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Boom au pays de Bob Marley

Carolyne Parent   17 janvier 2009  Voyage
La plage de Negril.
La plage de Negril.
La Jamaïque vit tout un boom. En 2007, elle a accueilli près de trois millions de touristes (incluant les croisiéristes), un record de fréquentation pour l'île, qui compte 2,7 millions d'habitants. Si les Québécois lui préfèrent encore, et de loin, Cuba, la République dominicaine et le Mexique, ils sont néanmoins de plus en plus nombreux à succomber à ses charmes. «Après quelques séjours dans ces trois destinations populaires, nos clients veulent voir autre chose et optent pour la Jamaïque, qui se développe beaucoup», note Valérie Martin, chef du marketing national pour Transat Tours Canada.

C'est à la vitesse grand V que l'infrastructure touristique du pays poursuit son expansion. Après le déferlement, dans les années 1980, des premiers hôtels tout-inclus, les Sandals, puis les Beaches, créés par un Jamaïcain, voilà que les Espagnols se mettent de la partie. Boutés hors de l'île par les Anglais au XVIIe siècle, ils y font un retour remarqué ces dernières années avec leurs hôtels Riu, Iberostar, Gran Bahia Principe et Grand Palladium. Tant et si bien que la deuxième langue d'affichage, à l'aéroport de Montego Bay, est le castillan! «C'est une véritable "Spanish invasion", confirme Claudia Cole, du Jamaica Tourist Board. Et comme leurs hôtels affichent un taux d'occupation de 80 % à 90 % à l'année, c'est excellent pour la destination.»

Qu'ont en commun ces nouveaux établissements, outre le fait d'être espagnols? Leur taille, qui semble tout droit inspirée de la McMansion (ou de «l'usine», chuchotera un rival). Situé à Lucea (on dit «Lucy») et inauguré l'été dernier, l'ensemble formé par le Grand Palladium Lady Hamilton et le Grand Palladium Jamaica comprend 1056 chambres, 10 restaurants, cinq piscines et quatre croissants de plage! Les trois phases de l'Iberostar, à Rose Hall, une enclave chic non loin de Mo Bay, compte pour sa part 978 chambres et suites. Le Riu Ocho Rios en offre, lui, 856. Et tout-le-monde-il-est-content, paraît-il, de ce gigantisme: les hôteliers réalisent des économies d'échelle appréciables et les hôtes, majoritairement américains, jouissent d'une offre démultipliée de restauration et de divertissement. Jusqu'aux commerçants qui font de bonnes affaires. «L'île a ajouté 10 000 chambres à son inventaire au cours des trois dernières années, donc même si le taux d'occupation des hôtels n'était que de 50 %, cela représenterait tout de même pour moi autant de clients potentiels», dit Sam Chhugani, propriétaire d'une boutique sur Hip Strip, la rue commerçante de Mo Bay.

Rien de nouveau sous le soleil, direz-vous: après tout, le pays de Bob Marley ne détient pas le monopole des mastodontes étoilés, ils champignonnent tant dans les Caraïbes qu'au Mexique. Sauf qu'à l'encontre de ces destinations, la Jamaïque est victime d'un problème d'image qui en favorise certainement l'éclosion: elle est perçue comme violente depuis les turbulences politiques qui ont ébranlé Kingston à la fin des années 1970. Présence de gangs, trafic de drogue, pauvreté lui font aussi mauvaise presse. Sans parler du harcèlement des vendeurs de CD reggae et de ganja (l'herbe locale), des «tresseurs» de crinières et autres masseurs, que des escouades du Tourism Courtesy Corps tentent de contrer, bien qu'il ne soit ni plus ni moins agressant qu'au Mexique ou au Maroc. Dans ce contexte, le tout-inclus avec ses excursions bien encadrées peut représenter pour certains une garantie de sécurité.

Hameaux d'atmosphère

«La Jamaïque est l'une des destinations les plus sûres des Caraïbes, rétorque Mme Cole. Vous pouvez sortir de votre hôtel, le nombre de crimes perpétrés contre les touristes est infime. C'est à Kingston que la plupart des incidents se produisent, et ils sont le fait de gangs qui s'en prennent à d'autres gangs des ghettos. Ce sont aussi ces incidents qui font les manchettes des journaux et qui donnent aux gens l'impression que la Jamaïque, c'est dangereux.» En vérité, le principal gage de sécurité en ce pays tient à cette évidence: le tourisme en est l'industrie numéro un et les Jamaïcains, qui en bénéficient, n'ont aucun intérêt à la mettre en péril.

Donc, posons nos pénates à l'Iberostar si ça nous chante, mais de grâce, sortons-en puisque la Jamaïque commence juste au-delà de la guérite de son gardien de sécurité. Plutôt que de héler un taxi sur la route (certains sont assurés, d'autres pas), on montera à bord de l'un de ceux avec lesquels l'hôtel fait affaire et... vivement l'aventure!

Car la Jamaïque est une fichue d'effeuilleuse qui exhibe, au tournant d'une route, au sommet d'une colline, son littoral échancré, ses flots verts de jalousie, sa nature en pagaille et ses bicoques bariolées. Le jour du Seigneur, par contre, elle expie ses péchés. Elle ferme ses rum shops, s'endimanche pour aller prier (le pays compterait plus d'églises per capita que toute autre contrée), puis rentre sagement à la maison écouter les gospels que diffuse la radio.

N'importe quel bouquin sur la destination vous en vantera ses principaux attraits: les cascades de Dunn's River à Ocho Rios; Negril, son long ruban de sable et le Rick's Café; le jerk chicken, du poulet grillé lentement sur un feu de bois de pimento (l'arbre qui donne le quatre-épices) dans un baril de pétrole; le cours de botanique rigolo que dispense la Prospect Plantation; les Blue Mountains et ses plantations de café; les méandres de la rivière Martha Brae, à explorer sur un radeau de bambou; Rose Hall, l'une des dernières maisons de planteurs de l'île, à l'histoire tarabiscotée... Inutile d'en rajouter. Vous insistez? Alors, je vous dirais d'aller tout simplement vous balader dans un bled comme Falmouth, non loin de Runaway Bay.

Falmouth, c'est trois rues et quart qui se courent après autour d'une place. Des rues encombrées de pushcarts, ces chariots qu'utilisent les vendeurs ambulants et que les gamins bricolent en bobsleighs de fortune pour dévaler les montagnes. (Pas étonnant, donc, que le pays ait son équipe olympique de bobsleigh.) Falmouth, c'est aussi quelques beaux immeubles de style géorgien, un port et ses entrepôts abandonnés qui racontent sa richesse de naguère liée au commerce des esclaves et de la canne à sucre. (Le film Papillon a été tourné en partie dans les magasins des docks.) Ce sont des grappes d'écolières en uniforme, des joueurs de dominos, des marchands de bric-à-brac et des bouis-bouis servant de délicieux patties (des chaussons fourrés de viande, de poisson ou de fromage) qu'on mange sur le pouce. Falmouth, tout comme Lucea, Port Antonio, Oracabessa, Bluefields et tant d'autres hameaux, c'est un bout de l'âme de l'effeuilleuse. Et aux dernières nouvelles, il n'avait toujours pas réussi à s'infiltrer chez les Espagnols.

***

En vrac

- Choisir son camp... En Jamaïque comme ailleurs dans le Sud, Vacances Transat propose des hôtels de quatre et cinq étoiles destinés au plus grand nombre. Nolitours, un autre voyagiste de la famille Transat, se concentre pour sa part sur des produits abordables situés dans des pays «exotiques» comme le Costa Rica, le Nicaragua et la Jamaïque. Situé non loin de Mo Bay, l'hôtel Holiday Inn Sunspree, un quatre étoiles destiné essentiellement aux familles, semble bien apprécié.

- Coup de coeur... pour la côte sud-ouest de l'île, encore peu développée. En fait, le Sandals Whitehouse European Village & Spa en est le seul hôtel d'importance, quoique, comparativement aux autres tout-inclus, il fasse figure d'hôtel-boutique avec ses 360 chambres. Accueillant exclusivement les couples, il comprend un secteur italien, un autre français et un troisième hollandais, sans tchik-a-boom autour de la piscine celui-là. Ce croisement entre parc thématique et hôtel de luxe borde une plage longue de trois kilomètres, la plus belle que j'aie vue après celle de Negril.

- Parlant d'hôtels-boutiques... L'offre d'hébergement du pays ne comprend évidemment pas que des tout-inclus: on y trouve aussi B&B, petits hôtels sympas et villas luxueuses. Chris Blackwell, le fondateur d'Island Records qui a fait de Bob Marley une superstar, possède une poignée de petits bijoux d'établissements dans l'île. Ça vaut le coup d'oeil à www.islandoutpost.com.

- Avis aux amateurs de reggae... Le Reggae Sumfest se tiendra du 19 au 25 juillet prochain, à Mo Bay. www.reggaesumfest.com... Et à ceux d'émotions fortes: inaugurée l'été dernier, Rainforest Bobsled Jamaica, à Ocho Rios, est une attraction formidable. Au terme de l'ascension, en télésiège, de la Mystic Mountain, on peut soit explorer la canopée grâce à des tyroliennes (zip-lines), soit prendre son courage à deux mains et faire un tour de bobsleigh au coeur de la forêt tropicale.

- Renseignements: www.visitjamaica.com.

***

Carolyne Parent était l'invitée de Vacances Transat et de Nolitours.






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