Bangladesh: l’ancienne première ministre Khaleda Zia condamnée à cinq ans de prison

Des partisans du Parti nationaliste du Bangladesh ont manifesté leur mécontentement par rapport au verdict, à Dacca.
Photo: Agence France-Presse Des partisans du Parti nationaliste du Bangladesh ont manifesté leur mécontentement par rapport au verdict, à Dacca.

La justice du Bangladesh a condamné jeudi la chef de l’opposition Khaleda Zia à cinq ans de prison pour corruption, peine qui pourrait l’empêcher de défier sa rivale, la première ministre Sheikh Hasina, aux élections prévues cette année.

Première ministre à deux reprises, présidente de longue date du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), Mme Zia est poursuivie pour avoir détourné 21 millions de takas (300 000 $) d’un fonds créé pour un orphelinat. Le parquet avait requis la prison à vie.

« Étant donné que le tribunal a été en mesure de prouver les accusations contre elle, Zia a été condamnée à cinq ans de prison », a déclaré le juge Mohammad Akhteruzzaman.

Cette peine signifie que la veuve de l’ex-président Ziaur Rahman, assassiné en 1981, sera peut-être empêchée de se présenter aux élections législatives prévues pour décembre.

Présente à l’audience, Khaleda Zia a été immédiatement écrouée et devrait rester incarcérée jusqu’à ce que sa défense fasse appel.

« Ce verdict va à l’encontre de la justice et s’inscrit dans le cadre d’une vengeance politique. Nous pensons que ce verdict sera infirmé en instance supérieure », a déclaré à l’AFP Khandkar Mahbub Hossain, avocat de Mme Zia.

Violences

Par crainte de débordements des partisans du BNP, plus de 5000 policiers ont été déployés dans les rues de Dacca, où les manifestations ont été interdites. Normalement encombrée de voitures, la capitale paraissait étrangement vide jeudi matin.

À l’annonce du jugement, des violences ont éclaté dans plusieurs grandes villes du pays. Des échauffourées ont opposé membres du BNP à ceux du parti au pouvoir et à la police.

Des barrages sont apparus aux principaux points d’entrée de la mégapole pour empêcher les partisans du BNP des campagnes ainsi que ses alliés islamistes de marcher sur la capitale.

« Dacca est dans les faits coupée du monde, les gens en panique », titrait jeudi matin le quotidien bengali Prothom Alo.

Rivalité ancienne

Khaleda Zia, 72 ans, a dirigé le Bangladesh de 1991 à 1996 puis de 2001 à 2006. Elle est l’ennemie jurée de l’actuelle chef de gouvernement Sheikh Hasina, qui fut un temps son alliée. Les deux femmes se sont succédé au pouvoir.

Ce procès « est une tentative d’instrumentaliser la justice contre moi afin de m’écarter de la politique et des élections, et de m’isoler du peuple », a déclaré celle qui est sous le coup de dizaines d’autres poursuites pour corruption et violence, lors d’une conférence de presse à Dacca à la veille du verdict.

Dans la même affaire, son fils et héritier politique Tarique Rahman — qui vit en exil à Londres — ainsi que quatre de ses proches ont été condamnés à dix ans de prison.

La rivalité sanglante entre Sheikh Hasina et Khaleda Zia est le principal point de bascule de la vie politique du Bangladesh depuis un quart de siècle.

Toutes deux apparentées à des figures de l’indépendance de ce pays pauvre d’Asie du Sud, partenaires dans leur lutte contre le régime militaire dans les années 1980, elles se mènent depuis le début des années 1990 une lutte féroce, devenant première ministre tour à tour.

Le BNP avait boycotté les élections législatives de 2014, les accusant d’être truquées, mais devrait présenter des candidats cette année.

Avant la lecture du jugement, l’organisation Human Rights Watch a incité Dacca à cesser les « arrestations arbitraires et les détentions ».

« Les affirmations du gouvernement du Bangladesh de son caractère ouvert et démocratique sonnent creux alors qu’il réprime la dissidence politique », a déclaré son responsable Asie, Brad Adams.