La pression enfle autour des monuments confédérés

Des travailleurs municipaux ont procédé au retrait d’une plaque accompagnant le monument Roger B. Taney, lui aussi retiré, à Baltimore au Maryland.
Photo: Tasos Katopodis Agence France-Presse Des travailleurs municipaux ont procédé au retrait d’une plaque accompagnant le monument Roger B. Taney, lui aussi retiré, à Baltimore au Maryland.

En pleine nuit ou dans la matinée mercredi, des monuments rendant hommage au camp confédéré de la guerre de Sécession ont été retirés aux quatre coins des États-Unis, ces symboles étant jugés racistes et devenus insupportables pour de nombreux Américains après les violences de Charlottesville.

 

Les événements de samedi dans cette petite ville de Virginie, où une jeune femme a été tuée lors de violences entre suprémacistes blancs — protestant contre le retrait d’une statue d’un général sudiste — et contre-manifestants, ont soufflé sur les flammes d’un débat qui gronde depuis plusieurs années : que faire des monuments aux soldats confédérés morts pendant ce conflit sanglant de quatre ans, vestiges controversés du sud esclavagiste ?

 

D’abord, Baltimore

 

Le président Donald Trump a semblé donner raison mardi aux défenseurs de ces monuments, lors d’une conférence de presse qui a choqué jusqu’au coeur de son Parti républicain.

 

« George Washington possédait des esclaves […]. Est-ce qu’on va enlever ses statues ? Et Thomas Jefferson ? Est-ce qu’on va enlever ses statues ? Il possédait beaucoup d’esclaves », a-t-il déclaré en référence aux premier et troisième présidents des États-Unis, tous deux morts bien avant la guerre de Sécession (1861-1865).

 

Quelques heures plus tard, Baltimore, à 80 kilomètres au nord de Washington, a décidé d’agir : les statues confédérées de la ville — parfois monumentales — ont été retirées entre 23 h 30 mardi et 05 h 30 mercredi, ne laissant que les piédestaux, souvent couverts de graffitis antiracistes ou célébrant le mouvement de défense des Noirs, Black Lives Matter.

 

« Partout dans le pays, les gens se mobilisent pour demander que les statues soient retirées », a expliqué sur CNN Catherine Pugh, la maire de cette ville de 614 000 habitants, dont 63 % sont noirs. « Faisons-le et passons à autre chose. »

 

Partout au pays

 

À Los Angeles, un autre monument qui avait été menacé de vandalisme a été déboulonné mercredi matin dans l’un des plus anciens cimetières de la ville, le Hollywood Forever Cemetery, selon le Los Angeles Times.

 

Et à New York, une plaque célébrant la mémoire du même général sudiste, Robert E. Lee, honoré par la statue au coeur des violences de Charlottesville, a également été retirée mercredi d’une église épiscopale.

 

« Quelqu’un a appelé hier pour en parler à l’évêque et il a décidé de le faire rapidement », a expliqué à l’AFP Denise Fillion, responsable de la communication du diocèse épiscopal de Long Island.

 

Le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, a de son côté appelé l’armée à accepter de changer les noms de rue rendant hommage aux généraux confédérés. « Les symboles de l’esclavage et du racisme n’ont pas leur place à New York », écrit-il dans une lettre.

 

Des monuments avaient déjà été retirés en début de semaine, notamment dans le sud, où il n’est pas rare de voir encore flotter des drapeaux confédérés.

 

À Durham (Caroline du Nord), la statue d’un soldat confédéré érigée en 1924 a été renversée lundi par des manifestants et, le même jour, une autre a été déboulonnée à Gainesville (Floride). À Nashville (Tennessee), des dizaines de manifestants ont réclamé le retrait du Capitole d’un buste de Nathan Bedford Forrest, général confédéré et fondateur du Ku Klux Klan.

 

Le maire de Lexington (Kentucky), Jim Gray, a quant à lui annoncé dès samedi sa volonté de déplacer deux statues confédérées.

 

« Nous ne pouvons pas continuer à rendre hommage à ces hommes qui se sont battus pour préserver l’esclavage, sur un sol où des hommes, des femmes et des enfants ont été eux-mêmes vendus comme esclaves », a justifié l’élu, soulignant qu’« à Lexington se trouvait l’un des plus grands marchés aux esclaves d’Amérique ».

 

« Changer l’histoire »

 

La controverse autour du drapeau confédéré avait été ravivée en juin 2015 après le meurtre de neuf Noirs dans une église de Caroline du Sud par un suprémaciste blanc qui aimait poser avec ce drapeau.

 

Un mois plus tard, cet État du sud-est décidait d’enlever ce drapeau de son parlement. L’Alabama de même.

 

Selon un rapport de 2016 du Southern Poverty Law Center (SPLC), spécialisé dans les mouvements extrémistes et les droits civiques, plus de 1500 symboles confédérés demeurent encore dans l’espace public aux États-Unis, la plupart dans le sud. Ce chiffre inclut plus d’une centaine d’écoles publiques.

 

Pour leurs défenseurs, les enlever reviendrait à effacer un pan de l’histoire américaine. « Vous changez l’histoire. Vous changez la culture », a d’ailleurs remarqué Donald Trump mardi.

 

Mais, selon les historiens, la majorité ont été érigés pendant la ségrégation raciale ou en réaction au mouvement des droits civiques des années 1960.

 

« Dans la plupart des cas, préserver l’histoire n’était pas l’objectif véritable de ces installations », a expliqué Richard Cohen, président du SPLC, soulignant qu’elles « ont parfois été érigées par provocation par des suprémacistes blancs opposés à l’égalité pour les Noirs ».

  • Eric Vallée - Inscrit 16 août 2017 19 h 15

    La blessure ne guérira pas plus vite

    La guerre a beau être terminée depuis 150 ans, mais plusieurs historiens américains disent que la blessure est encore là. La réconciliation n'est pas complètement terminée. Enlever les monuments ne réglera rien à ce chapitre. Triste aussi de voir comment quelques activistes anti-racistes réussissent facilement à faire enlever ces monuments et contribuer à cacher l'histoire de leur pays.

    • Pierre Pinsonnault - Abonné 17 août 2017 01 h 19

      M. Vallée, au contraire semble-t-il. Gratter une plaie n'est pas ce qui est le plus recommandé n'est-ce pas pour la guérir. Car cela ne doit pas être bien plaisant pour des noirs de se faire rappeler tous les jours au détour d'une rue que ses arrières grands parents étaient des esclaves et que sont toujours honorés ceux qui prônaient l'esclavage. On imagine mal par exemple des gens de religion juive habiter avec plaisir sur une rue Hitler ou travailler dans un immeuble donnant sur un espace public où serait érigée une statue de Joseph Gobbels un antisémite acharné. À ce que nous sachions, bien d'autres sujets importants et moins tristes de l'histoire d'un pays seraient plus appropriés pour être commémorés publiquement 24 heures sur 24, 365 jours sur 365.

    • Jacinthe Lafrenaye - Abonnée 17 août 2017 09 h 16

      Pierre Pinsonnault
      Quand enlève-t-on la rue Amherst à Montréal?