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Vogue la croisière

Carolyne Parent   21 février 2009  Voyage
Nombreuses sont les croisières dans les Caraïbes, mais s'il en est une qui se démarque, c'est bien celle qui comprend la traversée partielle du canal de Panamá. Avant, pendant, après, tout baigne!

À bord du MS Zuiderdam — Pour plusieurs, vacances est synonyme de pur farniente, et voyage, d'exploration. Mais pour conjuguer bronzette et découverte, une croisière comptant presque autant de jours en mer que d'escales est une option attrayante.

Voilà ce que je me suis dit en réservant une cabine à bord du Zuiderdam de la Holland America Line (HAL), qui fait la navette entre Fort Lauderdale et le Panamá pendant huit mois cette année. Si le clou de l'itinéraire de 10 jours est bien évidemment le canal, l'arrêt plage à Half Moon Cay, aux Bahamas, de même que le petit détour par les îles néerlandaises d'Aruba et de Curaçao, l'escale au Costa Rica et les quatre jours en pleine mer sont tout aussi invitants.

Populaire, cette croisière, baptisée Panama Canal Sunfarer? Et comment! La demande est telle que l'automne dernier, HAL y affectait son Zuiderdam, un paquebot de 85 000 tonnes pouvant accommoder 1916 passagers, en remplacement d'un navire d'une capacité moindre de 25 %. Selon Stan Kuppens, directeur des opérations hôtelières à bord du Zuiderdam, la raison de sa popularité est simple: «Les croisiéristes choisissent cet itinéraire parce qu'ils estiment que le canal de Panamá fait partie des grands ouvrages d'ingénierie à voir au cours d'une vie.»

Un grand ouvrage dont on ne verra qu'une des trois écluses puisqu'il s'agit d'une traversée partielle, mais qui n'impressionne pas moins. «Traversée partielle» exige sans doute un éclaircissement. Oui, le paquebot de 285 mètres de long vire de bord en plein canal! Côté mer des Caraïbes, il franchit d'abord les trois sas de la première écluse jusqu'au lac Gatún.

Une fois dans cet immense réservoir, il a ensuite tout le loisir de s'engager en sens inverse dans les Gatún Locks. M. Kuppens fait remarquer par ailleurs que les navires qui programment le canal à leur itinéraire ne traversent pas tous cette première écluse: la plupart s'en approchent pour permettre aux passagers d'y jeter un coup d'oeil, puis rebroussent chemin, dit-il. HAL et Royal Caribbean font partie des rares compagnies qui déboursent les quelque 300 000 $US que coûte ce passage. Et dire qu'en 1928, l'aventurier Richard Halliburton paya 36 ¢ pour le traverser... à la nage!

La fête de «l'ascension»

Dès 7h, les passagers du Zuiderdam se rassemblent à la proue du navire pour être aux premières loges de notre approche du canal. Verre de mimosa ou café à la main, ils écoutent religieusement le guide expliquer que déjà, au XVIe siècle, des explorateurs européens avaient envisagé l'idée de relier les océans Atlantique et Pacifique à hauteur de l'isthme de Panamá. Une idée restée lettre morte jusqu'à ce que Ferdinand de Lesseps, fort de son succès avec le canal de Suez, tente de la concrétiser en 1880. Mal gérée, sa compagnie fait faillite 10 ans plus tard et quelque 22 000 ouvriers succombent au paludisme et à la fièvre jaune.

Un de ses collègues propose alors aux autorités locales de confier la construction du canal aux Américains: il s'ensuit le controversé traité Hay-Bunau-Varilla qui leur en cède la souveraineté «à perpétuité» moyennant une rente annuelle et un soutien discret de Washington à l'indépendance de l'isthme, alors rattaché à la Colombie. Les Américains rachètent la concession du groupe français et commencent les travaux en 1904. En 1914, un premier bateau transite par le canal, un trajet de 80 kilomètres, soit environ 14 000 de moins que s'il avait dû contourner le cap Horn! Depuis, plus de 950 000 navires-cargo l'ont emprunté. Le 31 décembre 1999, le Panamá récupère enfin le canal et les millions qu'il rapporte chaque année en droits de passage.

Aujourd'hui, tous les navires-cargo construits de par le monde le sont en fonction des dimensions «Panamax» du canal. Et ce qui nous surprend, nous qui sommes à la proue du Zuiderdam, c'est bien l'étroitesse de l'écluse: sa largeur est de 33,53 mètres alors que celle de notre paquebot, qui correspond à la largeur maximale autorisée, est de 32,3 mètres!

Aussi, dès son entrée dans le premier sas de l'écluse, le navire est arrimé par des câbles, à bâbord comme à tribord, à des locomotives électriques qui l'aideront à maintenir sa position tout au long de son ascension vers le lac Gatún. Et c'est parti! Quelque 197 millions de litres d'eau s'écoulant par gravité de ce lac permettront au Zuiderdam de se hausser, de sas en sas, de 26 mètres par rapport au niveau de la mer jusqu'au réservoir. On retient notre souffle: pourvu que les portes des sas tiennent bon!

Terre! Terre!

À midi, le paquebot jette enfin l'ancre dans le lac. Certains passagers en profitent pour faire du kayak, d'autres vont rendre visite aux Indiens Embera dans la jungle, d'autres, comme moi, prennent la route de Panama City, sur la côte du Pacifique. Le trajet de deux heures permet de constater que les Panaméens ne roulent pas sur l'or même si le pays peut désormais compter sur les revenus du canal, qui constituent 20 % du Produit intérieur brut.

«Depuis 2000, nos conditions de vie se sont beaucoup améliorées, assure pourtant le guide Luis Herrera. On a de meilleures écoles, de meilleurs hôpitaux, de meilleures infrastructures, comme cette nouvelle autoroute.» L'industrie touristique se développe rapidement, poursuit-il, parce que le ministère du Tourisme a désormais plus d'argent à consacrer au marketing du pays, qui se positionne comme «le prochain Costa Rica». Même Donald Trump investit au pays: son hôtel-condominium Trump Ocean Club ouvrira ses portes en 2011, ajoute-t-il.

Dans la partie coloniale de la capitale, devant l'Instituta de la Cultura, travestie en un hôtel de luxe où descend James Bond dans Quantum of Solace, Luis Herrera s'indigne du fait que la ville n'ait rien gagné de cette visibilité puisque dans le film, le pseudo-palace est situé en Bolivie. Donnons à ce quartier, en pleine réhabilitation et qui rappelle la vieille Havane, encore quelques années et il méritera alors la plus grande des visibilités.

Nous regagnons le Zuiderdam au port de Cristobal. La croisière s'achève. Demain, nous serons au Costa Rica, puis nous naviguerons sans arrêt pendant deux jours jusqu'en Floride. La mer sera calme, tout juste aura-t-elle un peu la chair de poule. Au total, le Zuiderdam aura parcouru 6162 kilomètres: tout un périple sous le signe de la bronzette et de la découverte!

En vrac

- Gros, mais pas trop. Comme Holland America Line se spécialise sur l'Alaska — la compagnie fut d'ailleurs la première à y offrir des croisières de plaisance — et que ses navires doivent franchir le canal de Panamá pour s'y rendre, ceux-ci doivent respecter le fameux gabarit «Panamax». Résultat? Ils sont gros, oui, mais n'accommoderont jamais, comme certains de ses concurrents, 5000 passagers.

- Qualité sans clinquant. «Nous nous adressons aux voyageurs qui recherchent le confort — nos cabines sont plus spacieuses que celles de Royal Caribbean, par exemple — et un certain niveau de luxe, dit M. Kuppens. Ceux qui sont impressionnés par la présence d'une patinoire à bord peuvent choisir Royal Caribbean.»

- Le MS Zuiderdam. Au printemps 2008, six ans à peine après sa croisière inaugurale, le navire subissait d'importants travaux de réfection. Une nouvelle bibliothèque appelée l'Explorations Café, où on peut siroter un cappuccino confortablement installé dans un fauteuil en cuir avec vue sur la mer, s'ajoute aux espaces publics, déjà nombreux. Un atout certain quand on passe plusieurs jours en mer.

- Excursions et activités. Une foule d'excursions sont offertes à chaque escale et chaque jour, plein d'activités allant de conférences sur les ports d'escale à des ateliers de cuisine, en passant par des cours de yoga, sont proposées. Un peu plus et on aurait besoin d'un agenda!

*Renseignements: www.hollandamerica.com.

***

Collaboratrice du Devoir






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