récemment, Trump et d'autres ont avoué candidement plusieurs de leurs véritables intérêts en Afghanistan*, liés surtout à profiter des ressources naturelles du pays.

    Une spécialiste a, tout aussi candidement (publiquement), conseillé à la Maison Blanche qu'il est dangereux de nommer les véritables raisons de rester en Afghanistan!**

    Au moins, avec Trump, des fois la vérité est dite par accident.

    Maintenant, il corrige le tir et ils ont trouvé l'histoire ou la bonne propagande à dire pour faire croire aux gens aux États-Unis que leurs troupes y sont pour la justice et la démocratie...


    * publiés dans le New York Times, juillet 2017.
    Réponse : pour les minéraux. Jadis c'était pour constuire un oléoduc à travers l'Afghanistan.
    https://www.nytimes.com/2017/07/25/world/asia/afghanistan-trump-mineral-deposits.html

    ** Laurel Miller, senior analyst at Rand, citée dans le même article (lien ci-dessus).