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Vins: Chapeau, les vignerons!

Jean Aubry   9 janvier 2004  Alimentation
Avant de dérouler le ruban de l'année 2004, foulons celle qui achève tout doucement son élevage sous l'oeil de vigneronnes et de vignerons qui tardent déjà à se remettre au boulot. Car ils sont comme ça, ces gens du vin. Encore en sont-ils à veiller sur le berceau de leur progéniture 2003 qu'ils vendangent déjà, dans leur tête, la prochaine récolte. En laissant les pépins derrière pour mieux se concentrer sur le moût qui vient. J'ai croisé quelques-uns de ces artistes du vin en 2003. Je vous les présente.

En tout début d'année, dans l'arrière-pays catalan, perché à près de 500 mètres d'altitude en appellation Priorato, j'ai découvert un René Barbier (Clos Mogador) d'un raffinement qui contrastait avec le rude environnement où il décidait, il y a plus de 20 ans, d'enraciner ses grenaches, syrahs, carignans et cabernets sauvignons. La cuvée 2001 goûtée sur fût avait déjà le parfum, le soyeux et la grâce d'un grand bourgogne avec ce quelque chose de minéral derrière qui se faisait l'écho du grand terroir local de schistes. Décidément un artisan discret que ce René Barbier. Un homme à l'écoute, au service du vin, dans la lignée des intuitifs qui savent ne pas trop en faire. Mais qui le font bien.

Avec l'arrivée de février, c'est le Salon des vins de Loire qui ouvre ses portes et les vignerons ligériens qui ouvrent leur coeur. Un des salons les plus authentiques de France et de Navarre. L'événement est précédé à Paris d'une verticale de vieux vouvrays à couper le souffle. Une occasion de rencontrer les Noël Pinguet (Domaine Huet), François Pinon et, cette année, le Baron Poniatowski (Clos Baudoin), qui nous a versé pour l'occasion quatre des huit bouteilles restantes de son Vouvray 1874 protégé de la rapacité des Allemands lors de la dernière guerre. Un monument (*****). Merci encore, M. le baron.

Au salon d'Angers, je salue Guy Bossard et ses brillants muscadets (Clos de l'Écu), Joël Taluau et ses gourmands St-Nicolas de Bourgueil, Anne Pellé (Domaine Henry Pellé) et son remarquable Menetou-Salon Clos des Blanchets 2002 (26,60 $ - 872572), d'une finesse extrême, bien sûr (****, 2), Bernard Baudry pour ses chinons sans bavures et Claude Papin (Château Pierre Bise) pour son talent rare de «raconteur» de terroirs.

Bien le bonjour aussi au trio des Vins de Vienne, Pierre Gaillard, François Villard et Yves Cuilleron, qui signe des vins du Rhône septentrional qui me donnent à penser que rien n'est perdu dans ce monde où la normalisation du goût gagne sans cesse du terrain. Une batterie de vins (Condrieu, Crozes-Hermitage, St-Joseph, etc.) vrais, épurés, signés et, par-dessus tout, touchants. «D'un âne, on ne fera jamais un cheval, de même, d'un mauvais raisin, on ne peut faire un bon vin», m'avait lancé un Henri Ramonteu (Domaine Cauhapé) en me proposant son Jurançon Noblesse du Temps 1999, à la fois fier de cette fabuleuse cuvée (il y a de quoi!) et encore sous le choc de la portion de tourtière de ma mère que je lui avais copieusement servie (il y a de quoi aussi!). Avec les Grassa (Gers), Brumont (Madiran) et Hours (Jurançon), un mousquetaire de la qualité, un compulsif du beau produit.

Belle rencontre au printemps dernier avec le «sorcier de Féline», le Languedocien Michel Escande (Borie de Maurel), dont les syrahs (Cuvée Sylla), grenaches (Cuvée Belle de Nuit) et mourvèdres (Cuvée Maxime) sont véritablement d'une classe à part. Des vins qui interpellent et dérangent, comme s'il planait ici un parfum de mystère exacerbé par une sensualité très animale. Une expérience en soi. Dans une sphère complètement opposée, entretien avec le Libournais Gérard Perse chez lui, au Château Monbousquet, tout juste avant Vinexpo. Un homme direct, attachant et fort civilisé, comme ses vins, d'ailleurs. Dégustation des 2002 (Monbousquet, Bellevue-Mondotte, Pavie, etc.), des vins au sommet de l'appellation dans ce millésime, mais aussi des vins qui s'inscrivent dans une philosophie du dépassement qui bouscule les petites habitudes locales de travail. Et qui chatouille les envieux au passage!

Avec la rentrée, entretien avec la belle et dynamique Gioia Cresti, flying winemaker dans son propre pays et auteur, à la Fattoria Carpineta Fontalpino, de la merveilleuse cuvée Do ut Des 2000 (47,75 $ - 904532). Un nouveau style de vin toscan serait-il en train de naître avec ce rouge dense et rigoureux mais aussi fin et tricoté avec des doigts de fée? Ce que je sais, après y avoir goûté, c'est que les mâles italiens devront se mettre au tricot pour la rattraper! Et puis, dans la série «Passez nous voir, on n'est pas sorteux», une douzaine de rencontres au sommet lors de la seconde édition de Montréal Passion Vin. Parmi celles-ci, l'exigeante et visionnaire Nadine Gublin (Domaine Jacques Prieur), les vertigineux rieslings du nom moins vertigineux du verbe Hubert Trimbach (F. E. Trimbach), le lucide et réaliste Randall Grahm (Bonny Doon Vineyards) ou encore la précieuse rencontre avec ce grand monsieur qu'est Jean-Bernard Delmas (Haut-Brion), qui se retirait, en 2003, après 48 ans de bons et loyaux services pour le vin. Si je naissais tout juste lorsqu'il foulait sa première vendange au château, j'étais encore loin, derrière mon biberon, à aspirer au nectar de Haut-Brion!

* Code SAQ utile pour mieux repérer le produit. (514) 873-2020, 1 866 873-2020 ou www.saq.com. Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus.

jean-aubry@vintempo.com

Les vins de la semaine

La bonne affaire

Pinot Blanc Réserve 2002, Alsace, Pierre Sparr

(14,75 $ - 134635)

Voilà un pinot blanc expressément taillé pour charmer avec son fruité franc arrondi ici par quelques grammes de douceur mais aussi adroitement balancé par une pointe de gaz carbonique qui l'avive et le place en orbite. Finale courte mais nette. (1)

Le porto

Warre's Vintage Port 1994 (52 $ les 375 ml - 735126)

Après un peu plus de sept ans en demi-flacon, ce grand vintage impressionne. Le coeur du millésime solaire bat encore la chamade sous des dehors qui affichent une civilité, un détail et une race qui s'apprécient déjà à chaque détour. Parfums homogènes, doucement sucrés, et saveurs fines, fraîches, merveilleusement élégantes, où cèdre, santal, cassis et une approche plus minérale prennent le relais longuement. Top! (2)

La primeur en blanc

Riesling Les Princes Abbés 1999, Schlumberger

(22,90 $ - 743443)

Comme je les aime: saisissant et ambitieux, adroit comme un lanceur de javelot, inoxydable et résistant aux modes. Un blanc sec, vertical et tonique, finement fruité, léger, élancé et pourvu d'un équilibre qui lui confère beaucoup de dignité. (1)

La primeur en rouge

Château Lousteauneuf 2000, Médoc (25,40 $ - 913368)

Beaucoup de tenue, de grain et de sensations tactiles déclinés ici sur un ensemble très homogène, peut-être un peu plus ramassé et sérieux que le 2001 et toujours pourvu d'une élégance et d'une pureté de fruit qui en font un classique du genre. Sans pousser sur l'extraction. Sauté de veau aux champignons sauvages? (2)

Le vin plaisir

Château de Seguin, Cuvée Prestige 1999, Bordeaux Supérieur (22,10 $ - 701680)

Parmi les bons 1999 goûtés à ce jour, c'est un vin qui a aujourd'hui atteint sa vitesse de croisière. Les proportions sont justes, avec une excellente maturité des cabernets complétés de merlots, le tout s'offrant sur une texture suffisamment dense pour se prolonger encore sur les deux ou trois prochaines années. Civilisé et digeste avec ça. (1)






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