Adoption d'une loi «anti-syndicat» - Wisconsin: les manifestants refusent de reculer

Des dizaines de fermiers montés sur leurs tracteurs se sont joints aux manifestants qui se dirigeaient vers le parlement du Wisconsin, samedi. <br />
Photo: Agence Reuters Darren Hauck Des dizaines de fermiers montés sur leurs tracteurs se sont joints aux manifestants qui se dirigeaient vers le parlement du Wisconsin, samedi.

Madison — Des milliers de manifestants pro-syndicaux ont manifesté devant le parlement du Wisconsin, samedi, une journée après que le gouverneur républicain de l'État eut ratifié un projet de loi controversé qui s'attaque aux droits d'association des fonctionnaires.

L'approbation du gouverneur Scott Walker concluait une semaine de manoeuvres et d'affrontements politiques. Des dizaines de milliers de manifestants s'étaient déjà fait entendre devant le parlement et 14 sénateurs démocrates s'étaient réfugiés en Illinois afin de tenter de bloquer le vote des parlementaires.

Plusieurs manifestants se sont rassemblés samedi près d'un centre de congrès où 13 sénateurs ont fait une première apparition publique depuis leur exil dans l'État voisin.

Avant de se joindre à la marche avec les autres protestataires, le sénateur Spencer Coggs, de Milwaukee, a affirmé que Scott Walker avait obligé les élus républicains à se sacrifier en adoptant cette loi. M. Coggs et d'autres alliés ont déjà indiqué qu'ils allaient maintenant investir leurs énergies sur la destitution de huit sénateurs républicains.

Certains démocrates font aussi l'objet de procédures de destitution.

Le projet de loi appuyé par le gouverneur Walker a déclenché un débat national sur les droits syndicaux, alors que les républicains tentaient de cibler les groupements ouvriers pour diminuer les dépenses publiques.

Mais les dirigeants syndicaux américains ont promis d'utiliser l'affront du Wisconsin pour motiver leurs troupes et lancer une intense contre-attaque à l'endroit du Parti républicain à l'occasion des élections nationales de 2012.

Des dizaines de fermiers montés sur leurs tracteurs se sont joints aux manifestants, samedi. Ils se sont attirés les cris d'encouragement de la foule en brandissant des affiches qui affirmaient qu'ils «plantaient les graines pour une saison qui comptera plusieurs destitutions».

La Maison-Blanche est prudente


Jusqu'à maintenant, toutefois, la Maison-Blanche a gardé ses distances et aucun de ses représentants ne s'est rendu à Madison, la capitale du Wisconsin, ou dans tout autre État aux prises avec une crise des relations de travail semblable. L'administration Obama n'a pas voulu s'impliquer dans ce débat, qui porte sur le pouvoir des syndicats lors du renouvellement de conventions collectives.

Quelques chefs syndicaux se sont même plaints ouvertement du fait que Barack Obama ne semble pas vouloir se montrer solidaire des groupements ouvriers, une position qui constituait pourtant l'une de ses promesses de campagne.

Les enjeux de ce débat sont importants, puisque le président Obama pourrait devoir faire face à une campagne présidentielle difficile en 2012.

La nouvelle loi votée par les parlementaires du Wisconsin oblige les employés du secteur public à dépenser davantage pour leur régime de retraite et leur assurance-santé. Elle interdit aussi les négociations collectives pour quelque autre avantage que les salaires, et ce, jusqu'au taux d'inflation.
6 commentaires
  • Yoan Mantha - Inscrit 14 mars 2011 06 h 31

    Un débat bien plus large

    Tandis qu'il est vrai que la partie de la loi traitant sur les syndicats à attiré le gros de l'attention et du débat, il est étonnant de voir que les médias non pas accroché au autre partie de la loi, celle moins ... démocratique.
    Par exemple, la fin des systèmes d'appelles d'offres qui passerais tous directement par le bureau du gouverneur. Ou la fin de l'obligation des villes à nettoyer l'eau "potable". Ou celle qui rendrait le vote des étudiants et des minorités ethniques plus restreint, sous le couver de mesure pour empècher les immigrants illégaux de voté.

    Aussi, une simple critique sur l'article, ça fait un mois que les gens occupes le parlement et manifeste partout autour, dans les plus grosse journée la foule était estimé à 100 000 personne. Pendant ce temps le gouverneur refusait les appelles de qui que se sois sauf de des meilleurs contributeurs à ça campagne. Et ce surtout quand c'était pour discuté de méthode pour discrédité la foule, même de façon peu légale.

  • Guylaine Vezina - Inscrit 14 mars 2011 08 h 54

    Redistribution équitable des richesses

    Les pouvoirs financiers, qui on leurs tentacules au sein des gouvernements, ont ruiné les populations. Les voleurs ne sont pas arrêtés, ils sont récompensés (bail out). Plus encore, ces derniers profitent de la crise pour enlever aux citoyens des avancés (retraite à 65 ans, braquage des syndicats, baisse du pouvoir d’achat, …) qui leur avaient permis de se sortir de la misère noire des années 1900 (semaine de travail de 70 heures, travail des enfants, pauvreté absolue, …)
    Certains diront que ce sont les pouvoirs en place qui, en créant de la richesse, ont fait en sorte qu’on ait pu aboutir aux droits des travailleurs. Si tel était le cas, comment se fait-il alors que, depuis ces 40 dernières années de croissance économique mondiale, les travailleurs voient leurs conditions se dégrader de jour en jour?

  • André Michaud - Inscrit 14 mars 2011 09 h 46

    Référendum

    Que le gouverneur se tourne vers les citoyens et par référendum leur demande si ils appuient sa façon de voir ou celle des syndicats! Laissons les citoyens décider, c'est ça la démocratie!

  • MJ - Inscrite 14 mars 2011 17 h 05

    Les petits employés de l’Etat du Wisconsin - Mauvaise cible pour réduire les dépenses publiques

    L’objectif de réduire les dépenses publiques est un faux débat et masque le véritable enjeu, soit la volonté des élus Républicains d’imposer à la classe moyenne le fardeau du déficit de l’Etat fédéral ainsi que les déficits des Etats américains. Cette loi imposerait, entre autres, aux fonctionnaires du Wisconsin une participation et contribution strictement individuelle(?), à titre de fonds de pension et de services de santé, à l’exclusion(?) de la participation de leur employeur.

    Selon un commentaire de Yoan Mantha, cette loi omnibus contiendrait d’autres dispositions visant, entre autres, à mettre fin au système d’appel d’offres des contrats publics au Wisconsin et, la discrétion concernant leur attribution en reviendrait au Bureau du Gouverneur! Si c’est le cas, on pourrait voir des contrats publics décernés à des amis du parti et des contributeurs de caisse électorale en retour d’ascenseurs. On peut facilement comprendre que l’élimination d’appel d’offres pourrait aussi faire gonfler le coût des contrats publics et ce, aux frais des contribuables du Wisconsin. On enlèverait donc d’un côté une partie des dépenses de l’Etat à titre de contribution à des fonds de pension et de services de santé aux fonctionnaires pour redistribuer l’économie de ces fonds aux amis et contributeurs du parti, par le biais d’octroi de contrats publics à certaines entreprises privées.

  • MJ - Inscrite 14 mars 2011 17 h 12

    Les petits employés de l’Etat du Wisconsin - Mauvaise cible pour réduire les dépenses publiques (2)

    Autre objet de cette loi, selon le commentaire exprimé par Yoan Mantha, enlever aux villes l’obligation de traiter l’eau potable? Si cela signifie remettre au privé le traitement des eaux, cette responsabilité municipale deviendrait donc caduque et le relais du privé en ce domaine impliquerait nécessairement une tarification pour les citoyens, autrement que par les taxes municipales. Il s’ensuivrait un remue-ménage tel qu’en Angleterre où le réseau de traitement des eaux a été remis au privé, ce qui implique toujours une iniquité pour les citoyens les plus démunis et la classe moyenne. Jusqu’où cette logique néolibérale poursuivra-t-elle son cours, sous la pression de l’oligarchie?

    Cette loi du Wisconsin n’aurait pas seulement un rebondissement dans le domaine des relations du travail et un impact négatif sur les droits d’association des travailleurs, comme la négociation de leurs conditions normatives de travail et l'indexation de leurs salaires selon l'indice du coût de la vie. Mais encore, cet autre aspect de l’abolition des appels d’offre favoriserait la corruption des élus à l’encontre de l’intérêt public. On assiste donc indirectement à un détournement de fonds publics en faveur des contributeurs de caisses électorales et des entreprises privées proches des élus. La gouvernance est encore une fois déviée du bien commun au profit d’une mafia économique qui s’arroge le pouvoir politique en fonction de ses propres intérêts. Cette démocratie d’élus n’est plus qu’un leurre, une ploutocratie masquée par la caricature du vote populaire. L’ultra-conservatisme de cette extrême-droite républicaine, représentée par le gouverneur Scott Walker du Wisconsin, sera-t-il suivi par d’autres Etats américains?