La noyade tue 14 000 enfants chaque année au Bangladesh

C’était un samedi matin de ramadan dans le village de Kalabaria. Aurchi Ahmed, sept ans, voulait prendre un bain dans l’étang familial avant d’aller à l’école. Sa mère, Tahmina, lui a dit de l’attendre avec son petit frère Tahsin, quatre ans, pendant qu’elle allait chercher du savon dans la maison. Cela ne devait pas prendre plus d’une minute.

 

Alors qu’elle attrapait le savon à l’intérieur, une voisine est venue lui demander un petit service. Elle voulait réfrigérer des bouteilles d’eau en prévision de la rupture du jeûne au coucher du soleil. Les Ahmed sont l’une des rares familles dans le village à posséder un réfrigérateur, acheté grâce au soutien financier du grand-père, qui travaille à Abu Dhabi depuis 35 ans. Tahmina a déposé les bouteilles au frais puis est repartie vers l’étang.

 

En s’en approchant, elle a constaté qu’Aurchi et Tahsin avaient disparu.

 

La famille et les voisins les ont cherchés partout dans le village, sans succès. Puis, on a repensé à l’étang. Après plusieurs plongeons, un cousin a repêché le frère et la soeur, enlacés et en état d’arrêt cardiorespiratoire.

 

Au premier hôpital où on les a emmenés, le défibrillateur cardiaque ne fonctionnait pas. Le deuxième n’en possédait pas. Au troisième hôpital, on a constaté leur décès.

 

Un fléau meurtrier

 

Au Bangladesh, la noyade est la cause principale de décès chez les moins de 18 ans. Elle coûte la vie à quelque 14 000 enfants annuellement.

14 000
C’est le nombre d’enfants qui meurent de noyade annuellement, la cause principale de décès chez les jeunes de moins de 18 ans.

Durant des années, avec l’aide d’organisations et de gouvernements étrangers, l’État bangladais a mis ses efforts dans la lutte contre les maladies telles la rougeole, la poliomyélite et la diphtérie. Les succès ont été retentissants. Or, en 2005, une vaste étude sur les causes de décès accidentel a révélé que la noyade était un fléau encore plus meurtrier.

 

« On investit beaucoup dans les soins natals, la vaccination, l’éducation, mais quand l’enfant se noie, on perd tous ces investissements », fait remarquer Kamran ul Baset, directeur associé du Centre de recherche pour la prévention des blessures (CIPRB) à Dhaka, une organisation indépendante créée peu après l’étude.

 

La ventilation des résultats a permis de déterminer que les enfants de moins de cinq ans forment le groupe le plus vulnérable. « La plupart des noyades se produisent entre 9 h et 13 h, soit le moment le plus occupé de la journée pour les parents, et la majorité a lieu à moins de 20 mètres du domicile familial », précise M. Baset.

 

Pour diminuer les risques, le CIPRB a eu l’idée de créer un système de garderies dans les villages. Pendant que les parents effectuent leurs tâches quotidiennes, les enfants trop jeunes pour apprendre à nager restent ainsi sous la surveillance d’autres adultes. Pour les plus de cinq ans, le CIPRB a conçu une plateforme en bambou qui peut être installée dans l’étang d’un village afin que les enfants s’y exercent à la nage tout en ayant toujours des appuis à leur portée.

Photo: Frédérick Lavoie Une école flottante dans les basses terres de Chalan Beel, au Bangladesh

Le CIPRB évalue que la présence d’une garderie dans un village permet de diminuer de 80 % les risques de noyade chez les bambins, alors que le fait de savoir nager le réduit de 96 % chez les plus vieux.

 

Pour l’instant, il n’existe toutefois que 3000 garderies à travers le pays, financées par des donateurs étrangers. « Il en faudrait 600 000 pour couvrir tous les besoins. Pour devenir durable, il faut que cette initiative se transforme en programme gouvernemental », admet Kamran ul Baset.


Ce reportage a été réalisé grâce à une bourse de journalisme en développement international de la Fondation Aga Khan Canada.

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