Trump place ses hommes et ses principes

Le président désigné Donald Trump
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Le président désigné Donald Trump

Le nouveau président élu des États-Unis assure ses arrières. Avec deux importantes nominations dans le noyau de sa future présidence, Donald Trump réaffirme aussi son intention de tenir la ligne dure envers l’immigration clandestine.

 

Le magnat de l’immobilier a nommé dimanche ses deux plus proches collaborateurs. Steve Bannon, réputé pour être un ultra-conservateur, devient son stratège en chef et haut conseiller. Le président du Parti républicain, Reince Priebus, est quant à lui désigné comme chef du futur cabinet.

 

Le profil contrastant des deux hommes forts du gouvernement en chemin vers la Maison-Blanche est perçu comme une manière de rassurer à la fois son parti et sa base d’électeurs. Ils travailleront sur « un pied d’égalité », est-il spécifié dans une déclaration à la presse publiée dimanche.

 

Décrit par le média Bloomberg comme « l’homme le plus dangereux de la sphère politique américaine » durant la campagne qu’il a dirigée, Bannon est à la tête de Breitbart, un média ultra-conservateur. Ce site Internet est à l’origine de nombreuses controverses pour ses positions d’extrême droite, racistes, antisémites et antiféministes.

 

Futur chef d’orchestre du cabinet, Reince Priebus cumule quant à lui une longue expérience politique au sein du Grand Old Party (GOP), dont il est président depuis 2011. Fidèle à Trump durant toute la campagne, il fait partie intégrante de « l’establishment » républicain, dont plusieurs membres avaient abandonné le candidat. Son sens politique très aiguisé, sa fine connaissance du parti et des marchandages ayant cours à Washington en faisaient un candidat tout désigné, analyse Rafael Jacob, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand.

 

Bannon est quant à lui loin d’être un stratège conventionnel, rappelle-t-il : « Ce n’est pas le type qui dit “on se retient”, et on lui doit la virulente approche face à Hillary Clinton en campagne. Il représente plus l’aspect protectionniste, isolationniste, populiste. » En faisant de lui son bras droit, Trump envoie le signal à ses électeurs qu’il « ne les abandonne pas ».

 

Ces choix apparaissent « logiques » pour celui qui occupera le Bureau ovale dès le 20 janvier 2017. « Leur nomination combinée démontre une tentative d’aller chercher un équilibre entre son propre attrait comme outsider et la volonté de se vouloir rassurant pour l’ensemble de la communauté politique », avance M. Jacob. La véritable dynamique reste cependant à établir.

 

Contrairement au président élu qui s’est déchiré avec Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants, M. Priebus entretient des rapports amicaux avec celui-ci. Cette proximité pourrait servir à mettre de l’huile dans la machine législative en train de se constituer.

 

Retour de la ligne dure ?

 

La rhétorique anti-migrants s’est remise en marche dimanche. Dans une entrevue au réseau CBS, la première longue accordée depuis son élection, le nouveau président américain a réaffirmé son intention de bâtir un mur à la frontière avec le Mexique. Il est aussi resté fidèle à sa promesse d’expulser deux millions d’immigrants vivant illégalement sur le territoire.

 

En août dernier, il avait parlé d’expulser — dès le premier jour de sa présidence — la totalité des 11 millions de migrants sans statut. « On parle maintenant plutôt d’expulser ou d’incarcérer de 2 à 3 millions de “criminels étrangers” », note Andréanne Bissonnette, coordonnatrice de l’Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand. Il vise ainsi les personnes avec des antécédents judiciaires, « issues de gangs » ou les « trafiquants de drogues », précise le magnat de l’immobilier.

 

Ses affirmations se basent sur les chiffres du Département de la sécurité intérieure, qui estime que des accusations criminelles pèsent sur 1,9 million de personnes nées hors des États-Unis, y compris les migrants sans papiers, les résidents permanents ou ceux détenteurs d’un visa temporaire.

 

Quant à la totalité des 11,3 millions immigrants clandestins, Trump se propose maintenant de déterminer leur sort après avoir « sécurisé la frontière ».

 

Un « mur » sera donc bel et bien construit à la frontière pour limiter l’immigration clandestine, mais Trump a concédé qu’il pourrait aussi n’être constitué que de clôtures à certains endroits. Il existe déjà des barrières physiques sur environ le tiers des 3100 kilomètres frontaliers. « Le mur a commencé sous Clinton en 1993 et le Secure Fence Act [loi permettant la construction de clôture territoriale] adopté sous Bush en 2006 l’a poursuivi et accéléré », expose Mme Bissonnette.

 

En 2015, 91 % des migrants expulsés par les autorités américaines avaient un dossier criminel. Le nombre d’expulsions n’a en fait jamais été aussi élevé que sous la présidence d’Obama, soit 2,5 millions entre 2009 et 2015, note finalement la chercheuse. Les propositions de Trump sont donc en continuité avec les mesures des autres gouvernements, mais « sa rhétorique est beaucoup plus dure », explique-t-elle.

 

Les sondages à la sortie des urnes le 8 novembre indiquent qu’une majorité d’électeurs s’opposaient à l’idée de construire un mur sur la totalité de la frontière avec le Mexique.

 

Dans le même entretien à CBS, le président élu a cependant cherché à rassurer : son gouvernement ne contestera pas le principe du mariage homosexuel. « C’est déjà fait », a-t-il répété en faisant référence à la décision de la Cour suprême qui l’a légalisé dans la totalité des 50 États américains. Il est cependant resté ferme sur ses intentions de nommer des juges anti-avortement et pro-armes à feu à cette même cour.

 

Trump a condamné les agressions contre les Afro-Américains, les musulmans et les autres minorités, tout en accusant les médias de « construire » ces peurs.

 

Celle qui a dirigé sa campagne, Kellyanne Conway, avait quant à elle déclaré plus tôt qu’il revenait à Hillary Clinton et à Barack Obama de ramener les manifestants au calme. Plusieurs dizaines de milliers de manifestants se sont encore fait entendre dimanche dans les rues des grandes villes américaines, dont New York, Los Angeles et Chicago.

 

Par ailleurs, Donald Trump a annoncé au cours de cette interview qu’il renonçait à sa rémunération de président, qui se monte à environ 400 000 $ par an.

  • Patrick Daganaud - Abonné 14 novembre 2016 02 h 47

    UNE ÉQUIPE ÉPEURANTE

    L'extrême droite prend du galon : les USA n'auront rien à envier à la Russie!

    Peut-on vraiment parler de « placer ses principes »?

    Ou alors, il faut redéfinir ce concept.

    Dans quel monde vit-on?

  • Clifford Blais - Inscrit 14 novembre 2016 05 h 05

    Comme Abraham Lincoln, '' A Team of Rivals ''...

    Comme un premier président républicain, en 1861, il met en place une équipe de rivaux à la Maison Blanche, ses positions avaient aussi fait déclarer la guerre civile du gouverneur de la Caroline du nord ! Souhaitons que la démocratisation des médias depuis 1861 fera éviter tel conflit ...

  • Denis Paquette - Abonné 14 novembre 2016 06 h 13

    Un état tout puissant et indépendant des autres états, est-ce possible

    Prisonnier d'une vision traditionnelle de l'état, Trump voudrait revenir au dixneuvième siècle ou les USA seraient très puissants et les autres états abandonnés a leur sort, il me fait beaucoup penser a madame Tarcheur de par certains aspecs, la seule difficultée serait selon lui, certains aspects du commerce et de la main d'oeuvre, est-ce que les USA peuvent se retirer du monde sans y perdre au change, est-ce faisable et possible, d'annuler toutes les ententes commerciales et de refouler hors des états la main-doeuvre bon marchée

  • François Dugal - Inscrit 14 novembre 2016 07 h 48

    Secrétariat d'Etat

    Il ne manque plus que madame Palin soit nommée comme Secrétaire d'État et le cirque affichera complet.

  • Jacques Morissette - Abonné 14 novembre 2016 11 h 38

    M. Trump me paraît paternaliste et il semble choisir ses enfants, selon leurs prédispositions.