Un coup d’arrêt au libre-échange

<p>Durant sa campagne, Trump avait dénoncé un accord <em>«terrible»</em> et promis de s’en retirer au plus vite.</p>
Photo: Alex Brandon Associated Press

Durant sa campagne, Trump avait dénoncé un accord «terrible» et promis de s’en retirer au plus vite.

En se retirant du Partenariat transpacifique (PTP), Donald Trump porte un coup d’arrêt au libre-échange commercial traditionnellement défendu par les États-Unis et amorce un changement de cap qui pourrait laisser le champ libre à la Chine.

 

Cette première grande décision économique de son mandat était attendue. Pendant sa campagne, le candidat républicain n’a cessé de dénoncer cet accord abolissant les barrières douanières et réglementaires entre les États-Unis et 11 pays de la région Asie-Pacifique, et auquel la Chine n’était pas associée.

 

« Le PTP est un accord horrible », avait notamment lancé M. Trump affirmant que ce traité, critiqué de toutes parts et en attente de ratification au Congrès, accélérerait les délocalisations.

 

Élu sur la promesse de ramener des emplois sur le sol américain, le nouveau président ne compte pas s’arrêter là et a promis dimanche de renégocier l’accord de libre-échange ALENA alliant États-Unis, Mexique et Canada, et accusé de précipiter la désindustrialisation aux États-Unis.

 

Changement radical

 

Traditionnels défenseurs du libre-échange sous des administrations démocrates comme républicaines, les États-Unis s’engagent donc, sous l’impulsion de leur nouveau président, dans un changement de cap radical.

 

« C’est symbolique […] d’une nouvelle ère des politiques commerciales qui favorisera les travailleurs américains avant toute autre chose », a commenté devant la presse le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer.

 

Selon Edward Alden, expert au Council on Foreign Relations, ce retrait signifie concrètement que la libéralisation des échanges sous impulsion américaine est « morte » et que le gouvernement Trump préférera s’engager dans des accords bilatéraux de moindre ampleur.

 

« Le problème avec les accords multilatéraux c’est que ça débouche souvent sur le plus petit dénominateur commun », a ainsi estimé M. Spicer.

 

Déjà dans les limbes, l’accord de libre-échange TTIP négocié depuis 2013 entre les États-Unis et l’Union européenne pourrait donc être la prochaine victime de ce rééquilibrage stratégique.

 

M. Trump semble se désintéresser totalement de ce traité et ne cache pas son souhait de négocier en priorité un accord bilatéral avec le Royaume-Uni afin de faire du Brexit un « succès ».

 

Pas sans risque

 

L’abandon du PTP n’est toutefois pas sans risques stratégiques pour les États-Unis. Experts et élus, y compris dans le camp de M. Trump, affirment que le gouvernement américain s’est privé d’un moyen de faire contrepoids à l’influence grandissante de la Chine en Asie.

 

Le retrait américain « offre à la Chine l’occasion de réécrire les règles économiques au détriment des travailleurs américains », a ainsi dénoncé le sénateur républicain John McCain dans un communiqué.

 

L’abandon pur et simple du PTP « va consolider le statut de la Chine comme le seul acteur dominant en Asie dans le commerce », affirme de son côté M. Alden à l’AFP.

 

La deuxième puissance économique mondiale, que M. Trump menace de représailles commerciales, pourrait même en profiter pour tenter de combler le vide laissé par les Américains.

 

Le président chinois, Xi Jinping, s’est récemment posé en champion du libre-échange et Pékin ne manque pas une occasion de promouvoir ses propres traités commerciaux (FTAAP pour le bassin Asie-Pacifique et RCEP en Asie orientale).

 

« Il est crucial que les États-Unis ne cèdent pas le leadership économique mondial à la Chine », indique à l’AFP Jake Colvin, du groupement d’entreprises National Foreign Trade Council.

 

Scène intérieure

 

Sur la scène intérieure, le rééquilibrage américain sur le commerce continue en tout cas de brouiller les règles traditionnelles du jeu politique à Washington, déjà modifiées par une campagne hors norme.

 

L’abandon du PTP prend ainsi à revers nombre d’élus républicains au Congrès et les milieux d’affaires, grands défenseurs du libre-échange et alliés objectifs du président américain.

 

Et il satisfait dans le même temps des syndicats et des ONG environnementales ou sociales américaines, qui ont défilé contre M. Trump pendant le week-end, mais qui combattaient farouchement le PTP depuis de longs mois.

 

Minimisant le poids de M. Trump, Oxfam a ainsi affirmé que cet accord était déjà « condamné » politiquement et a mis en doute la profondeur du changement de cap américain sur le commerce.

 

Selon l’organisation, la présence en masse « de millionnaires et de milliardaires » dans le gouvernement Trump devrait au contraire se traduire par de nouveaux accords commerciaux qui « renforceront les plus riches ».

5 commentaires
  • Hermel Cyr - Abonné 23 janvier 2017 12 h 32

    Boycottons la République Trumpienne

    Puisque les États-Unis s’engagent dans une dérèglementation dans tous les azimuts, cessons d’acheter les produits Étatsuniens. Les fruits, légumes, produits laitiers, le fastfood … tout ça va devenir de plus en plus merdique !

    Alors, plus de raisins californiens, plus d’orange de la Floride, plus de voitures du Michigan, plus de poulet du Kentucky. Réorientons nos importations. Achetons des produits de chez nous et aussi des produits sud-américains, européens, africains et asiatiques. Il y a des marchés et de bons produits tout autour du monde.

    Si les gouvernements ne bougent pas, faisons parler nos portefeuilles.

    • Hermel Cyr - Abonné 23 janvier 2017 13 h 11

      ... et quand les portefeuilles parlent, les Étatsuniens écoutent.

  • Claude Gélinas - Abonné 23 janvier 2017 12 h 53

    Rendre la monnaie de leur pièce aux américains !

    Si, à l'instar du nouveau Président tous les pays du monde adoptaient une politique de l'achat chez nous en taxant davantage les produits venus d'ailleurs, il y a fort à parier que cette décision enverrait un message clair aux États-Unis qu'il ne pourront sortir seul gagnant de cet isolationnisme.

    Rendre coup pour coup et non tendre l'autre joue ne devrait-elle pas être la politique à adopter ? À la guerre comme à la guerre sans oublier de percer de nouveaux marchés prometteurs, le Marché commun européen, la Chine, la Russie, le Brésil, l'Inde et l'Afrique.

    Comme mesure de rétorsion, pourquoi ne pas réduire également le tourisme de masse au sud de la frontière, une manne de 20 millions de touristes canadiens par année.

  • Gilles St-Pierre - Abonné 23 janvier 2017 14 h 52

    Effet boomerang

    Quand les différents pays cesseront à leur tour de consommer les produits "made in USA" et qu'ainsi leurs exportations et leurs emplois tomberont, les USA se rendront bien compte qu'ils ne sont pas seuls dans la balance et qu'ils ne peuvent pas toujours tirer la couverte de leur bord.

    Trump est un vrai abruti simpliste qui va déstabiliser l'ordre mondial certes, mais pour faire pire encore.

    Que leur God leur blesse leur America.

  • Jean-Sébastien Garceau - Abonné 24 janvier 2017 19 h 04

    Commerce réel et surpuisance internationnale

    Sans doute, les multiples accords de libres-échanges sont souvent utilisés, à tort, comme moyen pour les multinationales de cadenasser fermement toute expression d'une souverainté locale décidant d'une régulation qui ne font pas leur affaire, histoire de placer la plus-value bien loin des nombreux problèmes réels de la planète.
    On se rappelle bien quand le ministre de l'environnement du Québec affirmait qu'il était moins fort que Monsanto, cela dit tout : les lois du commerce sont les lois du plus fort, quand bien même on briserait à fond l'équilibre écologique d'une quantité astronomique de terres agricoles.
    Renégocier l'ALÉNA pour redonner la souveraineté aux États est bien, (pour décadenacer la nationalisation, par exemple) mais je doute bien fort que Trump le voit dans ce sens là : il n'est pas tant dans une logique durable, locale et souveraine que dans une simple course pour des occasions douteuses d'affaires.