L’opposition vénézuélienne exclue de la présidentielle

Impopulaire, à la tête d’un pays ruiné et en proie aux sanctions internationales, le président Nicolás Maduro avait déjà pris de court mardi l’opposition en avançant la date du scrutin. 
Photo: Ariana Cubillos Associated Press Impopulaire, à la tête d’un pays ruiné et en proie aux sanctions internationales, le président Nicolás Maduro avait déjà pris de court mardi l’opposition en avançant la date du scrutin. 

La justice vénézuélienne a écarté la coalition de l’opposition de la course à la présidentielle prévue pour d’ici à fin avril, dégageant la voie pour la réélection de Nicolas Maduro et obligeant ses adversaires à se réorganiser.

 

Avec cette décision surprise, tombée dans la nuit de jeudi à vendredi, la Cour suprême de justice ordonne à l’autorité électorale d’« exclure la Table de l’Unité démocratique (MUD) » du scrutin. La coalition de la MUD rassemble une trentaine de partis allant de la droite dure au centre.

 

Luis Emilio Rondón, le seul des cinq membres du Conseil national électoral (CNE) proche de l’opposition, a qualifié cette décision d’« aberration juridique ».

 

Selon lui, la MUD « était correctement inscrite auprès du CNE en tant qu’organisation politique ». Il y a donc un « intérêt politique très clair » à sortir la coalition d’opposition du jeu. La MUD avait remporté les législatives de fin 2015, déclenchant une crise politique dans ce pays où toutes les institutions étaient jusqu’alors aux mains des chavistes, du nom de l’ex-président socialiste Hugo Chávez (1999-2013).

 

La Cour suprême, accusée de servir le président socialiste, autorise en revanche le CNE à prolonger de six mois la période de réinscription des principaux partis d’opposition, leur laissant la possibilité de participer au scrutin présidentiel à titre individuel.

 

Deux des principaux partis d’opposition qui composent la MUD, Action Démocratique et D’abord la justice, doivent se réinscrire auprès du pouvoir électoral après avoir été exclus du scrutin présidentiel en raison de leur boycott des municipales de décembre.

 

Les deux formations, qui devront récolter samedi et dimanche les signatures de 0,5 % des inscrits dans au moins 12 des 24 États, ont appelé les Vénézuéliens à se mobiliser.

 

Volonté populaire, le parti de la figure de l’opposition Leopoldo López, a renoncé à participer à la présidentielle, son leader étant assigné à résidence, accusé d’avoir encouragé des manifestations antigouvernementales en 2014 qui ont fait 43 morts.

 

Toute la question est désormais de savoir si l’opposition arrivera à se réunir derrière un candidat unique, où si elle affrontera le chef de l’État sortant divisée. Bien que privée de l’étendard de la MUD, l’opposition conserve néanmoins quelques cartes à jouer.

 

Depuis le mois de décembre, le gouvernement et l’opposition négocient en République dominicaine pour tenter de trouver une solution à la crise politique qui secoue ce pays pétrolier.

 

La crise politique au Venezuela s’est doublée d’une grave crise économique, déclenchant de violentes manifestations contre le président Maduro qui ont fait 125 morts d’avril à juillet 2017. À la pénurie de médicaments et d’aliments s’ajoute une inflation totalement hors de contrôle.

 

Impopulaire, à la tête d’un pays ruiné et en proie aux sanctions internationales, Nicolás Maduro avait déjà pris de court mardi l’opposition en avançant la date du scrutin, prévu pour fin 2018, et en se disant prêt à y participer.

 

Vendredi, le président français, Emmanuel Macron, a demandé de nouvelles sanctions européennes contre Caracas.

 

Le 18 janvier, les 28 pays de l’UE ont donné leur feu vert à de nouvelles sanctions en réponse à la répression de l’opposition au Venezuela, les premières visant des responsables du gouvernement de Nicola Maduro, dont le numéro deux du pouvoir et le ministre de l’Intérieur.