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La grande séduction

Diane Précourt   19 septembre 2009  Voyage
La station La Clusaz, dans le massif des Aravis, un village de 2000 habitants permanents qui s’étend au gré des vallonnements alpins et qui se gonfle pendant les hautes saisons touristiques.
La station La Clusaz, dans le massif des Aravis, un village de 2000 habitants permanents qui s’étend au gré des vallonnements alpins et qui se gonfle pendant les hautes saisons touristiques.
Abondante et généreuse. Cette région en a pour tout le monde. De montagnes en plateaux, de pics rocheux en pâtés de conifères, de cols en gorges qui regorgent de paysages à vous donner le tournis, d'artisanat en gastronomie, la Savoie-Mont-Blanc, dans le ventre des Alpes françaises, sait montrer patte blanche pour séduire les visiteurs. Pourtant, ses atouts se font encore bien trop discrets auprès des Québécois. À grand tort.

Savoie-Mont-Blanc — Il y a bien eu les Jeux olympiques d'Albertville qui avaient fait émerger ce village perdu sur la carte du globe; il y a bien la tomme, ce fromage importé chez nous depuis des lunes; il y a bien quelques domaines skiables aux noms qui font écho ici, tels Avoriaz ou Chamonix.

N'empêche que la Savoie-Mont-Blanc, à l'ombre de ses alpages, tombe un peu dans l'oubli au moment des décisions de voyage des Québécois. Et ce n'est certainement pas par manque d'attraits, à commencer par ses stations d'hiver qui se transforment l'été venu en un véritable eldorado familial. Une accréditation «Famille Plus», dit-on là-bas, avec une centaine de critères auxquels se soumettre.

La Clusaz

Prenons La Clusaz, ce village de 2000 habitants permanents qui s'étend au gré des vallonnements alpins et qui se gonfle pendant les hautes saisons touristiques: il trône à une heure de route de Genève, trois de Londres, quatre de Paris et une et demie de Lyon. D'un bled d'agriculteurs avec ses vaches, ses moutons et son reblochon, la station a pris son essor dans les années 60 grâce à quelques-uns des enfants du pays devenus champions de ski.

Un petit musée sans prétention mais instructif présente d'ailleurs l'histoire de ce sport en ces lieux, avec ses artisans de l'époque, les Guy Périllat, Edgar Grospiron, Régine Cavagnoud et Vincent Vittoz, en plus de nombreuses reliques de remontées, de vêtements et d'accessoires de ski. Selon le directeur Dominique Thovex, «le tourisme a véritablement commencé en 1902 alors que les visiteurs estivaux venaient se balader en montagne, notamment au col des Aravis, pour la belle vue sur le mont Blanc. Il n'y avait alors que deux hôtels...»

Toutes les activités imaginables y sont offertes, en toutes saisons, pour tous, les petits comme les grands: vélo de montagne (ce que les Français appellent VTT, pour «vélo tout-terrain»), randonnée dans des sentiers balisés, natation avec les Alpes en toile de fond, via ferrata, kayak, golf 9-trous, ski alpin et nordique, raquette... Au détour de l'une de ces excursions pédestres, on achètera sa meule de reblochon fermier — par opposition au fromage de coopérative —, fabriqué à partir du lait de vaches en alpage: tout simplement divin. Quant à la place de l'église, au centre du village, elle se fait scène d'animation à la tombée du jour. Et les enfants en redemandent.

Mais voilà, il semble que l'air montagneux n'ait plus la cote dans l'imaginaire collectif, déplorent les responsables touristiques locaux. Victime d'une certaine réputation qui l'associe à l'effort, à une météo capricieuse et à un code vestimentaire imposant plutôt qu'au farniente et aux tenues légères de la plage, la montagne accouche d'une souris quand vient le temps de penser aux vacances. En fait, elle arriverait en quatrième position sur l'échelle Richter du voyage, après la mer, la campagne, et même la ville. Oh! les mordus, eux, répondront toujours présent, mais voyez-vous, c'est le tourisme dit ludique et familial qu'on s'arrache dans les stations.

Châtel

Par la Route des Grandes Alpes, étroite à regret et sinueuse à souhait — où les magnifiques paysages le disputent à la concentration du chauffeur! —, on peut se rendre dans la vallée d'Abondance, où les Portes du Soleil réunissent cinq stations sillonnant tantôt la France, tantôt la Suisse. Parmi elles, Châtel, jumelée à Mont-Tremblant depuis plus de 20 ans, étale ses charmes de petit village qui s'étend à n'en plus finir.

Nous sommes à deux kilomètres de la Suisse: marcheurs et cyclistes y accèdent facilement par les crètes. Ainsi, sur les 850 kilomètres de sentiers de randonnée des Portes du Soleil, on prendra le téléphérique en France, on ira déjeuner en Suisse, on sirotera l'apéro de retour dans l'Hexagne puis on se baladera de nouveau en contrée helvète, à pied ou en VTT... L'hiver, les skieurs passent d'un pays à l'autre chaussures aux pieds.

C'est là, et uniquement là, dans cette région d'Abondance (c'est le nom du village central), qu'on sert le berthoud, un plat typiquement local préparé avec du fromage d'abondance, du vin blanc, des pommes de terre, des charcuteries en abondance ici, et préférablement une salade verte pour alléger le tout. Au col de Bassachaux, en un sommet alpin, on y déguste le meilleur du coin: au coucher du soleil, qui vous donne un panorama imprenable, puis à la chandelle pour la finale. La «route» pour s'y rendre? Mieux vaut avoir un bon chauffeur, et à jeun!

Des vaches qui clochent

La région de Savoie-Mont-Blanc grouille et grenouille de partout. Ses sympathiques vaches qui clochent et clochent toujours créent une ambiance toute singulière au milieu de tableaux alpins... Ça, c'est quand les vaches-aux-cloches ne se font pas concurrencer par les motos, nombreuses sur ces routes à la conduite sportive très prisée des motards, une conduite qui est en effet tout sauf monotone.

Un fléau, disent certains, lorsqu'il s'agit des plus bruyants de ces engins. Un mal nécessaire, rétorquent les autres: ces touristes forment une importante clientèle. Il y a même des endroits où des étapes-motos, des aires avec point de vue et des espaces de stationnement leur sont réservés. Pour le silence parfait, on ira au barrage de Roselend, dans la région du Beaufortain, une impressionnante installation de 800 mètres de long sur 150 de haut.

Nous sommes en cette région entourés de villages et de hameaux savoyards tous plus coquets les uns que les autres: Flumet, Megève, Chambéry, cité d'art et d'histoire, Bourget, le plus grand lac naturel de France... Et Aix-les-Bains avec ses thermes dans un bâtiment Art Déco, son hôtel Astoria de style Belle Époque à l'«atrium sous verrière» — une place vide au centre et des chambres autour —, ses oeuvres d'art sur les murs du parking du casino... Ce casino où un orgue hydraulique lance des jets d'eau rythmés sur la musique. C'est à Aix que la bourgeoisie avait l'habitude de se retrouver jadis, mais les ententes avec la Sécurité sociale sur l'aspect thérapeutique des soins eurent pour effet de chasser les curistes qui y venaient pour le plaisir.

Puis il faut voir Annecy, cette ville-coup-de-coeur qui longe le lac éponyme, avec sa plage en plein centre, ses boutiques et restos où se décharger aisément de quelques euros, ses nombreux voiliers à l'horizon et ses montagnes comme toile de fond.

Voilà bien un pays où les gens ont depuis longtemps dompté la montagne de toutes les façons possible, où les moindres parcelles d'alpages, voire les plus reculées, sont habitées, même sommairement. L'architecture typique y présente de larges avant-couvertures, des balcons parfois ciselés, des mazots — petites maisons «de poupée» dans lesquelles on protégeait ses graines, ses préciosités et ses trésors.

Voilà bien un pays qui a trouvé Savoie.

En vrac

- L'air de la montagne peut être chaud le jour mais plus ou moins frais au crépuscule.

- Vu l'abondance et la beauté des paysages savoyards, on regrettera de sillonner cette région sans jumelles...

-À Aix-les-Bains, Le Manoir, un hôtel de charme, porte bien son nom: poutres, boiseries, pierres, marbre et céramique sont toujours une formule gagnante.

- Les diots (saucisses au vin blanc), la tartiflette, la raclette et le berthoud vous en mettront plein la panse. Et plein les yeux.

- Comme les randonneurs sur tous tles ypes de sentiers, les cyclistes sont nombreux sur tous les types de routes: des panneaux officiels incitent même les automobilistes à respecter une distance de 1,5 mètre pour les dépasser.

-L'hôtel-spa Les Fermes de Marie, à Megève, a été construit à partir de matériaux d'anciennes fermes, par les proprios de l'hôtel Mont-Blanc, où le restaurant Les Enfants terribles, inspiré du film tiré du roman de Jean Cocteau, exhibe une grande fresque originale du créateur.

-En pays alpin, la conduite automobile requiert une attention soutenue, surtout de la part de non-initiés, et il faut parfois prévoir le double du temps nécessaire sur le plat pour se déplacer. À l'un de ces tournants particulièrement étroits, à flanc de montagne, nous avons pu voir l'extrême dextérité à l'oeuvre: un camionneur, pour pouvoir en rencontrer un autre, a dû carrément s'immobiliser, évaluer l'écart à sa gauche et le précipice à sa droite... puis rétracter son long rétroviseur afin de maximiser l'espace et ainsi permettre à son vis-à-vis de poursuivre son chemin!

-Sur l'autoroute, la limite de vitesse est de 130 km/h, ou 110 km/h par temps pluvieux. Et sur les différents types de routes — départementales, nationales —, elle peut changer très rapidement. À surveiller.

-Un car emmène les vacanciers gratuitement aux stations La Clusaz et Châtel depuis les aéroports de Genève, Lyon et Annecy.

-Pendant le Tour de France, nous étions au Grand Bornand, l'un des villages-étapes. Des camping-cars sont stationnés le long du circuit bien des jours à l'avance. Il faut voir l'ambiance festive et l'organisation monstre de cet événement si cher aux Français, pour vivre les quelques secondes de gloire des vainqueurs. Aussi, jamais vu tant de vélos, et pas que des champions! Dès que les premiers cyclistes franchissent la ligne d'arrivée, la route de l'étape se transforme en véritable pagaille de piétons, voitures, motos et bicyclettes, que les gendarmes peinent à contenir si ce n'est en faisant de nombreux pin-pon. On a même vu quelques automobilistes un peu hardis klaxonner des poussettes de bébés pour libérer le passage!

-Pour toutes les activités proposées en montagne, il est de première importance de bien s'informer — et de respecter — son niveau de compétence. Si elle a beaucoup à offrir, la montagne reste la montagne et un incident est si vite arrivé.

-À Chamonix, un petit train vous emmène en 20 minutes vers la Mer de glace, à 871 mètres de dénivelée, d'où on peut admirer le paysage mais également emprunter des sentiers de randonnée. Aussi en 20 minutes, on aura accès en télécabine au site de l'Aiguille du Midi, à 3842 mètres d'altitude, d'où le panorama à 360 degrés révèle les sommets du Massif du Mont-Blanc.

-Il sont fous, ces Châtellans! Leur Fantasticâble est unique au monde. Il s'agit d'un câble de télésiège — pouvant supporter cinq tonnes de poids —, auquel sont sanglés les intrépides qui jouent aux oiseaux en glissant d'un pic à l'autre de la montagne, survolant le hameau de Plaine Dranse, à 100 km/h et à 240 mètres d'altitude. Un vrai spectacle de les voir arriver, en position à plat-ventre, lorsqu'un bon coup d'arrêt est donné pour stopper l'envolée. Cette activité s'adresse aux personnes dont le poids est compris entre 35 et 120 kilos; à déconseiller aux coeurs sensibles et aux gens aux prises avec des vertiges ou des maux de dos.

-Vol direct d'Air Canada. Appareil avec cubicules en classe affaires (voir notes)

-Renseignements: Atout France, Savoie-Mont Blanc






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