Quel avenir pour l'Algérie, 55 ans après son indépendance?

Un rassemblement organisé le 26 juin 1962 par le FLN dans le cadre de la campagne pour le référendum d'autodétermination.
Photo: Archives Agence France-Presse Un rassemblement organisé le 26 juin 1962 par le FLN dans le cadre de la campagne pour le référendum d'autodétermination.
L’Algérie célèbre les 55 ans de son indépendance le 5 juillet. Le pays, riche en pétrole et en gaz naturel et sous le règne du président Abdelaziz Bouteflika depuis 1999, se prépare pour des élections présidentielles en 2019. 
 
Nous avons discuté de ce que l’avenir réserve à l’Algérie avec le professeur Samir Saul de l’Université de Montréal, spécialisé en histoire, en relations internationales, de la France et du monde arabe.
 
L’Algérie est sortie en 2002 d’une guerre civile qui durait depuis 1992. Dans quelle situation se trouve-t-elle aujourd’hui ?
 
Aujourd’hui, on peut dire que le pouvoir est essentiellement entre les mains de l’armée. La position première du président actuel est d’essayer de tourner la page sur la guerre civile. 
 
Cependant, l’Algérie a toujours été très dépendante de son pétrole. Il y a des avantages à posséder beaucoup de pétrole et de gaz, mais c’est aussi une malédiction. On peut y devenir accro parce que c’est facile : on exporte et on fait des recettes, sans développer la production.
 
Le fait que l’Algérie n’a pas réussi à diversifier son économie a affaibli son système politique. Un système politique basé sur des institutions stables n’a pas pu se mettre en place.
 
On estime que l’Algérie avait, en 2016, un taux de migration net de -0,9 migrant par 1000 habitants. Pourquoi tant d’Algériens partent-ils en exil ?
 
Les Algériens s’exilent parce qu’ils n’arrivent pas à vivre en Algérie. C’est à cause de la situation économique d’abord : les prix courants sont très élevés, la population est très jeune. Le chômage y est aussi très élevé; le chômage est facteur d’immigration.
 
Le départ des Algériens est le résultat de l’échec, de l’absence de moyens, de conditions de vie décentes leur permettant d’avoir un emploi. On voit les Algériens aller en France, au Canada et ailleurs, pour des raisons essentiellement économiques.
 
Durant les années 1990, ils s’exilaient aussi à cause de la guerre civile. On a eu au Québec beaucoup d’Algériens qui fuyaient cette guerre, qui sont arrivés durant ces années.
 
Vers quoi se dirige l’Algérie d’un point de vue politique et économique ?
 
Elle se dirige vers des élections présidentielles ! C’est prévu pour 2019. Bouteflika est là depuis 1999. Va-t-il se présenter une autre fois ? Qui sait ? Il est malade, même invisible par moments.
 
Cependant, les changements dont a besoin l’Algérie doivent être beaucoup plus fondamentaux qu’un nouveau président. Il faudrait une réorientation complète du pays : un développement autonome basé sur la production et non sur l’exportation pétrolière. Jusqu’à présent, l’armée a assisté au pouvoir. Essentiellement, elle l’a concentré entre ses mains. Elle a vécu des ventes de pétrole et du clientélisme. 
 
La grande mission pour l’Algérie et pour son salut, c’est la consolidation d’un état indépendant qui a des institutions valables et la confiance de sa population.
 
Est-ce une mission réaliste ?
 
Il est très difficile de dire si elle y arrivera. Elle a les moyens : sa population est éveillée et éduquée, avec beaucoup d’expérience politique.
 
Probablement que plusieurs années de déception l’ont laissée un peu abattue; la guerre civile des années 1990 a été un choc terrible puisque c’était une guerre fratricide entre Algériens. Ça les a démoralisés.
 
C’est un anniversaire où il faut prendre en compte le positif des Algériens. Avoir réussi leur indépendance dans ces conditions terribles demeure un moment clé de l’histoire du pays, mais les suites n’ont pas été aussi réussies.

Un pays maintes fois secoué

La guerre d’Algérie (1954-1962) fut un choc frontal entre le colonialisme français et un mouvement d’autodétermination dirigé par le Front de libération nationale. Selon M. Saul, elle a mobilisé l’opinion mondiale contre le colonialisme. De 1992 à 2002, une guerre civile a aussi secoué le pays après un coup d’État organisé par l’armée algérienne.