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Un B de justesse chez Holder

Philippe Mollé   7 novembre 2003  Alimentation
Au début des années 1900, la vieille Europe regorgeait de cafés-bistros et de brasseries qui, pour la plupart, étaient financées en partie par de grandes sociétés brassicoles qui utilisaient ces restaurants-bars comme vitrines pour la vente de leurs produits. Ces lieux ont acquis une certaine notoriété tout en changeant au fil du temps leur vocation première.

Du style pompier inspiré de l'art déco des années 30, les nouvelles brasseries ont conservé les larges miroirs biseautés et les lustres d'époque. C'est ainsi que se présente le quasi nouveau resto-brasserie Holder avec ses hauts plafonds. Un magnifique bar s'y affiche tout de long et laisse miroiter dans son ombre des bouteilles placées selon un ordre militaire que des éclairages tamisés mettent en valeur.

J'avais convié mon invité pour le repas du midi. Il a eu, tout comme moi, toutes les difficultés du monde à intégrer son espace vital tant les tables sont serrées. Il est vrai que l'hiver tout proche permet le réchauffement de la proximité, chaleur que ma soupe de poisson (7,50 $) n'avait point puisqu'elle a dû faire un aller-retour à la cuisine avant de subir le test du goût. La pauvre serveuse n'a guère eu plus de chance en m'expliquant que la rouille de la garniture était «une petite moutarde»... La soupe réchauffée était insipide, au même titre que la mayonnaise (rouille), aillée et safranée, qui n'a pas réussi à me combler. Pour une journée d'Halloween, j'avais espéré un plat plus goûteux et plus savoureux. Peut-être a-t-on simplement voulu me faire peur, en cette journée bien spéciale de la fin octobre, en testant ma réaction?

Comme c'était vendredi, nous avons tous deux opté pour un repas de poisson, bien présent sur une carte alléchante avec une multitude de choix pour les âmes difficiles comme la mienne. Les tartares sont réactualisés, qu'ils soient de saumon, comme celui de mon invité, ou de boeuf, servi avec des frites. Dans ce cas, la qualité de la viande est primordiale afin d'éviter tout problème. Haché finement, avec avocats et fines herbes, le saumon était emprisonné dans une languette de concombre.

Les assaisonnements semblaient être une option non comprise dans le prix de base (9 $) et manquaient délibérément à l'appel. Les serveurs, tout de blanc vêtus, ont poliment exposé la table d'hôte, montrant qu'ils connaissent fort bien leur leçon. Le poisson du jour (17 $), un bar du Chili parfaitement cuit et bien assaisonné, était garni d'un risotto de blé, d'une garniture de tomate provençale et d'un flan de carottes en délicate harmonie. La morue, devenue un poisson rare et de plus en plus convoité (lire La Fabuleuse Histoire de la morue chez Lattès), était, chose encore plus rare, servie en pavé épais (17,50 $) accompagné de pancetta, de haricots blancs ressemblant plus à des flageolets et d'une sauce aux herbes. L'ensemble était bien préparé et passablement agréable, ce qui m'a réconcilié avec cette brasserie BCBG de la rue McGill.

La musique qui me semblait forte en entrant ne s'entendait plus dans le brouhaha de la salle comble ce midi-là. Par contre, ayant le nez collé dans l'assiette du voisin, on participe comme une grande famille au commérage de tous sans y avoir été préalablement invité.

Comme pour le reste, la carte offre un large choix qui satisfait aisément les amateurs de sucreries de ce monde. On y retrouve les classiques du genre, notamment la crème caramel, les profiteroles, la tarte au sucre et, plus osé, un soufflé au Grand Marnier que je n'ai point goûté. Avec un faible pour le grand chocolat, mon choix s'est naturellement porté vers le crémeux au chocolat, que le serveur m'a décrit comme une mousse chocolatée plus crémeuse et plus riche.

Présentée avec quelques taches de coulis, la mousse ganache reposait sur un biscuit praliné bien confectionné, laissant peu de chances à mes voisins envieux. Dommage que la conclusion d'un repas soit généralement l'image qu'on en conserve. Un café médiocre (espresso), servi tiède et sans sa crème du dessus (signe d'un bon café), a ainsi mis fin à un repas à moitié réussi. Nous accordons donc à peine la note de passage de 50 % pour une deuxième visite dans cette brasserie qui devrait corriger son inconstance, maladie chronique qui rend inconfortables de nombreux restaurants. Cependant, très beau choix de vins, tant en bouteille qu'au verre, et à des prix actuels. Service courtois et professionnel.
- Plus: un endroit agréable avec de la vie et des serviettes de tissu pour s'essuyer les lèvres.
- Moins: les tables beaucoup trop rapprochées et une cuisine inconstante.

Prix payé pour deux avec taxes et service avec une bière pression, deux verres de vin et deux cafés, une soupe de poisson, un tartare de saumon, deux poissons et un dessert: 96,47 $.

Restaurant Holder

407, rue McGill

Montréal (514) 849-0333

***

Les nappes du mois

- Ferreira Café

1446, rue Peel

Montréal

(514) 848-0988

Le Portugal à son meilleur

Jamais de déception dans cette belle maison, parmi les meilleures de Montréal. Le chef, fidèle au poste depuis le début, travaille le poisson comme il se doit. Les vins et le porto sont toujours agréablement conseillés par Alain Bélanger.

- Le Bistro à Champlain

75, chemin Masson

Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson

(450) 228-4988

In vino veritas

Chez Champlain, le vin est de la fête tous les jours. On y apprécie la gentillesse des proprios et une cuisine des plus acceptables avec un foie gras poêlé aux figues et un agneau merveilleusement cuisiné, le tout au milieu d'une collection de Riopelle à faire pâlir.

- Katsura

2170, rue de la Montagne

Montréal

(514) 849-1172

Le Japon sans limites

Depuis toujours, le Katsura fait partie des grands et vrais restaurants japonais. En plus du décor, les assiettes sont des oeuvres d'art qui offrent une authentique cuisine japonaise et des sushis comme peu savent les faire.

- La Mer

1065, avenue Papineau

Montréal

(514) 522-2889

Huîtres à gogo

Un choix d'huîtres incomparable vous est présenté dans ce resto acoquiné à la poissonnerie La Mer, juste à côté. Pas moins de huit variétés sont proposées aux amateurs de parties d'huîtres, de la plus petite, finement iodée, à la plus grosse, que l'on surnomme le sabot de cheval.






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