La Grèce à l’heure de la dernière chance

Alors que l'échéance du paiement de la dette grecque se rapproche, et que le scénario d’une sortie de la zone euro est toujours évoqué, les Grecs restent profondément déchirés. Le pays en crise est aussi le lieu d’une grande effervescence politique et sociale, une occasion qu’ont saisie Gabriel Nadeau-Dubois et un groupe de Québécois pour en sentir le pouls sur place.

 

Grâce aux contacts de la diaspora grecque qui demeure à Montréal, il a pu rencontrer, ces derniers jours, des élus, des militants et des cadres du parti au pouvoir. « Je suis fasciné de voir à quel point le contexte de l’austérité a fourni une opportunité que la gauche a décidé de saisir », dit M. Nadeau-Dubois. D’abord une coalition, Syriza s’est transformée en véritable parti en 2013 avant de remporter les élections législatives de janvier dernier. « Ce fut la fin de la logique de résistance et de contre-pouvoir. Le discours s’est modernisé et rajeuni, devenant clair, accessible, pragmatique. Le parti a alors décidé d’investir réellement les sphères de pouvoir. Ça fait du bien à voir. »

 

Il décrit le pouls d’Athènes : « On sent vraiment l’effervescence politique du pays. On la voit aussi sur les affiches, les graffitis partout dans les rues. Il suffit de prendre un taxi, c’est le sujet de conversation sur toutes les lèvres. »

 

Sommet extraordinaire

 

La Grèce a fait parvenir ses propositions dimanche soir à ses créanciers afin d’éviter un défaut de paiement. Aucun détail n’a cependant été fourni sur leur contenu. Le pays doit obtenir le déboursement rapide de 7,2 milliards d’euros, promis de longue date et qui doit lui permettre de redonner 1,5 milliard d’euros au Fonds monétaire international avant le 30 juin. À quelques heures d’un sommet crucial de la zone euro qui doit avoir lieu lundi à Bruxelles, le chef de cabinet du président de la Commission européenne a qualifié ces propositions de « bonne base pour faire des progrès ». Le sort du pays est ainsi suspendu à un accord sur les économies budgétaires à réaliser et les réformes à mettre en place, et les échanges acrimonieux de la semaine dernière n’ont rien pour rassurer sur la possibilité d’une entente.

 

Quelques heures avant l’annonce de la réception des propositions de la Grèce, plus de 7000 personnes s’étaient réunies sur la place Syntagma au centre-ville d’Athènes, où Le Devoir a joint le jeune militant. C’est le principal syndicat progressiste du pays et Syriza, le premier parti du Parlement grec, qui avaient lancé l’appel à manifester leur appui en insistant sur le fait que « la dignité n’est pas négociable ». La manifestation avait lieu jusque sur les marches du parlement grec, dont les barrières ont été retirées après l’élection de Syriza, rapporte M. Nadeau-Dubois, étonné de la quasi-absence des policiers.

 

Partir ou rester

 

Les Grecs ne forment évidemment pas un bloc monolithique devant les tourments du pays. « Au sein même du parti d’Alexis Tsipras, on sent le paradoxe entre l’attachement aux valeurs que devrait représenter l’Europe et leur ras-le-bol de la dictature de Berlin. »

 

Malgré l’escalade verbale entre la Grèce et ses créanciers, le parti d’Alexis Tsipras reste populaire. « Des électeurs de tous les horizons politiques, gauche ou droite, se sont entendus pour durcir le ton face aux créanciers », observe-t-il. S’il devait y avoir une élection demain, les intentions de vote pour Syriza seraient à 47,5 %, soit davantage que lors des dernières élections (36 %), selon le sondage de samedi dernier réalisé par la firme Public Issue.

 

« Force est de constater qu’une portion significative des Grecs se reconnaît dans le ton combatif de Syriza », souligne avec plaisir M. Nadeau-Dubois. Cet appui populaire est directement fonction des politiques d’austérité selon lui. « S’ils en sont là, c’est que ce peuple souffre depuis plusieurs années. Une jeune militante de Syriza me racontait hier [samedi] soir l’histoire d’une mère de 68 ans qui s’est jetée du balcon de son appartement avec son fils. Le désespoir est palpable, et c’est pourquoi les gens ont décidé de se battre », relate Gabriel Nadeau-Dubois.

 

Lundi, les ministres des Finances de la zone euro, puis les dirigeants des 19 se réuniront à Bruxelles pour éviter au pays ce scénario catastrophe. Avant cela, un autre rendez-vous attend le premier ministre grec, Alexis Tsipras : il doit rencontrer à 11 h (9 h GMT) le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, le président de la BCE, Mario Draghi, et le patron de la zone euro, Jeroen Dijsselbloem.

Un tweet encourageant

Quelques heures dimanche après la présentation par Athènes de nouvelles propositions, ses créanciers ont salué une «bonne base». «Nouvelle proposition grecque reçue par M. Juncker, Mme Lagarde et la Banque centrale européenne. Bonne base pour faire des progrès au sommet de la zone euro», a indiqué dans la nuit de dimanche à lundi Martin Selmayr, le chef de cabinet du président de la Commission, sur son compte Twitter. En allemand, il a évoqué un processus qui s’est fait «aux forceps», alors que les propositions grecques étaient attendues dans l’après-midi de lundi par les créanciers. Aucun détail n’a été fourni sur le contenu de ces propositions. En Asie, avant la série de réunions de première importance en Europe sur la crise financière grecque, les marchés ont réagi positivement lundi en matinée. «Le fait qu’il y a de nouvelles propositions sur la table est vu favorablement», a déclaré à Bloomberg News Shoji Hirakawa, stratégiste en chef chez Okasan Securities Co à Tokyo.
 
Agence France-Presse
  • Yves Petit - Inscrit 22 juin 2015 05 h 29

    Où sont les milliardaires grecs?

    Et dire qu'il s'agirait que quelques milliardaires grecs se délestent de leurs milliards excédentaires pour aider leur pays. Ces Grecs qui se sont enrichis avec les privatisations des entreprises d'état, privatisations qui n'ont pas rapporté l'argent escompté par l'état.

    Bien sûr ces milliardaires grecs de Grèce et de la diaspora ne le feront pas puisqu'il n'y a pas plus radin que quelqu'un qui est assis sur sa montagne de fric. Dommage!

    • Cyr Guillaume - Inscrit 22 juin 2015 08 h 03

      Vous avez bien raison, c'est toujours comme cela hélas! Deux poids, deux mesures, et vive les paradis fiscaux un coup parti!

    • Hélène Paulette - Abonnée 22 juin 2015 08 h 34

      Et que dire de nos milliardaires?

    • Claude Gélinas - Abonné 22 juin 2015 10 h 30

      Tant d'armateurs comme Aristote Onassis ont fait fortune sans verser une part de leurs avoirs à l'État et que dire du malade endémique de l'évasion fiscale et du travail au noir qui en font de la Grèce un pays sans revenus insuffisants pour gérer les affaires de l'État.

      Cette constatation étant faite il faut permettre à la Grèce de réformer progressivent son Ministère du revenu en l'accompagnant dans le changement. En revanche, que le pouvoir financier impose sa Loi les Grecs ont toutes les raisons de se révolter. Car l'austérité cause d'inflation entraîne des dommages collatéraux considérables.

  • Catherine Paquet - Abonnée 22 juin 2015 06 h 25

    So, so, so, solidarité.

    Les négociations sont ardues. Surtout quand les tentations d»'en tirer des avantages politiques s'en mêlent. Mais, les Européens ne laisseront pas tomber leurs concitoyens grecques.

    Il n'y a pas de meilleurs moments que ceux durant lesquels la catastrophe est sérieusement envisageable pour comprendre la valeur d'une véritable solidarité. Sans confirmation, dans les faits, de cette valeur fondamentale, l'Union européenne propagerait le doute sur les motivations profondes de ses membres et en arriverait ultimement à perdre son âme.

  • Cyr Guillaume - Inscrit 22 juin 2015 08 h 05

    Que l'UE disparaisse donc une bonne fois pour toute

    Que l'UE se disloque et disparaisse donc une bonne fois pour toute, c'est structure ne profite qu'aux oligarques, plutocrates, banquiers, et aux américains qui se cachent derrière. Quand chacun avait sa monnaie, tout allait merveilleusement bien, qu'on y revienne donc. De plus le fait que ce sois un non-élu qui dirige depuis Bruxelle une partie de la souveraineté de tout ces pays, est un non-sens sans noms.

    • Catherine Paquet - Abonnée 22 juin 2015 10 h 01

      M. Guillaume,
      Je ne sais pas ce que vous souhaitez, mais si vous retourniez un peu dans l'histoire de l'Europe et que vous songiez aux conflits qui l'ont meurtries èt à ses années tragiques, vous souhaiteriez sans doute autre chose à nos amis européens.