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Restaurants - Beau site, bon genre

Rémy Charest   19 juillet 2002  Alimentation
Saint-Antoine-de-Tilly est l'un des plus beaux villages du Québec, toutes régions confondues. De plus, il est situé le long de la route 132, celle-ci, particulièrement entre Bécancour et Saint-Nicolas, étant l'une des routes québécoises les plus agréables et les plus richement agrémentées de vues bucoliques sur les terres environnantes, sur le fleuve et sur les falaises qui l'encadrent solidement à cette hauteur.

Sous la rue principale ombragée de ce village qui fête cette année son tricentenaire, les maisons anciennes sont nombreuses, pimpantes et colorées. L'une d'elles, côté fleuve — en face d'une excellente boulangerie artisanale, soit dit en passant —, abrite depuis belle lurette l'Auberge Manoir de Tilly. Enfin, seulement en partie, puisque le succès de l'endroit a suscité la construction d'annexes et de rallonges qui lui permettent d'accueillir une clientèle plus nombreuse, voire des conférences. La table du Manoir est, de son côté, la plus réputée de Lotbinière, une région qui pourrait certainement développer davantage son potentiel de tourisme champêtre.

La salle à manger, pour compléter le portrait, offre une vue exceptionnelle sur un grand jardin agréablement aménagé, bordé de rosiers sauvages à l'est et faisant face au paysage non moins agréable de Portneuf, sur la rive nord. On se réjouit d'avoir réservé tôt et de profiter d'une table située au bord des grandes fenêtres, à défaut de pouvoir manger sur la terrasse, rendue un peu moins confortable par les brises fraîches du mois d'août... pardon, de juillet.

Une sélection agréable

En regardant la table d'hôte à cinq services qui constitue exclusivement le menu du soir, on s'étonne tout de même d'entendre des publicités d'humour nous résonner dans les oreilles. Le choix radio de l'endroit est plutôt rock détente; on cherche donc à en faire abstraction alors qu'on hésite entre la gaspacho, le foie gras, le saumon, le veau, la combinaison boeuf et langoustines ou le homard, gentiment décortiqué pour votre confort. La sélection est très agréable, avec quelques idées originales qui accrochent l'oeil. On remarque rapidement que les suppléments sont fréquents sur la carte: c'est vraisemblablement lié aux forfaits chambre et pension offerts par l'hôtel, que l'on voudra offrir à un prix de base compétitif.

Geneviève me regarde hésiter en rigolant gentiment. D'habitude, c'est elle qui commande en dernier, l'obligation de répondre au serveur qui attend mettant fin à ses dilemmes gourmands. Là, je peine vraiment à choisir. Sauf pour le potage. La soupe aux gourganes, grand classique du terroir, m'a immédiatement tiré sur le coin de l'appétit. Pour ma douce moitié, c'était facile, aussi: je ne l'ai jamais vue hésiter devant une bisque de homard.

La bisque en question, toutefois, hésite un brin. Malgré une rouille bien relevée, le goût en reste un peu plat. Tout y est, mais il manque le petit quelque chose qui exciterait un peu plus les papilles. Rien à redire, par ailleurs, sur la soupe aux gourganes, où ces grosses fèves côtoient des tranches de carotte et de l'orge dans un bouillon légèrement épaissi. Un goût d'été d'antan.

Notre serveur, sympathique mais un brin nerveux, apporte rapidement la suite. Un rouleau de pâte filo fourré au fromage «Coureur des bois» et au prosciutto, servi sur des tomates fraîches enrobées d'une vive vinaigrette. Le rouleau seul manquerait un peu de vigueur, mais quand on mange l'un avec l'autre, l'équilibre est atteint. Mes ris de veau et escargots, sauce au porto et aux avelines, sont une réussite exceptionnelle. Tout y est tendre, la sauce est bien enrobante, les ris ont toute la délicatesse voulue et plus encore, et les morceaux de noisette complètent parfaitement les saveurs et les textures. Une petite tomate, un brin de ciboulette et une feuille d'origan ornent l'assiette et donnent de quoi rafraîchir le tout.

Combinaisons inusitées

Le choix du vin, pour accompagner tout ça, n'avait pas été facile, bien que la carte donne amplement de choix, en blancs comme en rouges, pour satisfaire les combinaisons les plus inusitées suscitées. Du Domaine des Salices au Meursault en passant par le Mas La Plana, de bons châteaux bordelais, une belle sélection de moelleux et de liquoreux et quelques californiens bien choisis, j'avais eu, là aussi, du mal à choisir. Un bordeaux blanc ayant eu le temps de prendre de la maturité — Château de Chantegrive, Cuvée Caroline, Pessac-Léognan 1998 — a permis de répondre adéquatement aux goûts très divers des deux premiers services. Il en sera de même pour le homard et la pintade d'après.

Entre-temps, l'entremets, c'est-à-dire le granité aux petits fruits et au kirsch, faisait tout à fait son travail. Sous quelques grains de givre que le congélateur a déposés en surface pendant qu'il y attendait sa sortie, il révèle un goût fin et une texture qui fond comme il se doit sur la langue. Geneviève, qui n'aime pas les alcools forts, se réjouit que le goût de cerise domine et que l'alcool se fasse discret.

La salle étant un peu plus remplie de dîneurs qui, souvent, découvrent à voix haute le menu, le plat prend un peu plus de temps à venir, mais l'attente en vaut la peine. La pintade de madame est tendre et juteuse, portant en son centre une farce aux bleuets qui aromatise la viande de façon bien originale. La sauce a aussi son lot de bleuets et se manifeste comme celle des ris de veau: enrobante à souhait. Le «prince des Îles», comme on a surnomme le homard sur le menu, est quant à lui présenté agréablement, les deux pinces et la queue, décortiquées, reposant sur un beurre à la vanille et au vermouth dont le jaune doux complète bien le rouge du crustacé. Le goût de vraie vanille rehausse de façon très réussie celui de la chair ferme, qu'il fait bon découper sans se couvrir copieusement d'eau salée et de morceaux de carapace. J'y aurais tout de même ajouté un petit brin d'acidité pour couper ces goûts très riches — un peu de citron, peut-être, ou du vin blanc sec à la place du vermouth... Belle découverte tout de même, qui me donne le goût de faire des expériences à la maison.

Du dessert, par ailleurs, pas grand-chose à dire. Un seul choix, après cinq services, c'est mince. Et quand ce gâteau-mousse pêche-chocolat ne goûte pas la pêche, même si on cherche attentivement... Disons que je me serais contenté, dans les circonstances, de l'excellente sélection de fruits qui accompagnaient le gâteau: bleuets, fraises, tranches de prune et de mangue, tous bien mûrs et bien mariés aux coulis.

Assis sur ma chaise en tubes de métal blanc qui détonne un peu avec le caractère ancien des lieux, une chose me turlupinait encore un brin au moment de partir. Un trouble auditif, en fait. En entendant pour la je ne sais combientième fois les pubs radiophoniques rock détente, je voyais mal ce que l'endroit a de rock et ce que la radio commerciale peut ajouter à la détente. La prochaine fois, je demanderai peut-être à manger sur la terrasse qui, comme une petite promenade fort romantique sous les derniers rayons du soleil couchant nous l'a démontré, se passe très bien de haut-parleurs. Nous serions bien restés une nuit en ce charmant village pour tester l'hypothèse au lever du soleil, qui ne doit pas y être désagréable non plus...

Manoir de Tilly

3854, chemin de Tilly,

Saint-Antoine-de-Tilly

% (418) 886-2407

La table d'hôte du soir se détaille 38, 95 $ par personne avant taxes, vin et service, sans compter les suppléments de 2 à 8 $ rattachés à presque la moitié des choix au menu.






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