Colombie: des attentats compliquent le processus de paix avec l’ELN

Un homme passe devant un poste de police après un attentat à la bombe dans le département de Soledad Atlantico, en Colombie, dimanche.
Photo: Jose Torres Agence France-Presse Un homme passe devant un poste de police après un attentat à la bombe dans le département de Soledad Atlantico, en Colombie, dimanche.

Les négociations de paix avec l’ELN, visant à mettre fin à la guerre en Colombie, dernier conflit armé des Amériques, ont été gelées lundi après des attentats contre la police, qui ont fait sept morts et des dizaines de blessés.

 

Ce gel jusqu’à nouvel ordre des pourparlers menés depuis février avec l’Armée de libération nationale (ELN), la dernière guérilla du pays, a été annoncé par le président colombien Juan Manuel Santos.

 

« J’ai pris la décision de suspendre l’ouverture du cinquième cycle des négociations qui était prévu dans les prochains jours étant donné que je ne vois pas de cohérence de la part de l’ELN entre ses paroles et ses actes », a-t-il déclaré depuis La Palma.

 

M. Santos avait annoncé plus tôt qu’il avait rencontré dès « l’aube » le chef de la délégation gouvernementale aux pourparlers, Gustavo Bell, pour analyser la situation, tandis que le ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas, attribuait les trois attentats de la fin de semaine à l’ELN.

 

Les négociations étaient en suspens depuis le 10 janvier suite à d’autres attaques de l’ELN contre les forces de l’ordre et des infrastructures pétrolières.

 

Cette offensive avait été lancée alors que s’achevait le premier cessez-le-feu bilatéral jamais conclu avec l’ELN et alors que la cinquième session des pourparlers devait débuter à Quito, capitale de l’Équateur.

 

Le gouvernement de M. Santos, qui a signé en 2016 un accord historique avec la puissante guérilla des FARC depuis transformée en parti politique, a réagi aux attaques de l’ELN par une première offensive militaire qui s’est soldée par une douzaine de morts et d’arrestations.


Difficiles négociations

 

Les deux parties s’étaient néanmoins dites disposées à poursuivre les pourparlers et à convenir d’une nouvelle trêve.

 

« Le climat est vraiment très négatif pour continuer les négociations », a estimé l’analyste Camilo Echandia, de l’université Externado de Colombie.

 

« Ce processus n’est pas viable du fait que l’agenda [en six points] est totalement général et implique des changements que le gouvernement n’est pas en position de faire [et] que l’ELN ne bénéficie pas de la représentativité nécessaire pour les exiger », a-t-il déclaré à l’AFP.

 

Pour les analystes, la difficulté de négocier avec l’ELN, qui compte environ 1800 combattants, provient de sa structure fédérative donnant une autonomie militaire à ses différents fronts.

 

Le Front de guerre urbain national de l’ELN a revendiqué dimanche l’attentat contre un poste de police, qui a fait la veille cinq morts et 41 blessés dans la cité portuaire de Barranquilla.

 

Dans un premier temps, les autorités en avaient attribué la responsabilité aux narcotrafiquants.

 

Attentats «liés»
 

Mais le ministre de la Défense a déclaré lundi à Radio Caracol qu’un suspect interpellé, Cristian Bellon, 31 ans, « a des antécédents évidents avec l’ELN ».

 

Deux autres attentats ont eu lieu dimanche, également contre des postes de police.

 

À Santa Rosa, dans le département de Bolivar, une explosion a tué deux policiers et en a blessé un autre. Quatre policiers et un civil ont été blessés dans une autre attaque à Barranquilla, qui se prépare pour son traditionnel carnaval.

 

Les trois attentats « sont directement liés », a souligné le ministre.

 

L’avenir des pourparlers de paix est devenu un thème de la campagne pour l’élection présidentielle de mai, à l’issue de laquelle M. Santos quittera le pouvoir en août après deux mandats de quatre ans.

 

Des candidats de droite, tels le sénateur Ivan Duque et l’ex-vice-président German Vargas, ont appelé le gouvernement à quitter la table des négociations.

 

« Nous ne pouvons permettre que la violence et la terreur reviennent dans les rues de Colombie », a estimé Sergio Fajardo, en tête des sondages comme candidat d’une coalition de centre-gauche.

 

Les attaques de l’ELN ont coïncidé avec un attentat en Équateur, également contre un poste de police, qui a fait 28 blessés à la frontière avec la Colombie. Quito l’a attribué à des dissidents des FARC.