Lula privé de passeport et empêché de quitter le Brésil

L’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva
Photo: Nelson Almeida Agence France-Presse L’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva

L’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a été empêché de quitter le territoire brésilien quelques heures avant de partir pour l’Éthiopie, a annoncé jeudi le ministère de la Justice, au lendemain de sa condamnation en appel à une peine de prison.
 

Le favori de la prochaine présidentielle au Brésil devait aller à Addis-Abeba pour une conférence de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) mais un juge fédéral « a donné l’ordre d’empêcher l’ex-président de sortir du territoire », a précisé le ministère dans un communiqué.
 

Cette mesure intervient au lendemain d’un grave revers subi par Lula en justice lors d’un procès qui a tenu en haleine le Brésil mais aussi divisé le pays.
 

Une cour d’appel de Porto Alegre (au sud du pays) a confirmé mercredi qu’il était coupable de corruption passive et de blanchiment d’argent pour avoir accepté un triplex d’une entreprise de construction.
 

Elle a également aggravé sa peine de prison d’un tiers, à 12 ans et un mois, tout en le laissant libre en attendant les recours que sa défense ne va pas manquer de déposer.


« Nous sommes en train de faire exécuter un ordre judiciaire de retrait de son passeport à l’ancien président Lula », a dit un porte-parole de la police fédérale à l’AFP.


Contestation
« Nous avons appris cette nouvelle avec consternation », ont rapidement indiqué ses avocats dans un communiqué, contestant la qualification du juge fédéral à empêcher Lula de sortir du territoire.
 

La cour d’appel de Porto Alegre « avait été informée du voyage et n’avait pas imposé la moindre restriction », ont-ils dit.
 

« Le passeport de l’ex-président sera remis à la police fédérale, sans préjuger des mesures qui permettraient de réparer cette limitation indue à son droit d’aller et venir », poursuivent les avocats de Lula.
 

Celui-ci ne s’attendait visiblement pas à être empêché de quitter le pays en dépit de sa condamnation et devait rentrer dimanche au Brésil, selon son équipe.
 

« Il n’y a pas d’empêchement légal à ce que l’ex-président Lula fasse un voyage à l’étranger. Nous avions déjà informé la justice de sa participation à cet événement de dirigeants internationaux avant le jugement », avait déclaré plus tôt à l’AFP l’un de ses avocats, Cristiano Zanin Martins. « Lula a le droit d’aller et venir », avait-il ajouté.
 

Mais une demande de retrait de son passeport avait été déposée, à titre individuel, par trois avocats, arguant des risques que l’icône de la gauche brésilienne demande l’asile politique à l’étranger.

Conférence de la FAO

À Addis-Abéba, Lula devait participer à une conférence sur l’éradication de la faim et les politiques publiques en Afrique, continent sur lequel il s’est souvent rendu pendant ses deux mandats (2003-2010), en marge du 30e sommet de l’Union africaine.
 

La FAO, dirigée par le Brésilien José Graziano da Silva, un ex-ministre de Lula, avait confirmé la présence de l’ancien chef de l’État. Lula, avec son institut, a été à l’origine du programme « Faim zéro en Afrique ».
 

« Ce n’est pas un voyage facile, ce sont 14 heures à l’aller, 14 heures au retour et 14 heures sur place », avait souligné Lula plus tôt jeudi à São Paulo à l’occasion du lancement de sa « pré-candidature » à la présidentielle à la tête de son Parti des Travailleurs (PT).
 

Lula est donné ultra-favori par les sondages au scrutin présidentiel d’octobre et un tiers des Brésiliens seraient prêts à voter pour celui qui clame son innocence et se dit victime d’un « pacte diabolique » destiné à lui barrer la route vers un 3e mandat.