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Voyageries - Les lotus de Géranium Ier

Diane Précourt   27 janvier 2007  Voyage
Bien avant que les sociétés occidentales ne se ruent sur la fantastique manne de consommateurs qui émerge de l'Empire du Milieu, bien avant, aussi, que l'industrie touristique mondiale ne s'intéresse aux énormes possibilités de cette masse bulldozer de voyageurs potentiels, certains cultivaient depuis longtemps une fascination pour la culture chinoise. Parmi eux se trouve l'ex-maire de Montréal, c'est bien connu.

À la suite de sa dernière défaite électorale, Pierre Bourque a mis quelques mois pour encaisser le coup, puis fermer les livres. Mais il était déjà parti. «La politique ne m'intéresse que s'il y a de l'action», lance-t-il, attablé dans un restaurant du centre-ville, quelques jours avant son départ en Chine pour la 33e fois depuis 1980.

L'homme a sillonné une vingtaine des 28 provinces de ce pays qui l'émeut tant. A parcouru ses régions les plus rurales, les plus reculées. Est intarissable, voire compulsif, s'agissant de ce coin du monde dont il scrute depuis plus de 25 ans les replis sociaux, culturels, économiques, politiques.

Et c'est sans parler de l'horticulteur en lui: «Toutes les plus belles plantes ornementales proviennent de Chine: 32 000 espèces, comparé aux 6000 que compte le Canada et aux 3000 du Québec», débite comme une litanie l'ex-directeur du Jardin botanique de Montréal surnommé Géranium Ier pendant son règne à la mairie.

Le fonctionnaire qui avait investi les plates-bandes du monde politique en laissant celles du Jardin s'est mis à la réflexion après les élections municipales de 2005: «J'ai constaté que mes forces étaient dirigées vers la Chine et décidé de travailler à développer les liens entre ce pays et le Québec.» Il donne maintenant dans la consultation urbanistique, lui qui fut vice-président de Métropolis, un organisme regroupant les grandes métropoles du monde. Mais un des volets intéressants qu'il a pointés pour arriver à ses fins, c'est le tourisme, dit-il.

Avec son collègue québécois d'origine chinoise, Wen Qi, il a créé en juillet dernier la compagnie Constellation Monde, de même que sa jumelle pékinoise, Constellation Chine, notamment pour offrir dès mars prochain des circuits guidés, commercialisés par leur associé montréalais, Voyages Sol'Ex. C'est le vice-président de cette agence, Maurice Dumont, qui a sollicité M. Bourque pour élaborer des forfaits au pays du lotus.

Il fallait y penser. Qui, mieux que l'ex-maire, connaît les aléas et rebondissements des relations sino-québécoises? Et voilà un citoyen, du reste, qui est connu du grand public... et des médias. Tout ce beau monde a donc flairé la bonne affaire.

Pierre Bourque se garde bien de se transformer en agent de voyage même s'il propose «des séjours culturels authentiques plutôt que des shopping trips», qui sont souvent le lot des périples touristiques en Chine. Ainsi, le gestionnaire aura voulu mettre à profit ses connaissances et ses contacts — il compte parmi ses amis chinois l'actuel ministre du Tourisme... — auprès des visiteurs québécois en Chine mais aussi des touristes chinois attendus au Canada dès qu'une entente sera signée entre les deux pays.

«Plus d'une centaine d'États ont ratifié un tel protocole [le Statut de destination approuvée] mais le Canada attend toujours, déplore M. Bourque. Quelque 70 millions de Chinois ont voyagé à l'extérieur de chez eux l'an dernier. Lorsqu'un accord sera officialisé, nous serons prêts à les accueillir ici. Bien sûr, ils commenceront par les grandes attractions pour raffiner leurs circuits avec le temps.»

Selon lui, les relations sino-canadiennes se sont refroidies dans la foulée d'épisodes politiques qui ont blessé les Chinois depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement Harper, comme l'histoire de la citoyenneté honorifique canadienne octroyée au dalaï-lama. «Les Chinois s'ennuient de M. Chrétien, ça, ils me l'ont dit!, lance Pierre Bourque. L'ex-premier ministre aimait beaucoup ce pays et s'y rendait même plus souvent qu'aux États-Unis.»

Mais d'où vient cet engouement personnel dirigé sur un point du globe pour l'ex-fonctionnaire, ex-maire et ex-politicien? «J'ai été formé par les jésuites, qui sont beaucoup allés en Chine. Et mon métier en horticulture et aménagement des parcs m'a permis d'en réaliser la richesse végétale, mais je suis aussi attiré par la philosophie de cette grande civilisation. Depuis ma première visite, après la mort de Mao, j'y ai été aux premières loges de ses grands mouvements sociaux.»

D'ailleurs, selon son associé, c'est notamment cette fidélité qu'apprécient chez lui ses amis chinois. «J'ai continué à fréquenter la Chine même pendant les périodes difficiles où les États occidentaux avaient décidé de la renier. Une fois, je me suis retrouvé seul dans un avion volant vers Shanghaï... Mais, depuis, ces pays sont tous revenus en courant!»

En France, pendant l'Année de la Chine en 2004, le président Hu Jintao avait été accueilli à l'Assemblée nationale, poursuit-il. «Les socialistes avaient boycotté cette visite pour protester en faveur des droits de la personne. L'actuelle candidate socialiste à la présidence française était du nombre... Et d'où revient-elle, Ségolène Royal? D'un séjour officiel en Chine! C'est indéniable: ce pays est devenu un incontournable. Il faut plutôt espérer qu'il évolue, et je pense que c'est le cas.»

Certes, on ne peut pas parler chinoiserie sans évoquer les problèmes de pauvreté, de corruption et d'atteinte aux droits humains. «Évidemment qu'il y a encore beaucoup de travail à faire de ce côté-là, concède le sinophile. Mais j'y suis témoin de la progression depuis 25 ans, notamment au chapitre des mesures sociales et des conditions des travailleurs. Et si la pauvreté atteint encore 130 millions de personnes, il faut dire qu'elles étaient 630 millions auparavant.

«Trois cent millions de Chinois font maintenant partie de la classe moyenne, par rapport à un million, peut-être, il y a une vingtaine d'années. À Canton, par exemple, une ville de sept millions d'habitants, le PIB moyen par personne atteint 20 000 $. Quand on pense qu'ils sont partis de zéro... »

Pierre Bourque suit de près le phénomène de l'urbanisation chinoise. «Les plus grands défis de ce pays, ce sont les villes. Actuellement, on y compte 300 millions d'urbains: c'est plus que la population américaine. En 2020, ils seront 600 millions, ce qui va créer une pression énorme dans certaines cités et diminuer la population rurale. Imaginez les impacts sur les infrastructures, l'environnement, l'aménagement... Et puis, deux événements marquants vont ancrer la Chine dans le monde et contribuer à changer nos références envers elle: les Jeux olympiques de Pékin en 2008 et l'Exposition universelle de Shanghaï en 2010.»

Bourque, le guide

L'ex-maire de Montréal jouera lui-même au guide-accompagnateur lors du premier voyage organisé par Voyages Sol'Ex en mars prochain. Pour lui, qui se targue de saisir «l'âme des Chinois» grâce à ses nombreux séjours là-bas, la langue de Confucius reste tout de même du chinois: «C'est très complexe, se défend celui qui parle toutefois l'espagnol. J'ai vu trop de Canadiens arriver presque à rien après 10 ou 15 ans d'apprentissage du chinois, et trop d'interprètes le comprendre tout de travers!»

Même s'ils ne sont pas en caractères chinois ni noircis à l'encre de Chine, Pierre Bourque a rempli bien des carnets de notes pendant toutes ces années où il a parcouru le pays. Pour s'assurer de n'en rien perdre, dit-il d'un air faussement candide. «Un jour, je publierai.»

En attendant, Constellation Monde a des visées... mondiales, d'abord en faisant prendre racine à Constellation Afrique, puis éventuellement à Constellation Amérique latine. Ça fait pas mal d'étoiles au programme, mais dans le ciel de la Chine éternelle, en tout cas, l'ingénieur en horticulture semble bien décidé à récolter ce qu'il y a semé.

Le Devoir

dprecourt@ledevoir.com






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Vos réactions

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  • Jean Le May
    Inscrit
    samedi 3 février 2007 10h19
    Beau travail
    « Nous avons affaire à un politicien qui a eu ses bons côtés mais qui n'a pas déclenché les passions chez-nous. Par contre, nous apprenons, avec des articles comme celui-ci, àa connaître les passions personnelles d'un homme, d'un citoyen du monde. Pour moi, M.Bourque prouve ici sa vraie valeur: celle d'un explorateur moderne féru de connaissance et qui va au-delà des apparences.
    Merci pour cet article...Merci M. Bourque pour l'exemple »

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