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Le géant de l'île Verte en fête

Claude Morin   27 juin 2009  Voyage
Le site du phare de l’île Verte.
Le site du phare de l’île Verte.
L'année 2009 se démarque par trois anniversaires significatifs de l'histoire de la navigation sur le Saint-Laurent. Il y a 200 ans, en 1809, une toute première tour était érigée à la pointe nord-est de l'île Verte pour aider les navigateurs à éviter les nombreux écueils du fleuve. Vingt ans plus tard, la construction d'un second phare s'amorçait à Pointe-des-Monts, sur la Côte-Nord, pour guider les navires à l'entrée du golfe, tandis qu'il y a 100 ans, le phare de Pointe-au-Père devenait un point de référence essentiel de l'estuaire bas-laurentien.

Diverses activités se dérouleront cet été pour souligner le 200e anniversaire du phare de l'île Verte, dont le lancement du livre L'île Verte, le fleuve, une île et son phare (Éditions GID), un ouvrage collectif sous la direction de Lise Cyr et Jean-Claude Tardif.

L'un des coauteurs, Charles Lindsay, est descendant de la famille Lindsay dont quatre générations consécutives ont agi comme gardiennes du phare, pour un record de 137 ans d'aide à la navigation, soit de 1827 à 1964. Charles a lui-même été assistant-gardien de son père Freddy, de 1958 à 1960.

Il se remémore quelques beaux souvenirs de son enfance vécue en milieu insulaire. «Mon père était issu d'une famille de onze, la maison était donc conçue pour une grande descendance, ce qui était la norme à l'époque. Nous autres, nous étions une famille de deux enfants, plus l'assistant-gardien. Toute la parenté le savait: l'endroit était particulièrement plaisant pour les vacances estivales et surtout, il y avait de la place... Ils restaient donc chez nous une semaine ou deux, dans la maison adjacente au phare. Du côté de ma mère, la famille Dubé demeurait à l'Isle Verte, terre ferme; ils étaient quinze et ils aimaient aussi nous rendre visite.»

Charles, un enseignant retraité du Cégep de Rimouski, a partagé son enfance avec son frère Jocelyn, professeur à l'École de service social de l'Université Laval.

Dès leur jeune âge, ils ont vécu au rythme de la vie du phare, participé aux quarts de veille de nuit, allumé la lanterne et mis en marche la sirène à air comprimé lorsque la brume envahissait les eaux froides du Saint-Laurent.

À deux, comme les enfants de leur âge, ils ont aussi été en mesure de pratiquer leurs sports favoris: le hockey et le baseball. Charles a d'ailleurs été couronné champion de l'émission Tous pour un sur le thème du baseball à la télévision de Radio-Canada, en 1965. Ses premières sources d'information: La Presse et L'Action catholique, grâce à l'abonnement de son père à ces deux quotidiens qui parvenaient à l'île par la poste.

L'isolement a certes favorisé le goût de la lecture chez les deux enfants Lindsay. «Il y avait les bandes dessinées des journaux que je suivais religieusement et je recevais des livres de mes cousins et cousines plus âgés que moi. Donc, j'ai su lire à quatre ans et demi et j'ai commencé l'école à huit ans», dit-il.

Sauver du bois

Outre le rythme de la vie quotidienne lié aux obligations de l'entretien et du fonctionnement du phare, il y avait aussi tout le travail de terrain pour assurer le bon état du chemin d'accès, la propreté des lieux, la subsistance de la famille ainsi que le chauffage des bâtiments, sans oublier le poêle à bois pour faire la cuisine. «Le bois de chauffage, c'était le bois de grève. Par temps perdu, on l'empilait dans une cour à l'est du phare et mon père en faisait le tri. Il séparait une bonne planche apportée par la marée et la réservait pour de futurs travaux de réparation ou de construction. Vous savez, on ne disait pas "ramasser du bois" mais plutôt "sauver du bois"», explique Charles Lindsay.

Jocelyn Lindsay est président du Comité du 200e anniversaire du phare de l'île Verte. Dans l'ouvrage collectif lancé samedi dernier, il répond à la question: pourquoi donc fêter le 200e anniversaire de ce phare? «En soi, c'est une longévité plus que respectable et qui mérite d'être mentionnée pour le plus ancien phare du Québec. Aussi, il est encore possible, pour un temps forcément limité, de profiter des témoignages des personnes dont la vie a été associée à la garde des phares, cette époque s'étant terminée dans les années 1970.»

Le registre des Lindsay

En 2007, Jean-Claude Tardif, dont l'un des ancêtres a vécu sur l'île et lui-même résidant saisonnier de l'île Verte, a publié Le Grand Livre d'or des Lindsay (Éditions GID) dans lequel on retrouve des extraits et des signatures inscrits dans les registres du phare.

L'idée originale remonte à 1936, alors que Laurence Dubé-Lindsay, la mère de Charles et de Jocelyn, eut la brillante idée de demander aux visiteurs de noter quelques mots dans son grand cahier, jusqu'au départ de la famille en 1964.

On y retrouve de magnifiques passages, comme ces observations du cousin biologiste et médecin Georges Préfontaine: «Novembre nous a donné la luminosité prodigieuse des jours, projetée sur les îles grises du large, sur le bleu clair des montagnes du nord, déjà blanchies ici et là par les premières neiges. Adieu, cher asile, toujours prodigue de paix, de bonheur, de beauté!»






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