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Macao, un patrimoine fascinant

Jules Nadeau   21 juin 2008  Voyage
À Macao, les temples du jeu et les casinos poussent comme des champignons. L’architecture chinoise, comme dans ce complexe récent à Coloane, risque de prendre le dessus sur le précieux patrimoine portugais.
À Macao, les temples du jeu et les casinos poussent comme des champignons. L’architecture chinoise, comme dans ce complexe récent à Coloane, risque de prendre le dessus sur le précieux patrimoine portugais.
Macao la flambeuse vient de consolider son antique tradition de ville du jeu avec l'inauguration du Venetian, le plus grand casino au monde. Puis en battant Las Vegas à sa propre valse des millions avec ses 28 millions de touristes par an dans une ville d'un demi-million d'habitants. Mais la Cité du Nom de Dieu propose beaucoup plus aux Latins du nord de l'Amérique que nous sommes. Macao, aux confins des civilisations, offre un patrimoine fascinant, au-delà du mirage des 28 établissements de gambling. Dans un mois, avec Zaia, le Cirque du Soleil y ajoutera un spectacle de première classe.

Macao — Au coeur de la petite enclave, sur le très animé Largo do Senado (place du Sénat) aux pavés à la portugaise, il suffit de quelques minutes pour apercevoir un austère édifice hérité du gouvernement colonial, la Poste centrale à l'allure de banque, l'hôpital blanc immaculé de Santa Misericordia devenu un musée et, plus loin, toute modeste, l'église des Dominicains avec façade jaune pastel et persiennes vertes.

Pourtant, la foule asiatique se délassant devant la fontaine en grignotant une feuille de porc séché papote surtout en cantonais avec d'autres fortes incursions de tagalog. La calligraphie chinoise des néons fait bon ménage avec l'affiche de la vieille Farmacia ainsi qu'avec le logo passe-partout de Starbucks. Sur les bancs publics, des dizaines de flâneurs regardent déambuler cette petite humanité pendant de longs moments. L'ambiance méditerranéenne contraste avec la tapageuse mégapole voisine de Hong-Kong, Manhattan de l'Asie, où temps égale argent.

Ce foyer interculturel caractérise bien l'ex-colonie portugaise comme interface des civilisations. C'est en effet là, dans l'estuaire de la rivière des Perles, que les Occidentaux ont établi les premiers contacts suivis avec les Chinois. D'où la statue du légendaire Jorge Alvares, en face du Luso International Banking. «Arrivée de façon pacifique au début du XVIe siècle. Mais surtout pas une occupation à coups de canon ni de caisses d'opium comme à Hong-Kong. Résultat, les Portugais, nous y sommes demeurés quatre siècles et demi. Les Britanniques, un et demi», insistait de son vivant le père Manuel Teixeira, historien réputé.

L'icône de la Cité du Nom de Dieu, c'est la façade de pierre de l'église São Paulo. Les jésuites de l'«accommodement culturel» en firent le tremplin du christianisme en Extrême-Orient. Leur savant collège accueillit de formidables sinologues, premiers interprètes de la culture chinoise. En l'honneur du père Matteo Ricci, le plus chinois des missionnaires, existe maintenant le collège du même nom. En entrevue, le directeur Luis Sequeira exhibe la même «flexibilité» en parlant de la grande Chine.

Les divinités transcendent

Grâce à Amílcar Martins, professionnel de l'interculturel (Université de Montréal), les contacts se multiplient. Le photographe Franck Regourd se passionne pour l'opéra cantonais: ses acteurs en noir et blanc respirent la vie comme au cinéma. Le Gaulois à la casquette perpétuelle actionne vite son téléphone portatif pour faire venir le peintre Charles Chauderlot au Starbucks. Après l'avoir laissé bourrer sa pipe, les potins culturels s'échangent. Cet érudit du patrimoine architectural trace au pinceau tout ce que les patacas des casinos risquent d'avaler. Pendant ses dix ans à Pékin, le protecteur du patrimoine a publié des albums qui chatouillent la conscience des Chinois. Même combat à Macao!

À ma dixième visite en 25 ans au vénérable temple A-Ma, les divinités transcendent encore. Dans une ville à 98 % chinoise, les temples surclassent les églises. Vraiment unique, la maison de brique grise de Lou Kau honore un philanthrope respecté par Lisbonne et par les autorités cantonaises. Les jardins sont d'agréables pages d'histoire. Le célèbre poète Camões a-t-il transité par la péninsule? Son buste dans un jardin ancien est plutôt vénéré par des promeneurs d'oiseaux en cage que par les lecteurs de ses Lusiades.

Macao mérite plus qu'un simple aller-retour de Hong-Kong. L'interculturel comme le pratique le professeur Martins est omniprésent avec des lusophones de Goa, du Timor, d'Angola et du Brésil. La gentillesse aussi. L'employée d'un magasin vous prête son parapluie pour une heure. Le motocycliste anonyme vous ramène gracieusement au Largo do Senado. Dans un 5 à 7 en l'honneur du Cirque du Soleil au prestigieux Clube Militar, le vétéran de la banque Ultramarino, José Braz-Gomes, savoure son porto et nous proclame sa théorie: «C'est la touche portugaise!»

***

En vrac

- Eva Air assure la liaison de Vancouver, via Taipei, avec service courtois à la taiwanaise, pour atterrir au petit aéroport de Macao, à quelques minutes de taxi de votre hôtel. Le visa de touriste est donné à l'arrivée.

- Macao est facilement accessible de Hong-Kong. Trajet économique et super climatisé d'une heure d'aéroglisseur, avec plusieurs départs par jour.

- Les excursions vers la province voisine de Guangzhou (Canton) sont faciles à organiser à condition d'obtenir le visa obligatoire au China Travel Service, 35, rua Nagasaki. Les agences organisent des circuits vers Guangdong (Canton), métropole du sud. Sinon, 48 heures dans la ville dynamique de Zhongshan donnent un échantillon de la vie quotidienne au pays de Mao. Pour les autres destinations, contacter Air Macau.

- L'hôtel Lisboa (porte-étendard de Stanley Ho, empereur du jeu) représente à lui seul tout l'univers de Macao: hippodrome, casinos, cuisines régionales. Son nouveau concurrent, le grandiose Venetian, autre cité dans la cité, mise sur le luxe de ses boutiques, ses gondoliers et ses 3000 suites pour séduire la clientèle jet-set. Le Mandarin oriental rivalise en raffinement avec tous les autres 5-étoiles. Pour une touche familiale, la Pousada de São Tiago offre le gîte dans un fort du XVIIe siècle. En s'éloignant vers l'île la plus paisible, la Pousada de Coloane offre une vue sur la mer et, en prime, les grillades du chef Ricardo Eugenio.

- La gastronomie cantonaise de Macao rivalise en produits de la mer avec le meilleur de Hong-Kong et de Guangzhou. Mais explorons les saveurs du pays des navigateurs. Fernando, près d'une plage de Coloane, a la réputation de servir la meilleure cuisine portugaise en ville. Sur la péninsule, Porto Interior, Litoral et Afonso III sont des valeurs sûres. Pour les palais interculturels, il faut explorer les spécialités métissées dites macaenses du chef Roca, au Paparoca (Taipa).

- Le Macau Government Tourist Office prodigue de bons conseils sur www.macautourism.gov.mo et diffuse une collection de brochures.

- Le Lonely Planet Hong-Kong et Macau (12e édition), c'est la bible: ses caractères chinois sont indispensables pour les chauffeurs de taxi. Dans le Guide du routard Chine (2007-08), le globe-trotter Pierre Josse y consacre 40 bonnes pages. Philippe Pons, reporter du journal Le Monde, a commis Macao, un éclat d'éternité (Gallimard, 1999).

***

L'auteur remercie le Dr José Rocha Dinis (alias Rocky), directeur de la Tribuna de Macau, pour son aide logistique et sa sagesse orientale.

***

Collaboration spéciale
À Macao, les temples du jeu et les casinos poussent comme des champignons. L’architecture chinoise, comme dans ce complexe récent à Coloane, risque de prendre le dessus sur le précieux patrimoine portugais. En face de Leal Senado, qui fut le Parlement colonial, le Largo do Senado emblématique a été restauré et embelli pour le 19 décembre 1999, lorsque l’enclave de Macao fut rétrocédée à la Chine populaire.
 






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  • Carlos De Jesus
    Inscrit
    dimanche 22 juin 2008 11h17
    Merci pour le rêve
    « Cette étrangeté de trouver des noms à consonance chinoise comme A-Ma ou Lou Kau à côté de sonorités toutes lusitaniennes comme Camões ou Jorge Alvares donne un exotisme très attirant à ce coin du monde que M. Nadeau nos raconte.

    J'avais appris dans les manuels d'histoire de mon école portugaise l'existence de cette ancienne colonie, mais ce n'est qu'en lisant ce matin cet article que je me suis mis à rêver d'y aller. D'autant plus qu'en janvier e février j'ai passé quelques semaines dans le voisinage - Viêt Nam, Cambodge et Thaïlande. Pourquoi aller si loin et ne pas avoir songé à visiter la « parenté »?

    Merci M. Nadeau de m'y avoir fait rêver. »

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