Algérie: deux Canadiens seraient parmi les assaillants

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	Le premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal</div>
Photo: Agence France-Presse (photo)
Le premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal

Deux Canadiens feraient partie de la trentaine d’assaillants qui ont attaqué le complexe gazier d’In Amenas, dans le sud de l’Algérie, tôt mercredi matin. On ignore pour le moment si ces Canadiens sont du nombre des islamistes qui ont été tués lors de l’assaut de l’armée algérienne.

Trente-sept étrangers et un Algérien ont été tués, dont une grande partie d’une balle dans la tête, lors de cet épisode sanglant de quatre jours auquel ont mis fin samedi les forces spéciales algériennes, a déclaré lundi en point de presse le premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal, à Alger. Ce bilan est encore provisoire, cinq étrangers étant toujours portés disparus, a-t-il précisé.

Les autorités algériennes tentaient mardi de retrouver les cinq étrangers qui manquent à l'appel. Un membre du bureau du premier ministre algérien a expliqué, sous le couvert de l'anonymat, que les responsables ne savent pas si les disparus sont morts ou s'ils se sont perdus dans le Sahara en tentant de prendre la fuite. Le complexe d'In Amenas se trouve loin dans le désert, à 800 kilomètres des côtes, et il n'y a que quelques centres peuplés dans la région. À cette période de l'année, le mercure tombe à environ 3 °C la nuit et atteint à peine les 20 °C le jour.
 
Selon M. Sellal, le commando islamiste est venu du nord du Mali, « d’où il est parti il y a près deux mois », soit bien avant le début de l’intervention militaire française dans ce pays, contre laquelle les assaillants ont dit agir. « Onze Tunisiens, trois Algériens, un Mauritanien, deux Nigériens, deux Canadiens, des Égyptiens et des Maliens » composaient le groupe de 32 hommes, dont 29 auraient été tués et trois arrêtés.
 
L’un des Canadiens aurait été chargé de coordonner l’attaque, selon The Guardian, l’agence Reuters rapportant qu’il s’agissait d’un individu dénommé « Chedad ».
 
Ottawa attend

À Ottawa, le porte-parole du ministre John Baird a indiqué lundi que le ministère des Affaires étrangères n’était pas en mesure de confirmer ces informations. Pour le moment, le gouvernement canadien ne dispose pas de suffisamment d’éléments pour confirmer les dires du gouvernement algérien. « Nous avons pris connaissance d’informations selon lesquelles un Canadien pourrait avoir participé à la prise d’otage en Algérie. Nous explorons toutes les avenues possibles pour obtenir d’autres renseignements et nous demeurons en étroite liaison avec les autorités algériennes. », a souligné Rick Roth.
 
Le gouvernement algérien n’a pas donné de précision quant à la nationalité des victimes. Outre l’Algérien tué, sept Japonais, six Philippins, trois Britanniques, trois Américains, deux Roumains, un Français et un Colombien figurent parmi les étrangers confirmés morts par leurs pays. La Norvège, la Malaisie et Manille ont aussi indiqué être sans nouvelles de plusieurs de leurs ressortissants. Le premier ministre a précisé que sept corps n’avaient pas identifiés parmi les 37 dépouilles étrangères.
 
Témoignage

Un otage philippin rescapé, Joseph Balmaceda, a raconté que le groupe islamiste avait utilisé les otages « comme boucliers humains » face aux tirs des troupes algériennes depuis des hélicoptères. « On nous demandait de lever les bras. Les forces gouvernementales ne pouvaient pas tirer sur eux tant que nous étions retenus », a ajouté l’homme, racontant être le seul survivant d’un groupe de neuf otages placés à bord d’une camionnette à laquelle les attaquants avaient fixé des explosifs et qui a explosé lors de heurts avec les forces algériennes.
 
Plusieurs otages étrangers doivent la vie à leurs collègues algériens. « Nous étions tous dans la même galère, nous étions près de 300 Algériens regroupés par les terroristes. Et nous avions caché des expatriés au milieu de notre groupe », qui a pu s’échapper jeudi, a raconté Iba El Haza, un employé du britannique BP, qui exploite le site gazier avec le Norvégien Statoil et l’Algérien Sonatrach.
 
« Le Canada condamne avec la plus grande fermeté cette attaque lâche et déplorable ainsi que tous les groupes terroristes qui tentent de provoquer et de perpétuer l’insécurité dans les pays du Sahel de l’Afrique de l’Ouest. Nous appuyons la lutte du gouvernement de l’Algérie contre les forces terroristes et nous continuons de travailler avec les Algériens et les autres pays d’Afrique du Nord pour arrêter les forces d’extrémisme », a souligné Rick Roth.
 
Par ailleurs, alors que les violences persistent aussi du côté du Mali, le gouvernement canadien a retiré de son ambassade tout son personnel non-essentiel et les familles et personnes à charge des diplomates en poste à Bamako. En conséquent, les services offerts à l’ambassade à Bamako « seront désormais limités », a noté le ministre Baird dans un communiqué diffusé cette fin de semaine.
 
Avec la collaboration de Marie Vastel 

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Cet article a été modifié après publication
15 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 21 janvier 2013 11 h 25

    37 otages étrangers morts – et le nombre d’otages algériens ? Est-ce qu’on s’en préoccupe ?

    M. Sellal, le premier ministre algérien, a indiqué qu’il y avait 37 otages étrangers morts au cours de ces tragiques événements. M. Sellal a aussi dû donner un estimé du nombre d’otages algériens tués, ainsi que du nombre des assaillants tués – en tout cas parmi les personnes identifiées.

    Pourquoi l’article ne donne-t-il pas un estimé du nombre d’otages algériens ? Ou le chiffre donné par M. Sellal ? Ça donne l’impression que l’auteur se préoccupe peu du nombre d’otages algériens tués, ou estime que les lecteurs s’en préoccupent peu.

    • Simon Thibault - Abonné 21 janvier 2013 16 h 02

      81-37 = 44

  • Eddy Nat - Inscrit 21 janvier 2013 12 h 32

    Des canadiens oui peut-être, mais pas de souche, d'origine ??? allez, dites-le !!

    • Loïc Sacilotto - Inscrit 21 janvier 2013 15 h 58

      Cette réflexion est à la fois indigne et inutile. Y aurait-il des citoyens canadiens de première catégorie et d'autres, moins canadiens ? Qui sont les vrais Canadiens alors ? Les blancs descendants des colons anglos et franco qui spoliaient les terres et exterminaient les Premières Nations ? Si l'on raisonne comme vous, les Canadiens "de souche" ne sont pas ceux que vous croyez et vous n'en faites probablement pas partie. Les nationalismes ont cela de terrible qu'ils effacent toujours une partie de l'histoire dans l'esprit des populations. Arrêtons avec le mythe d'un Canada neutre, pacifique, tolérant et innocent de toutes violences, car il n'a jamais existé dans les faits. Votre réflexion nous en donne une preuve supplémentaire.

    • Jack Plante - Inscrit 22 janvier 2013 06 h 44

      @loic

      Commencez donc par apprendre l'histoire du Canada avant de monter sur vos grands cheveaux.
      Mes ancêtres n'ont pas spolié la terre des "Premières nations" et ne les ont jamais exterminés

    • claire Piché - Inscrit 22 janvier 2013 07 h 24

      Je parie qu'il s'agit de deux Canadiens de papier qui n'ont rien à ciré de notre civilisation. Des soldats d'Allah quoi!

    • Loïc Sacilotto - Inscrit 22 janvier 2013 22 h 16

      Mille pardons Jack Plante, j'avais oublié que les colons (français comme anglais) étaient arrivés des fleurs à la main dans un esprit de découverte dénué de toutes intentions violentes. Cela m'avait échappé que les Autochtones avaient été totalement respectés dans leurs traditions et leurs droits que leurs terres n'avaient pas fait objet de convoitise en vue de leur exploitation agricole, forestière, minière, gazière et pétrolifère. Cela m'avait aussi échappé que les enfants qui ont eu l'honneur de fréquenter les pensionnats pour autochtones, Inuits et métis en étaient sortis absolument ravis, pas du tout aculturés et encore moins détruits par les abus mutiples et nombreux des pères catholiques. J'ai dû manqué aussi l'information selon laquelle l'exploitation forestière massive est une demande express des peuples autochtones qui n'en peuvent plus du bruit du vent dans les branches. Ce sont sans doute ces derniers qui se sont repliés dans des réserves par esprit de générosité sans doute à l'égard de blancs dont ils ont toujours bénis l'arrivée sur le continent nord-américain. La crise d'Oka, Idle no more sont sans doute des entreprises un peu maladroites de remerciement public pour un gouvernement fédéral tellement humaniste et respectueux de la diversité ethnique et culturelle du pays. C'est intéressant d'avoir votre point de vue sur l'histoire du Canada. Tout à coup les choses deviennent tellement simples... Le Canada et ses provinces n'ont vraiment pas besoin de remettre en question leur(s) histoire(s) ni leur(s) identité(s), ni leurs choix politiques actuels, alors ! Excellent. Je vais beaucoup mieux dormir grâce à vous.

  • Marc Collin - Inscrit 21 janvier 2013 15 h 15

    conséquence?

    ils auront quoi comme conséquence?

  • Loïc Sacilotto - Inscrit 21 janvier 2013 15 h 46

    DES MILITANTS, VRAIMENT ??

    Vraiment intéressant de constater les différences dans la terminologie employée par les médias de nationalités diverses pour nommer les auteurs de la prise d'otages. Alors que Le Monde a parlé tour à tour de "terroristes", "djihadistes", etc., et pour traiter du même sujet titre : "Prise d'otages en Algérie : deux Canadiens figureraient parmi les ravisseurs" (art du 21-01); le New York Times parle de "kidnappers" (art du 21-01); Le Devoir parle aujourd'hui de "militants". L'emploi de tel ou tel terme n'est évidemment pas neutre. Quant le mot "terroriste" renvoie à la stratégie idéologique ayant servi aux faucons étasuniens pour justifier une politique étrangère agressive et conquérante de nouvelles zones d'influences politiques et économiques depuis 2001, parler de "djihadistes" accrédite l'autodéfinition de ces groupes armés, introduit dangereusement la religion comme élément explicatif de leur engagement, au risque de stigmatiser les 99,99% de fidèles pour lesquels le djihad est avant tout une quête spirituelle personnelle..., le terme "millitant", sous couvert de neutralité apparente est tout aussi orienté. L'usage contemporain qu'on fait du militantisme, c'est-à-dire dans le cadre des régimes démocratiques, a opéré depuis longtemps une rupture avec l'étymologie du mot (militis>soldat), et est associé aux actions de la société civile servant à faire avancer des causes politiques, juridiques, idéologiques, sociales, environnementales, etc. Dans ce contexte, les moyens utilisés par les militants sont le plus souvent légaux, pacifiques et n'atteignant pas à la sécurité d'autrui. Idel no more est un mouvement militant qui entre totalement dans cette définition, le printemps érable en était aussi, Greenpeace, groupes féministes, partis politiques, etc. Ainsi, lorsque l'inégalité des moyens devient nécessaire à la cause, la désobéissance civile se fait rarement pour prendre les armes et engager des actions violentes. C'est pourquoi appeler ces preneurs d'otages de simp

    • Grace Di Lullo - Inscrit 21 janvier 2013 16 h 26

      Votre analyse terminologique est fort intéressante. En effet, militant sonne davantage bénin à nos oreilles que djihadistes, ravisseurs ou terroristes.

      Militant nous place davantage dans une zone légale,une zone démocratique...car on a le droit de militer pour une cause. On a le droit d'adhérer à un parti politique et de militer.

      Terroriser, ravir/kidnapper, engager le combat et autres verbes écrits à l'infinitif accompagner d'un mot n'est pas encore dans la zone légale.

      Félicitations pour votre analyse

    • Loïc Sacilotto - Inscrit 21 janvier 2013 19 h 15

      Parler "d'assaillants" me semble beaucoup plus juste en effet !!!

  • Simon Thibault - Abonné 21 janvier 2013 16 h 07

    Les mots aussi forgent des armes. Beaucoup de reporters parlent de « terrorisme » et de « terroristes ». La CBC comme la BBC exigent un langage plus « neutre » de ses journalistes, qui doivent utiliser des termes comme « combattants », « rebelles », « djihadistes », « extrémistes » ou « islamistes radicaux ». La démarcation idéologique était évidente samedi matin dans les reportages sur la fin de la sanglante prise d’otages en Algérie.

    On se comprend, il ne s’agit pas de nier la réalité de la terreur et du terrorisme. Il ne s’agit pas de nier que, parfois, le terrorisme est effectivement un « crime de guerre commis en temps de paix », selon une formule connue. Il faut cependant manier avec une précaution conceptuelle des notions élastiques et controversées, surtout quand on ne peut pas vérifier sur le terrain l’étendue de leur application. En Syrie, le gouvernement traite tous les opposants de terroristes.

    « Il n’y a pas de consensus sur ce qu’est le terrorisme ou un acte terroriste, dit le code de la BBC. Nous ne devons donc pas changer le terme “terroriste” quand nous citons un intervenant, mais nous allons nous interdire de l’employer nous-mêmes. » Mais bon, ça se discute. Comme on peut très bien critiquer férocement le simplisme manichéen de certaines analyses au nom de l’éthique de la communication.

    Source :
    Médias - Amour, haine et propagande
    21 janvier 2013 |Stéphane Baillargeon (Le Devoir)