Expulsé d’Ukraine, l’opposant Saakachvili se retrouve en Pologne

Début janvier, un tribunal de Tbilissi a condamné M. Saakachvili par contumace à trois ans de prison pour «abus de pouvoir» dans l’affaire de l’assassinat d’un jeune banquier en 2006.
Photo: Sergei Supinsky Agence France-Presse Début janvier, un tribunal de Tbilissi a condamné M. Saakachvili par contumace à trois ans de prison pour «abus de pouvoir» dans l’affaire de l’assassinat d’un jeune banquier en 2006.

Varsovie — Mikheïl Saakachvili, l’ex-président géorgien devenu opposant en Ukraine, a été expulsé par les autorités de Kiev et a atterri à Varsovie en annonçant vouloir « se battre jusqu’au bout ».

Son expulsion a été expliquée par le fait qu’il était entré « illégalement » en Ukraine en septembre, un groupe de ses partisans ayant traversé en force la frontière avec la Pologne.

Mettant fin à des mois d’un feuilleton politico-judiciaire très médiatisé, ce trublion haut en couleur âgé de 50 ans, déchu successivement de ses nationalités géorgienne et ukrainienne, a été arrêté, lundi après-midi en plein restaurant à Kiev, par des hommes portant des uniformes non identifiés, cinq mois après avoir regagné l’Ukraine pour défier le pouvoir de Kiev.

« Cette personne se trouvait sur le territoire ukrainien illégalement, c’est pourquoi […] elle a été renvoyée vers le pays depuis lequel elle était arrivée en violation de la loi ukrainienne », ont annoncé dans un communiqué les gardes-frontières ukrainiens après le décollage de son avion.

M. Saakachvili « a été admis sur le territoire de la République de Pologne », a peu après déclaré à l’AFP Agnieszka Golias, la porte-parole des gardes-frontières polonais.

« J’ai été très bien reçu par la partie polonaise, et la partie ukrainienne a eu un comportement absolument scandaleux, totalement illégal », a déclaré M. Saakachvili à la sortie de l’aéroport, selon une vidéo publiée par un journaliste de la radio privée polonaise RMF FM. « C’était un enlèvement », a-t-il assuré.

« J’aime la Pologne, mais ma lutte est en Ukraine et en Géorgie, et je vais me battre jusqu’au bout. […] Nous allons gagner ce combat », a-t-il dit encore, annonçant qu’il ferait une déclaration mardi.

À Kiev, quelque 150 partisans de Saakachvili se sont réunis dans la soirée devant la présidence ukrainienne pour le soutenir. Ils brandissaient des pancartes avec son portrait sur lesquelles il était écrit notamment « Porochenko, relâche Saakachvili », a constaté un photographe de l’AFP.

Mikheïl Saakachvili, d’abord allié au président ukrainien Petro Porochenko, est devenu par la suite l’un de ses plus farouches adversaires. En juillet, M. Porochenko l’a déchu de la nationalité ukrainienne, qu’il lui avait accordée en 2015.

Il promettait depuis de reprendre son combat contre « la dictature des oligarques » et le « pillage de l’économie » par le gouvernement et avait organisé à plusieurs reprises en Ukraine des manifestations contre la corruption, malgré un manque de popularité.

Intervention musclée

Lundi, selon un témoin interrogé par l’AFP, Pavlo Gorobeï, des hommes armés avaient très rapidement fait sortir manu militari plusieurs personnes du restaurant où il se trouvait, les emmenant à bord de trois fourgons blancs.

L’opposant avait déjà été brièvement arrêté à deux reprises en décembre à Kiev puis relâché. Les autorités ukrainiennes l’avaient alors accusé d’avoir voulu « prendre le pouvoir par la force » à l’occasion de récentes manifestations.

M. Saakachvili a rejeté ces accusations.

Le président Petro Porochenko avait nommé son « ami » géorgien gouverneur de la région d’Odessa en 2015. Un an et demi plus tard, ce dernier a démissionné, accusant le chef de l’État de corruption.

M. Saakachvili, un juriste formé aux États-Unis et en France et parlant cinq langues dont l’ukrainien, a dirigé la Géorgie de 2004 à 2013, après la Révolution de la rose pro-occidentale à Tbilissi en 2003.

Il avait donné un nouveau souffle à la Géorgie, en y engageant de profondes réformes économiques et en jugulant la corruption. Ses deux mandats présidentiels ont cependant été ternis par ses attaques contre l’opposition et surtout par la guerre éclair désastreuse avec la Russie en 2008.

Après l’arrivée au pouvoir en Géorgie de ses adversaires prorusses en 2013, M. Saakachvili a dû quitter son pays.

Début janvier, un tribunal de Tbilissi l’a condamné par contumace à trois ans de prison pour « abus de pouvoir » dans l’affaire de l’assassinat d’un jeune banquier en 2006. La Géorgie a demandé à l’Ukraine de l’extrader, mais Kiev n’a pas donné suite à cette requête.