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De sable et d'eaux dans le New Hampshire

Lio Kiefer   4 juillet 2009  Voyage
Quand on descend du Québec vers le New Hampshire, on se trouve coincé entre un Vermont résolument vert et un Maine résolument maritime. Le New Hamsphire, c'est un peu tout cela, mais pas résolument...

Le petit train crachait en montant tous les morceaux de charbon qu'il pouvait vomir, plus la pente était raide. Vous allez dire qu'entre cracher et vomir, ce n'est pas la panacée du beau voyage, mais quand il s'agit de charbon, rien n'est vraiment comestible.

Dans le compartiment qui sert d'observatoire à cailloux, on a fermé les fenêtres pour éviter que la fumée ne s'infiltre à l'intérieur.

C'est vrai que de voir tousser souvent une guide dans l'exercice de ses fonctions peut paraître terrible, horrible. Mais Sally tousse depuis qu'elle a huit ans, bien avant qu'elle soit guide de montée et de redescente du train du mont Washington. Un dérivé de l'asthme perdu en gorge un jour de printemps. Le visage noirci par le charbon comme si elle venait de remplir les cuves de la locomotive.

Après la montée d'une heure, on se retrouve face à une mégaboutique qui fait des hot-dogs en tous genres, des sandwichs en un genre (poulet) et des boissons qui vont de la bière sans génie au Pepsi, en oubliant le Coke. C'est toujours amusant d'observer ces minimonopoles dans les hauteurs.

On imagine le représentant de Pepsi en train d'harmoniser tous les attraits de sa marque pour exister en haut du mont Washington, avec Sally qui sirote sa boisson le long de sa paille.

Au sommet du mont Washington, il y avait des centaines de motards à l'allure pas très sympathique qui scrutaient des cartes routières, crachaient un peu après chaque cigarette et lorgnaient le ciel comme Johanne Blouin avant sa chronique.

Mais pourquoi plusieurs motards et leurs blondes sont-ils habillés et surtout casqués comme des surnuméraires du IIIe Reich, le regard méchant, la bouche avec un lion à la place du bec et une sorte de démarche qui appelle à la frappe plutôt qu'à la tendresse?

Le mont Washington étant bouclé, il ne reste plus qu'à pousser plus loin. On y rencontre des gorges pas très profondes et des landes qui n'ont rien de très sublime à remarquer. On nous dit que c'est du côté de Manchester qu'on peut trouver du francophone de je ne sais quelle génération.

Mais c'est plutôt du côté de Berlin. Pourquoi? Les quidams descendaient et flirtaient avec la filature du côté du Rhode Island et du Maine et les hommes forts, ainsi que les bûcherons de première coupe, descendaient dans le New Hampshire et du côté de Berlin. Assez loin pour oublier la misère, assez près pour se sentir proches de leurs racines. Aujourd'hui, vous pouvez crier fort «Parlez vous le french?» et l'écho sera très faible.

Les villages sont charmants toutefois, avec des antiquaires qui ne font pas porte ouverte toute la journée. Il suffit de téléphoner au numéro apposé dans la vitrine pour voir répliquer le proprio qui va vous faire un bargain sur la cage d'oiseaux estimée attribuée à 1930.

Il y a aussi les routes, dont l'une abrite un pont couvert qui a été dévié et transformé en boîte à souvenirs, et également des lieux autour de Berlin qui ont pour noms Israel River et Shalom Road. J'ai cherché pendant des heures Gaza Crescent et Beyrouth Road, je n'ai rien trouvé. Mais c'est vrai que les gens sur ces routes sont très ouverts à l'étranger. On les voit sourire sans retenue dans des parcs comme celui du père Noël ou celui du cow-boy, des parcs miniatures sans aucun intérêt.

Des sourires également rencontrés dans des lodges à louer tout en bois massif, et des restos qui font aussi bien dans l'imitation de croissant que dans le simili-saucisson.

On descend vers un bout de mer, une bande qui s'étend comme de Québec à Trois-Rivières. Quelques bouts de sable et de galets qui vont de Portsmouth à Newburyport. Cette route révèle un cimetière de haute intensité comme ceux de la Louisiane ou de la Californie. Des tombes qui regardent la mer. Ensuite, la route longe la mer comme dans les romans d'enfants. Un lac avec des nénuphars qui se surmontent de cotons, et un cygne... sorti de nulle part et qui s'offre aux enfants en dansant des ailes.

Puis on arrive à la plage de Hampton, véritable autoroute de sable où viennent se fréquenter familles, célibataires, machos au maillot trop long et jeunes sylphides au maillot trop court.

Sur le trottoir qui longe le sable, on trouve des dizaines d'arcades, des magasins de shorts et T-shirts de très mauvais goût, ainsi que des restos de goûts divers.

À Portsmouth, il y a quelques restos qui font dans les fruits de mer et qui sont convenables. Il existe également un resto qui se nomme Flatbread Company et qui fait dans la pizza écolo... Le lieu est comme une ancienne usine d'où émerge un four géant et où les pizzas jouent au chat et à la souris. Le service se veut bon-enfant et on a l'impression de se connaître depuis des lustres.

Sur la route de la mer, les restos revendiquent du homard à l'année, avec crevettes, pétoncles, palourdes, le tout au goût de bouilli.

Et c'est ainsi qu'en remontant vers le Québec, on croisera le lac Winnepessaukee, avec également des lodges. Évitez les hôtels qui se sont distillé beaucoup d'étoiles et qui sont très chers par rapport aux produits présentés en retrait de l'eau vive.

Une majorité de quidams se réclament de la majorité Obama sortie de leurs urnes et pourtant, on a souvent l'impression de traverser un État qui vit encore dans l'étroitesse de son histoire et de ses combats contre les opprimés, les sans-grade, les autres.

En repassant par Manchester, un corbeau était dressé sur un drapeau américain. Il volait vers un lac, se tenait au bord, revenait sur le drapeau, revenait au lac, faisait semblant de se baigner et criait comme un corbeau sait le faire... C'était comme une idée de l'Amérique.

***

Collaborateur du Devoir






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