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Beaux livres - «La Chine dans un miroir»

Jules Nadeau   21 mars 2009  Voyage
Le couple de photographes-poètes Roland et Sabrina Michaud a patiemment cheminé dans le pays de Confucius pendant une douzaine d'années pour assouvir une obsession toute créatrice. C'est la fascination du «miroir», terme voisin de mirare, d'admirable et de miracle. Pas moins de 81 photos se reflétant une à une dans des peintures, des sculptures et des terres cuites de la vieille Chine. L'illustration de la pérennité de la civilisation chinoise. Un rare ouvrage de beauté, de sagesse et de rêve publié par Flammarion (2008).

Comme dans un jeu de domino, le couplage du nouveau et du vieux donne des résultats étonnants. Le prolifique sinologue Cyrille J.-D. Javary explique bien la démarche des infatigables pèlerins partis à la rencontre d'un pays: sa lumière, sa poésie et ses gens. «Le regard de Roland et Sabrina Michaud fait naître la Chine en nous», écrit avec enthousiasme l'auteur d'une quinzaine de titres sur la Chine ancienne et moderne.

Les courtes lignes de poésie, comme «L'eau coule, les nuages demeurent» et «Les parents ne peuvent donner que deux choses à leurs enfants: des racines et des ailes», illustrent le thème important de la permanence. La concision l'emporte sur les 1750 pages de notes de voyage accumulées par Roland Michaud. Tout n'est pas dit. Libre au lecteur-voyageur d'inventer son voyage et ses miroirs.

François Cheng, le plus grand lettré chinois francophone vivant, y écrit: «Un coucher de soleil ne peut pas être beau, si personne n'est là pour le regarder.» Les deux chasseurs d'images nous montrent donc d'étonnants visages burinés, des scènes rurales à l'encre de Chine et de longs fleuves mythiques. Même le nombre de 81 photos possède un sens: le chiffre impérial par excellence.

«Est-il plus aisé de photographier que d'écrire? La photographie est le miroir de l'écriture et inversement. J'essaie d'écrire avec la lumière», affirme le vétéran Roland Michaud. Malgré cette belle fascination, en apercevant la chaîne de la montagne Jaune, le couple avoue: «Les larmes nous sont montées aux yeux.»

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