Qui a voté pour Trump?

Les partisans de M. Trump étaient en liesse mardi soir, alors que les résultats dévoilés au compte-gouttes lui attribuaient la victoire.
Photo: Spencer Platt Agence France-Presse Les partisans de M. Trump étaient en liesse mardi soir, alors que les résultats dévoilés au compte-gouttes lui attribuaient la victoire.

Si on avait à tracer le portrait-robot de l’électeur moyen de Donald Trump, ce serait un homme blanc de plus de 45 ans, sans éducation postsecondaire et vivant en zone rurale ou dans les anciennes zones industrielles de l’Amérique, frappées de plein fouet par la mondialisation.

 


C’est dans cette couche précise de la population que le candidat aux propos vitrioliques est allé engranger le plein de nouveaux appuis pour les républicains et creuser les acquis des démocrates, révèle le décodage des données sociodémographiques tiré des sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote.

 





 





En quête de « jobs »

 

«Les Américains plus instruits ont souvent appuyé les républicains, mais, cette fois, Trump est allé puiser chez les hommes moins éduqués qui traditionnellement votaient pour les démocrates », soutient Ruth Dassonneville, professeure adjointe au Département de sciences politiques de l’Université de Montréal et titulaire d’une chaire du Canada en démocratie électorale. C’est chez ces électeurs blancs, ne possédant pas de diplôme postsecondaire, que le discours « Make America great again » a le plus résonné. Notamment parmi les travailleurs de secteurs traditionnels de l’économie qui ont écopé de la mondialisation, affirme-t-elle.

 


 





Une analyse défendue aussi par Carlo Dade, qui voit dans les résultats serrés du vote populaire la fracture qui divise les électeurs dépendants de l’économie traditionnelle de ceux qui ont bénéficié de la nouvelle économie. Plus que les craintes générées par de réelles pertes d’emplois, ce professionnel en résidence de l’École de développement international et mondialisation juge que c’est le statut même de la population blanche au sein de la société américaine que l’« American white male » estime menacé.

 

« Plusieurs affirment que les électeurs étaient inquiets pour leurs emplois, mais ils ont craint davantage de perdre leur statut social, leurs privilèges. Car ceux qui ont le plus bénéficié des politiques ces dernières années, ce sont les Afro-Américains et d’autres minorités, qui ont voté pour Clinton, alors que ceux qui ont perdu des privilèges ont voté pour Trump », soutient ce dernier.

 

Pour Mme Dassonneville, le net clivage observé entre régions rurales et urbaines démontre aussi que la mondialisation a frappé plus fort les régions et certaines banlieues, plus que les métropoles. Cette division est plus grande que jamais, ajoute Allison Harell, professeure au Département de sciences politiques et titulaire de la Chaire de recherche en psychologie politique de la solidarité sociale à l’UQAM. « Clinton a gagné le vote populaire, mais les divisions sont profondes entre hommes et femmes, entre régions et villes, et entre les Blancs et les autres. Cette élection a exacerbé les clivages existants. »

 

Immigrants pro-Trump ?

 

À cet égard, les gains réalisés par Trump chez les électeurs hispanophones et d’autres origines ethniques sont aussi étonnants, avec jusqu’à 30 % d’appuis dans certaines communautés. Même les Afro-Américains, qui avaient voté pour Obama à 93 % en 2012, n’ont été que 88 % à soutenir Clinton. Pour Mme Dassonneville, il s’agit d’un retour du balancier, après un effet Obama sans précédent. « L’effet Obama a disparu dans les États du Sud. En s’intégrant, plusieurs groupes ethniques tendent à voter de plus en plus comme les autres Américains. »


3 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 10 novembre 2016 08 h 36

    ANALYSE APRÈS LES FAITS

    Les « spécialistes » devraient avoir une petite gêne après leurs fort piètres prédictions.

    Mais non, nous voilà beurrés d'autres données probantes, chiffrées, quantifiées, triturées pour prédire à rebrousse-poil pourquoi ce qui s'est passé s'est passé.

    Mais pas besoin de chiffres pour décrire le triomphe contemporain, pas du tout propre aux États-Unis, de l'égoïsme, de l'ignorance et de leur résultante, la prédation.

    Voici venu le règne du « au plus fort la poche », avec un président qui bâtit des tours en ne payant pas ses impôts et qui s'en vante en campagne : joli modèle!

    C'est le retour au Far West, au rêve américain...armé!

  • Jean Roy - Abonné 10 novembre 2016 09 h 11

    Vote selon le niveau d'éducation

    La plupart des tableaux de cet article indiquent des clivages clairs dans la population américaine, mais celui du vote selon le niveau d'éducation ne me semble pas si convaincant...

    Sachant que Clinton a eu un léger avantage pour le vote total, le tableau suggère que les électeurs ayant un niveau d'éducation universitaire (minoritaires parmi les électeurs) ont été proportionnellement beaucoup plus nombreux à voter, ce qui n'est pas une surprise.

    Les électeurs ayant un niveau d'éducation moindre, qui se sont effectivement déplacés pour le vote, ont penché majoritairement du côté républicain... mais en tenant compte du taux d'abstention très élevé, on constate qu'une majorité importante des électeurs ayant un niveau d'éducation moindre sont restés à la maison.

  • Samuel Bonnefont - Inscrit 10 novembre 2016 16 h 54

    *blanc hétérosexuel et cisgenre.