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Le fier Valais

Carolyne Parent   27 juin 2009  Voyage
Au val d’Anniviers, à 1500 mètres d’altitude, Grimentz est un hameau tourné vers le ciel.
Au val d’Anniviers, à 1500 mètres d’altitude, Grimentz est un hameau tourné vers le ciel.
La Suisse n'est pas que verte, propre et riche. Elle est aussi orgueilleuse de ses traditions. Surtout en Valais. Petite immersion au pays de la fierté.

Sion, Valais — Ce n'est pas d'hier que ce canton agricole du sud de la Suisse, voit défiler les touristes étrangers. En route vers l'Italie dans le cadre du Grand Tour d'Europe destiné à parfaire leur éducation, de jeunes aristocrates anglais transitaient déjà par les cols alpins du Valais. «Mais ils voyageaient "sans paysage", c'est-à-dire qu'ils se rendaient d'un point à un autre à bord d'une diligence aux rideaux tirés», note Ginette Rapalli, guide à Sion.

Pardon? Sillonner le pays valaisan sans n'en rien voir? Mais... Das ist eine kolossal aberration! Imaginez: le Valais est une vallée que le glacier du Rhône a pétrie il y a des zillions d'années. Prise en étau entre les Alpes, elle est regardée de haut par une cinquantaine de sommets de plus de 4000 mètres. Fiefs des agriculteurs, ses vallées latérales sont constellées de hameaux dignes de Heidi.

Et c'est sans compter la mer de vignes qui déboule abruptement les coteaux de la rive droite du Rhône. «Avec ses vergers et ses vignobles, le Valais est la Californie de la Suisse», lance Pascal Charlet, de Sion Région Tourisme. Aussi, prière de faire ajuster vos lunettes avant de partir...

Sion, la plus vieille cité du pays, est la capitale du canton; Sierre, sa seconde ville en importance avec la moitié moins d'habitants (15 000). Surnommée «la frontière rösti» (en référence au plat typique de la Suisse alémanique), cette dernière délimite le Haut-Valais germanophone du Bas-Valais où vivent les deux tiers des Valaisans, des francophones très, très catholiques. D'ailleurs, vous auriez dû voir la ferveur qui animait les habitants d'Évolène, un des hameaux d'altitude du val d'Hérens, le 21 mai dernier, lors de l'Ascension: l'église débordait de fidèles qui se répandaient bien au-delà de son parvis. Pour l'occasion, plusieurs d'entre eux portaient avec fierté le costume traditionnel cantonal.

Elle est perceptible partout, ici, la fierté: celle des traditions paysannes, celle du terroir. «La nature est notre carte de visite, dit Alain Zappellaz, propriétaire de L'Arche des Crétillons, une ferme agrotouristique haut perchée dans la commune de Chalais. Comme nous en sommes fiers, nous respectons les mesures mises en place pour la protéger. Pour un agriculteur comme moi, cela signifie respecter une certaine hauteur de clôtures et réduire le balisage au minimum.»

En broutant, ses vaches, chèvres et moutons font aussi leur part: ils maintiennent la beauté du paysage! Oui, il a de quoi être fier, cet ingénieur agronome de 28 ans qui n'est même pas fils de fermier: alors que les jeunes Suisses délaissent la terre, il a su tirer son épingle du jeu en créant cette Arche où on peut déguster tommes, saucisses sèches et autres produits issus de la ferme, et même dormir sur la paille si ça nous chante!

En passant, cette diversification des activités des agriculteurs — agrotourisme l'été, emploi dans les stations de ski l'hiver— a pour résultat que si les villages alpins n'ont rien de Val-Jalbert, s'ils sont vivants, c'est que la population peut y gagner sa vie. Dans la vallée, aux alentours de Sierre, on travaille plutôt pour Alcan Valais, filiale du groupe Rio Tinto Alcan, et Novelis.

Ah, la vache !

Pour Marius Pannatier, résidant d'Évolène, agriculteur l'été et menuisier l'hiver, c'est la vache de la race d'Hérens qui fait la fierté du canton. Noire, cornue, trapue, elle est moins généreuse en lait qu'une Holstein mais donne une excellente viande, et, qui plus est, elle fait preuve de caractère. En fait, elle en a tellement que les éleveurs ont créé les «combats des Reines», pacifiques, qui ont cours en Valais depuis les années 1920. Pour décrocher le titre convoité et assurer le renom de son propriétaire, la bête doit dominer une quinzaine de ses congénères réunies dans une arène ou en alpages. «Cette année, le combat a eu lieu à l'étranger, au val d'Anniviers [la porte d'à côté!] devant 12 000 personnes, dit M. Pannatier. Et, oui, ça fait plaisir quand mes vaches gagnent, surtout que c'est pur: il n'y a pas de pari, pas d'argent.»

À Évolène, on peut aussi admirer des constructions typiquement valaisannes: hauts chalets en mélèze, au coin-cuisine en pierre, et raccards, des greniers sur pilotis — pour décourager les rongeurs — où on entreposait jadis le grain mais aussi ses possessions les plus précieuses. «Aujourd'hui, les chalets sont construits en dur et couverts de bois, dit la guide Sarah Pralong. Mais l'intérieur des chalets d'autrefois ressemble à celui des mayens, encore en usage.»

Un mayen, c'est à la fois un pâturage alpin de moyenne altitude où on mène les vaches, l'été, en attendant la fonte de la neige aux niveaux supérieurs de la montagne, et les habitations sommaires où vivent les vachers dans ce même pâturage. Un mode de vie en soi, la montée à l'alpage? Oui, Madame!

Au val d'Anniviers, à 1500 mètres d'altitude, Grimentz est un autre hameau tourné vers le ciel. Et ici, c'est du vin du glacier dont on est fier. Jean Vouardoux, un villageois, nous entraîne dans la cave de la Maison de la bourgeoisie (la mairie, en quelque sorte) pour y goûter. Ici, «bourgeoisie» ne réfère pas à la classe sociale mais plutôt à la citoyenneté: «On est bourgeois parce qu'on vient d'un bourg qui définit notre origine, notre identité», explique le patriarche.

Quasi mythique, le vin du glacier est produit à Sierre puis monté en juin à Grimentz. Il s'agit d'un assemblage de millésimes, le plus vieux datant de 1886. Bref, on remplit les tonneaux de mélèze de nouveaux crus depuis près de 125 ans et... que sera sera!

Selon Anne-Dominique Zufferey, directrice du Musée valaisan de la vigne et du vin, «le vin du glacier a une valeur oenologique pour ceux qui connaissent les vins de type oxydatif comme le madère et le xérès». Sans doute, mais c'est aussi une curiosité à haute valeur touristique!

Quels bons vins vous amènent?

Le Valais est la région viticole la plus importante de la Suisse: 40 % des vins du pays proviennent de ses 5200 hectares de vignes, dont le cinquième est situé dans des zones en forte pente. (Pour ces vignes-là, certaines grandes maisons ont recours à des hélicoptères pour transporter leurs raisins au temps des vendanges) Ses nombreux cépages autochtones et traditionnels en font aussi une aire viticole unique au monde et une autre source de fierté.

Pour l'explorer, plusieurs options s'offrent à nous. À Sion, par exemple, on peut se promener sur les sentiers qui longent les bisses, ces anciens canaux d'irrigation. L'un des plus beaux, le bisse de Clavau, semble suspendu au-dessus de la vallée tel un balcon. Soutenues par des murets en pierres sèches, les vignes s'étagent à perte de vue à flanc de coteaux. Au vignoble Bonvin — il porte bien son nom! —, l'ancienne guérite de repos des ouvriers a été convertie en restaurant et on peut y savourer fromages et viandes séchées arrosés d'une petite arvine, d'un johannisberg ou d'un fendant de la maison.

Une autre belle option est le Musée valaisan de la vigne et du vin. Il comprend trois sites: la maison Zumofen à Salgesch, qui traite du travail de la vigne; le château de Villa, à Sierre, qui se concentre sur la vinification (présentement fermé pour rénovation, il rouvrira en septembre prochain); et, reliant ces deux pôles, le sentier viticole de six kilomètres. Il se parcourt à pied à travers les vignobles et il est jalonné de panneaux décrivant les caractéristiques du terroir, les cépages, l'écosystème viticole. C'est vraiment chouette comme promenade, surtout quand on la termine à la terrasse de l'oenothèque du château ou autour d'une raclette en son restaurant!

«Traditionnellement, la culture de la vigne en Valais visait à satisfaire la consommation personnelle des vignerons, souligne Mme Zufferey. Elle avait une valeur sociale importante: on accueillait ses amis avec un verre. Puis, chacun des villages a eu envie de montrer son identité et il y a eu un véritable florissement de la viticulture.»

Attachement à son identité, à sa terre, à son mode de vie. Décidément, c'est le leitmotiv de ce fier Valais.

En vrac

*Y aller: avec Swiss qui, bon an, mal an, se distingue pour la qualité de son service. Encore récemment, dans le cadre d'un sondage mené par Skytrax auprès de 15,4 millions de passagers, le transporteur récoltait le titre de «Meilleure compagnie aérienne européenne», court et long-courrier. Au départ de Montréal, Swiss offre un vol par jour sur Zurich, toute l'année. www.swiss.com.

*Se déplacer à destination: facile avec la Swiss Pass, qui donne accès à tous les moyens de locomotion du pays (trains, funiculaires, bus, trams et certains bateaux), ainsi qu'à 450 musées. On reconnaît bien là l'efficacité helvétique! On se procure ce titre de transport à www.raileurope.ca.

*Se balader en montagne: au Val d'Hérens (www.sion-region.ch) comme au Val d'Anniviers (www.sierre-anniviers.ch), de la mi-juin à la mi-octobre, des forfaits de randonnée d'une durée de six jours sont proposés, comprenant l'hébergement, les repas et le transport des bagages d'étape en étape. Pour vivre le Valais au rythme de ses villages...

*Se loger: à Sierre, l'Hôtel de la Poste est invitant avec ses chambres baptisées de noms d'arbres, rappelant que leur aménagement est fait du bois correspondant. www.hotel-sierre.ch.

*Être de la fête: les 5 et 6 septembre prochain, à Sierre, les amateurs de vin sont invités à déguster les crus des vignerons locaux. Le 12 septembre, sur le Sentier viticole du Musée valaisan de la vigne et du vin, aura lieu la Marche des cépages, avec dégustations. Les vendanges, elles, débutent normalement en octobre.

*Découvrir Sion: surtout le vendredi, jour de marché! www.siontourism.ch.

*Déguster une raclette: le fromage de lait cru est l'aliment de base des Valaisans. Autrefois, on le fabriquait directement en alpages car il fallait bien faire quelque chose du lait des vaches! Ainsi est née la raclette: une demi-meule de fromage exposée au feu d'une cheminée ou à la chaleur d'un gril, puis raclée à l'aide d'une spatule. La portion de fromage fondu est servie avec de petites pommes de terre, des cornichons et des oignons marinés. Miam! À la fin du repas, on siffle un verre de génépi, une eau-de-vie faite d'une herbe digestive «qui fait du bien à Madame quand Monsieur la boit»! Une bonne adresse traditionnelle: La Grange, à Évolène. www.baravinslagrange.ch.

*Pour se renseigner: le guide Voir Suisse, www.myswitzerland.com, www.cretillons.ch, www.museevalaisanduvin.ch.

****

Carolyne Parent était l'invitée de Suisse Tourisme et de Swiss.






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