L'Express servira trois fois
Rien n'a changé ou presque depuis l'installation de ce bistro, il y a 23 ans de cela. Aussi difficile à trouver que jadis, L'Express semble se cacher sur la rue Saint-Denis et n'être réservé qu'à une élite de fidèles qui adulent et fréquentent cet établissement depuis sa fondation.
Les propriétaires ont toujours misé sur le style dépouillé et sommaire de la salle qui se donne des airs de salle de gare désaffectée ou de wagon-lit de l'Orient Express. Dès l'entrée, on se dirige vers le bar qui s'anime rapidement au moment du service. Le carrelage blanc et noir cligne en trompe-l'oeil dans les longs miroirs muraux que la verrière du centre vient tendrement éclairer. Ce bistro est tout aussi réputé pour sa carte de vins d'importation privée que pour les rillettes de lapin ou le confit de canard qui trônent au menu et qu'il ne faudrait pas retirer.
Les tables expressément dressées sans fioritures accueillent depuis toujours le bocal de petits cornichons et la pince de bois utile au service. Les serveurs jouent les gentils conseillers et connaissent la carte et la multitude de «spéciaux» sur le bout des doigts. Plus de secrets pour l'os à la moelle, la raie sans beurre noir ou le pot au feu au gros sel. On ne badine pas avec la tradition, et la secte des habitués assure le relais du matin pour le petit-déj' au midi pour les rognons ou après le spectacle du soir pour la brandade de morue et la soupe à l'oignon.
Pourtant, L'Express veut aussi jouer la carte du modernisme (et de la quasi-perfection) qui pousse les cuisiniers zélés à découper la pomme de terre à l'emporte-pièce pour y déposer les tendres et goûteux filets de hareng qui manquaient cependant de l'attente bonificatrice pour ce genre de plat. Le pain, bon depuis toujours, provient d'à côté (Le Pain doré) et assure avec ses 36 heures une croûte cloquée et croustillante, erreur de fermentation non souhaitée au départ.
Tout en finissant mon plat de filet de hareng, mon invitée a opté pour une soupe provençale qui tirait son identité davantage du minestrone italien que de la Provence traditionnelle. Agréable et savoureuse, légumes cuits à souhait: la soupe, comme ici, est le reflet d'une bonne maison.
On ne se présente pas à L'Express pour y découvrir de la cuisine fusion ou un mélange eurasien discutable de vinaigre balsamique et de sauce chinoise. Le poulet de grain rôti est dense mais tendre. Dommage aussi qu'on ait retiré la peau de la poitrine, qui semblait dénudée et pâle de coloration. À mes yeux, le croquant et le croustillant de la peau faisaient ainsi défaut pour le côté rôti, mais cela semblait au contraire faire plaisir à mon invitée, qui se régalait de sa saveur et des petits légumes d'accompagnement. Bien que légèrement assaisonné, un jus juste lié et légèrement moutardé laissait au poulet sa signature et son caractère.
Pour ma part, j'aime les rognons de veau, surtout lorsque ceux-ci sont bien cuisinés, comme ici. Servis à la goutte de sang et parfaitement tendres, les rognons étaient accompagnés d'une sauce crème moutarde bien dosée et garnie de petites pommes de terre parfaitement cuites.
À L'Express, il faut se laisser conseiller pour le choix des vins qu'on y propose. Au verre ou à la demi-bouteille, on ne force jamais la dose ni le prix, bien qu'il soit possible de s'évader bien vite. Une demi-bouteille de Côte-du-Rhône (Cosme) a largement comblé mes attentes et les plats qu'elle a accompagnés.
Bien qu'on propose de bons fromages d'ici ou d'ailleurs, mon choix et celui de mon invitée se sont portés sur les desserts, dont une grande partie provient depuis le début de l'excellente pâtisserie La Gascogne, comme la glace aux griottes et à la pistache. L'île flottante est un des desserts classiques des restaurants et des bistros. Copieuse et recouverte de caramel en filet, le blanc d'oeuf monté semblait être en suspension dans une crème anglaise bien parfumée.
Sans surprise, L'Express est fidèle à lui-même et offre la référence en matière de bistro. Souvent imité mais jamais égalé, il aborde sa 23e année de restauration avec une constance exemplaire dans un secteur d'activité très changeant. De huit heures le matin à deux heures la nuit, L'Express a eu le temps de siffler à plusieurs reprises, pour notre plaisir à tous.
- Prix payé pour deux personnes avant service avec taxes (soupe, filet de hareng, rognons de veau et poulet rôti, glace aux griottes, île flottante, une bouteille d'eau et une demi-bouteille de Côte-du-Rhône): 92,36 $
- Plus: l'ambiance et la fidélité d'une belle maison.
- Moins: les serviettes de papier, même le soir, et la sophistication inutile des plats de bistro.
L'Express
3227, rue Saint-Denis
Montréal
% (514) 845-5333
***
Les nappes du mois
Qu'elles soient de récentes découvertes ou des repaires revisités, voici certaines des bonnes tables de la métropole, tous budgets confondus, du petit boui-boui sympathique au grand rendez-vous gastronomique.
Restaurant
Le Piémontais
1145 A, rue de Bullion
Montréal
% (514) 861-8122
Le meilleur des pâtes
Manger de bonnes pâtes n'est
pas chose si facile qu'on le croirait. Le Piémontais est un des restaurants italiens dignes de porter ce nom, où on cuisine les pâtes comme nulle part ailleurs. La carte des vins est fabuleuse et offre quelques trésors inestimables.
Au pied de cochon
536, rue Duluth Est
Montréal
% (514) 281-1114
Le cochon bien traité
Martin Picard est un chef inventif, et cela se voit dans sa cuisine. Il décline le cochon de multiples façons et traite le foie gras jusqu'à en faire un hamburger. Une place où on est bien et où on mange toujours agréablement.
Restaurant Anise
104, rue Laurier Ouest
Montréal
% (514) 276-6999
L'exotisme de bon goût
Racha Bassoul inonde de talent son établissement résolument in de la rue Laurier. Elle laisse aller ses humeurs et rencontre d'autres chefs pour nous offrir de succulentes recettes. Blé grillé, foie gras et crevettes sont remarquablement bien apprêtés dans un environnement de rêve.
Les Cigales
585, rue Victoria
Saint-Lambert
% (450) 466-2197
Les cigales chantent
même l'hiver
Belle et bonne table de Saint-Lambert que ce petit restaurant de la rue Victoria. Le lapin est excellent et on sert du gibier très bien préparé. On a l'impression de manger à la maison avec de bons produits bien cuisinés.
Les propriétaires ont toujours misé sur le style dépouillé et sommaire de la salle qui se donne des airs de salle de gare désaffectée ou de wagon-lit de l'Orient Express. Dès l'entrée, on se dirige vers le bar qui s'anime rapidement au moment du service. Le carrelage blanc et noir cligne en trompe-l'oeil dans les longs miroirs muraux que la verrière du centre vient tendrement éclairer. Ce bistro est tout aussi réputé pour sa carte de vins d'importation privée que pour les rillettes de lapin ou le confit de canard qui trônent au menu et qu'il ne faudrait pas retirer.
Les tables expressément dressées sans fioritures accueillent depuis toujours le bocal de petits cornichons et la pince de bois utile au service. Les serveurs jouent les gentils conseillers et connaissent la carte et la multitude de «spéciaux» sur le bout des doigts. Plus de secrets pour l'os à la moelle, la raie sans beurre noir ou le pot au feu au gros sel. On ne badine pas avec la tradition, et la secte des habitués assure le relais du matin pour le petit-déj' au midi pour les rognons ou après le spectacle du soir pour la brandade de morue et la soupe à l'oignon.
Pourtant, L'Express veut aussi jouer la carte du modernisme (et de la quasi-perfection) qui pousse les cuisiniers zélés à découper la pomme de terre à l'emporte-pièce pour y déposer les tendres et goûteux filets de hareng qui manquaient cependant de l'attente bonificatrice pour ce genre de plat. Le pain, bon depuis toujours, provient d'à côté (Le Pain doré) et assure avec ses 36 heures une croûte cloquée et croustillante, erreur de fermentation non souhaitée au départ.
Tout en finissant mon plat de filet de hareng, mon invitée a opté pour une soupe provençale qui tirait son identité davantage du minestrone italien que de la Provence traditionnelle. Agréable et savoureuse, légumes cuits à souhait: la soupe, comme ici, est le reflet d'une bonne maison.
On ne se présente pas à L'Express pour y découvrir de la cuisine fusion ou un mélange eurasien discutable de vinaigre balsamique et de sauce chinoise. Le poulet de grain rôti est dense mais tendre. Dommage aussi qu'on ait retiré la peau de la poitrine, qui semblait dénudée et pâle de coloration. À mes yeux, le croquant et le croustillant de la peau faisaient ainsi défaut pour le côté rôti, mais cela semblait au contraire faire plaisir à mon invitée, qui se régalait de sa saveur et des petits légumes d'accompagnement. Bien que légèrement assaisonné, un jus juste lié et légèrement moutardé laissait au poulet sa signature et son caractère.
Pour ma part, j'aime les rognons de veau, surtout lorsque ceux-ci sont bien cuisinés, comme ici. Servis à la goutte de sang et parfaitement tendres, les rognons étaient accompagnés d'une sauce crème moutarde bien dosée et garnie de petites pommes de terre parfaitement cuites.
À L'Express, il faut se laisser conseiller pour le choix des vins qu'on y propose. Au verre ou à la demi-bouteille, on ne force jamais la dose ni le prix, bien qu'il soit possible de s'évader bien vite. Une demi-bouteille de Côte-du-Rhône (Cosme) a largement comblé mes attentes et les plats qu'elle a accompagnés.
Bien qu'on propose de bons fromages d'ici ou d'ailleurs, mon choix et celui de mon invitée se sont portés sur les desserts, dont une grande partie provient depuis le début de l'excellente pâtisserie La Gascogne, comme la glace aux griottes et à la pistache. L'île flottante est un des desserts classiques des restaurants et des bistros. Copieuse et recouverte de caramel en filet, le blanc d'oeuf monté semblait être en suspension dans une crème anglaise bien parfumée.
Sans surprise, L'Express est fidèle à lui-même et offre la référence en matière de bistro. Souvent imité mais jamais égalé, il aborde sa 23e année de restauration avec une constance exemplaire dans un secteur d'activité très changeant. De huit heures le matin à deux heures la nuit, L'Express a eu le temps de siffler à plusieurs reprises, pour notre plaisir à tous.
- Prix payé pour deux personnes avant service avec taxes (soupe, filet de hareng, rognons de veau et poulet rôti, glace aux griottes, île flottante, une bouteille d'eau et une demi-bouteille de Côte-du-Rhône): 92,36 $
- Plus: l'ambiance et la fidélité d'une belle maison.
- Moins: les serviettes de papier, même le soir, et la sophistication inutile des plats de bistro.
L'Express
3227, rue Saint-Denis
Montréal
% (514) 845-5333
***
Les nappes du mois
Qu'elles soient de récentes découvertes ou des repaires revisités, voici certaines des bonnes tables de la métropole, tous budgets confondus, du petit boui-boui sympathique au grand rendez-vous gastronomique.
Restaurant
Le Piémontais
1145 A, rue de Bullion
Montréal
% (514) 861-8122
Le meilleur des pâtes
Manger de bonnes pâtes n'est
pas chose si facile qu'on le croirait. Le Piémontais est un des restaurants italiens dignes de porter ce nom, où on cuisine les pâtes comme nulle part ailleurs. La carte des vins est fabuleuse et offre quelques trésors inestimables.
Au pied de cochon
536, rue Duluth Est
Montréal
% (514) 281-1114
Le cochon bien traité
Martin Picard est un chef inventif, et cela se voit dans sa cuisine. Il décline le cochon de multiples façons et traite le foie gras jusqu'à en faire un hamburger. Une place où on est bien et où on mange toujours agréablement.
Restaurant Anise
104, rue Laurier Ouest
Montréal
% (514) 276-6999
L'exotisme de bon goût
Racha Bassoul inonde de talent son établissement résolument in de la rue Laurier. Elle laisse aller ses humeurs et rencontre d'autres chefs pour nous offrir de succulentes recettes. Blé grillé, foie gras et crevettes sont remarquablement bien apprêtés dans un environnement de rêve.
Les Cigales
585, rue Victoria
Saint-Lambert
% (450) 466-2197
Les cigales chantent
même l'hiver
Belle et bonne table de Saint-Lambert que ce petit restaurant de la rue Victoria. Le lapin est excellent et on sert du gibier très bien préparé. On a l'impression de manger à la maison avec de bons produits bien cuisinés.
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