Destituer Trump? Les empêchements à l’«impeachment»

Selon un sondage publié le 10 février, 46% des Américains souhaitent la destitution du président Trump.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Selon un sondage publié le 10 février, 46% des Américains souhaitent la destitution du président Trump.

La commission judiciaire de la Chambre a jusqu’à vendredi pour répondre à la première initiative d’un élu qui pourrait enclencher une procédure en destitution contre Donald Trump.

 

Jerrold Nadler, député démocrate de New York, a en effet déposé une résolution demandant au ministère de la Justice de fournir au Congrès toute information disponible sur les éventuels conflits d’intérêts de Donald Trump avec la Russie.

 

Le mouvement en faveur de l’« impeachment » du président a démarré avant même sa prestation de serment. Dès le lendemain du scrutin présidentiel, l’impératif « Impeach ! » a figuré sur des pancartes lors de manifestations, et des entités associées au Parti démocrate ont lancé des pétitions.

 

À ce jour, la pétition de change.org réunit plus de 222 000 signatures et celle de RootsAction plus de 881 000. La pétition de ce groupe proche de Bernie Sanders a même été déposée au Congrès la semaine dernière.

Nous avons de bonnes chances d'aboutir, même si je ne m'attends pas à ce que la destitution de Trump intervienne le mois prochain, ni le suivant

 

Ces appels à la destitution, appuyés par des juristes et des parlementaires, invoquent notamment des motifs prévus à l’article 2 de la Constitution : « trahison » en ce qui concerne les soupçons de collusion avec la Russie et « corruption » au regard des conflits d’intérêts potentiels entre la fonction présidentielle et les intérêts financiers de la Trump Organization.

 

Depuis l’extraordinaire conférence de presse de Donald Trump jeudi dernier, des partisans de la destitution invoquent aussi ouvertement la santé mentale du chef de l’État. Earl Blumenauer, député démocrate de l’Oregon, réclame ainsi la révision de la Constitution pour inscrire la maladie mentale et les troubles émotionnels aux motifs de destitution.

 

« Nous avons de bonnes chances d’aboutir, même si je ne m’attends pas à ce que la destitution de Trump intervienne le mois prochain, ni le suivant », affirme au Devoir Jeff Cohen, cofondateur de RootsAction.

 

Vent de révolte

 

Du reste, 46 % des Américains souhaitent la destitution du président Trump, selon un sondage publié le 10 février. Une hausse de 9 points rien que depuis fin janvier.

 

Cependant, les antécédents historiques et le rapport des forces politiques ne sont pas propices au vent de révolte qui souffle dans les pétitions et dans la rue.

 

Sur le plan historique, seulement 3 des 45 présidents américains ont été inculpés pour délits ou crimes passibles de destitution, et aucun n’a été effectivement destitué. Andrew Johnson et Bill Clinton furent acquittés par le Sénat, et Richard Nixon démissionna avant d’être jugé.

 

Par ailleurs, la destitution est un acte éminemment politique, plus qu’une procédure juridique. Or, pour le moment, les républicains sont majoritaires à la Chambre et au Sénat, et donc décisionnaires quant à l’ouverture d’une procédure en destitution et à l’interprétation de l’article 2 en cas de procès.

 

La chef de la minorité démocrate à la Chambre estime elle-même qu’à l’heure actuelle, une destitution de Donald Trump n’est pas justifiée. « S’il violait un jour la loi, ce sujet pourrait être évoqué, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui », déclare Nancy Pelosi.

 

Mais Jeff Cohen, l’un des instigateurs de la pétition parrainée par RootsAction, rejette par principe l’avis de Mme Pelosi. « Elle fait partie des dirigeants du Parti démocrate qui doivent être écartés et qui nous ont donné le désastre qu’est Trump, à cause de leur indécision et de leur connivence avec les milieux d’affaires », assène-t-il.

 

Le succès des appels à la destitution du président Trump dépendra non seulement de sa prestation au pouvoir dans les mois à venir, mais surtout des résultats des législatives de mi-mandat vers lesquelles les efforts des démocrates tendent déjà.

 

« Notre pétition est aussi un outil de mobilisation en vue des élections de 2018 », indique Jeff Cohen. « Nous espérons que le Parti démocrate gagnera des sièges, en particulier des candidats de la tendance Sanders », confie-t-il. M. Cohen souligne que RootsAction pourrait « ajouter des motifs de destitution » et que la pétition, dans son état actuel ou futur, « peut obtenir le soutien d’électeurs indépendants et de républicains centristes ».

 

En tout cas, Donald Trump ne doit pas s’étonner des appels à sa destitution, lui qui avait semblé prôner celle de Barack Obama il y a moins de trois ans. « Peut-on destituer un président pour incompétence grave ? » s’interrogeait en effet M. Trump dans un tweet du 4 juin 2014.

7 commentaires
  • Fernand Laberge - Abonné 20 février 2017 08 h 18

    Toujours la même erreur...

    Comme pendant la campagne, on ramène tout à Trump en s'imaginant que son éventuel départ ramènerait la «normalité». C'est oublier qu'il rallie une masse critique et fort active de la droite américaine qu'il sert bien : facilement manipulable par son inexpérience, sa fatuité et cette affaire russe, il constitue en outre le paratonnerre idéal, attirant sur lui une attention qu'il faudrait aussi porter aux transformations bien réelles qui prennent place au sein de l'administration américaine.

    Outre la garde rapprochée «alt-right», Pence, par exemple, qui semble en mener plutôt large pour un vice-président a certes une manière moins irritante et plus subtile mais les idées demeurent. Et, tant qu'à faire dans la politique-fiction, un président Ted Cruz aurait-il été vraiment plus progressiste ?

    Tacticiens, les Démocrates ont mené une campagne anti-Trump, sans grande insistance sur un programme concret, avec le résultat que l'on connaît. C'est ce à quoi ils devraient travailler maintenant, avec au premier chef l'accès (et la motivation !) à l'exercice du droit de vote. Les Républicains, Trump ou pas, ont manifestement compris qu'il s'agissait là d'une clé importante.

    • Raymond Labelle - Abonné 20 février 2017 10 h 58

      Si Trump était destitué, le vice-président terminerait le mandat, c'est-à-dire Pence. Pas sûr qu'il soit moins dangereux, même s'il a moins de mauvaises manières.

      L'idée de destitution pourrait servir d'outil de mobilisation pour les élections de mi-mandat et arracher aux Républicains le contrôle du Congrès mais, idéalement, on aimerait mieux que les Républicains perdent sur des questions de fond plutôt que sur la personnalité de Trump.

      Par contre, l'idée que les Républicains perdent le Congrès... En tout cas, c'est une condition nécessaire pour plusieurs choses. Au moins, si Trump avait le Congrès contre lui pendant les deux dernières années de son mandat, ça diminuerait sa capacité de nuisance.

      En tout cas, Trump a exigé longtemps la destitution d’Obama basée sur le mensonge éhonté qu’Obama n’était pas né aux États-Unis. Disons que Trump n'avait pas beaucoup de scrupules à ce sujet (entre autres).

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 février 2017 09 h 18

    Étonnement

    Mme Bonzoom écrit : "Depuis l’extraordinaire conférence de presse de Donald Trump jeudi dernier, des partisans de la destitution invoquent aussi ouvertement la santé mentale du chef de l’État,"

    Je suis surpris de lire cela dans les pages du Devoir puisqu'il reprend un de mes commentaires, refusé par le Devoir le 16 janvier 2017. Ce commentaire se questionnait également sur la santé mentale de Trump.

    Intégralement, le voici :

    "C’est la question que je pose depuis peu.

    Pendant des siècles, la maladie mentale a affecté l’aristocratie européenne en raison de la consanguinité des unions matrimoniales.

    Dans l’histoire contemporaine, on s’entend pour dire que Saddam Hussein (et au moins un de ses fils) était un psychopathe. Mouammar Kadhafi était extravagant, voire ‘borderline’.

    Mais Trump, n’est-il qu’un entrepreneur intelligent mais égocentrique belliqueux ? À éclabousser tous les citoyens américains reconnus pour leur excellence (sauf ceux qui lui lèchent les bottes), se pourrait-il que sa personnalité soit pathologique ?"

    Assiste-t-on à l'évolution des bonnes manières de la nétiquette ?

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 20 février 2017 13 h 15

      ?

      Je ne crois pas qu'il "reprenne l'un de (vos) commentaires", c'est un sujet débattu depuis des mois, et récemment un groupe de psychiatres a signé une lettre dans le New-York Times présentant leurs observations désolées sur le cas de Trump.......

    • Marc Therrien - Abonné 20 février 2017 18 h 08

      Je dirais plutôt que madame Bonzom pense comme vous ou la même chose que vous et à laquelle plusieurs autres ont pensé aussi. Ça peut arriver dans la libre circulation de la pensée entre personnes sensibles, intelligentes, capables de faire des liens entre ce qu'elles observent dans le concret et des connaissances théoriques.

      Il faut aussi lire Yves Boisvert, « Trump est-il fou? » publié samedi dernier, 18 février, pour se rendre compte qu’on parle pour rien sur ce sujet, car il est interdit aux psychiatres et psychologues de poser un diagnostic sans avoir vu le « patient » ainsi désigné; en fait, pas tout à fait pour rien, car ça peut quand même être divertissant et meubler des conversations sociales.

      Marc Therrien

    • Serge Lamarche - Abonné 21 février 2017 02 h 42

      Bonsoir. Trump n'est pas plus malade mental que les autres qui gouvernent. Il ne fonctionne tout simplement pas pour le bien être de tous mais pour le bien être de ses semblables. Dirigeant semblable à beaucoup d'autres qui se sont fait traiter de dictateurs. Ah, comme c'était facile pour les anglais d'être désobligeant envers les dirigeants de plus petits pays qui ne leurs plaisaient pas. Les voilà bien pris, haha!
      Je souhaite qu'il reste en poste au moins les quatre ans. Le président le plus hilarant!
      à +.

  • Marcel Gilbert - Abonné 20 février 2017 10 h 12

    Qui est derrière Trump ?

    Vous avez parfaitement raison. Afin de mieux comprendre où Trump veut nous mener , il faut voir qui le conseille. Au-delà des milliardaires conservateurs nommés à ses divers secrétariats d’État et du personnel de la Maison Blanche, on retrouve derrière lui des groupes tels :

    – les milieux radicaux de l’Armée et du Lobby militaro-industriel qui salivent déjà devant l’augmentation substantielle des dépenses militaires promises par Trump ; les marchands d’armes et l’industrie militaire (la course aux armements était dans le programme de Trump), vont bénéficier notamment de l’augmentation de 25% promise à l’US Navy ;
    – le cœur du pouvoir WASP (White Anglo-Saxon Protestants), cette oligarchie raciste qui domine les USA depuis sa fondation, lassée des projets globalistes démocrates et effrayée du changement de population aux USA avec la polulation des Latinos qui va bientôt dépasser celle des noirs, d’où l’idée du MUR et du contrôle abusif de l’immigration ;
    – le lobby pro-israélien AIPAC (le plus puissant des lobbies aux USA), qui loin de régler les problèmes au Moyen Orient va nous conduire vers de nouvelles guerres encore plus meurtrières pour le contrôle du pétrole et la domination du commerce international. Trump prépare déjà le terrain par ses mise en garde contre l’Iran ;
    – le lobby des pétroliers, lancé dans l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste (au prix d’un désastre écologique), ne voulant que les USA cesse d’exporter leurs hydrocarbures (depuis 2015 les USA sont redevenus exportateurs), derrière le climatosceptique Trump ;
    – les réseaux et les idéologues du Think Tank Stratfor (lisez Friedman dans ses livres et vous aurez des idées de l’idéologie de la présidence Trump), ou encore les partisans des théories fascisantes de Samuel Hunttington (« le choc des civlisations », mais aussi « le remplacement des populations »),
    – les réseaux influents de la droite dure, nostalgiques de Reagan, de Bush II ou de Margaret Tatcher … et partisane de Mari