Le Jura : bien plus qu'une poignée de noix ! (2)
Cinq cépages: chardonnay et savagnin en blanc, puis pinot noir, trousseau et poulsard en rouge, le tout regroupé à l'intérieur des six AOC viticoles que sont Côtes du Jura, Arbois, L'Etoile, Château-Chalon, Crémant du Jura et Macvin. Un tout petit 1% au total du vignoble français, comme je le mentionnais la semaine dernière, mais un gros 100 % sur le plan de l'originalité d'ensemble.
D'ailleurs, qui d'entre vous a déjà entendu parler du savagnin? Du trousseau? Du poulsard? Des noms à coucher dehors, je sais, mais des flaveurs à vous couper le sifflet tant elles brillent sur le plan aromatique comme sur celui de la vitalité particulièrement digeste qu'elles laissent dans leurs sillage. À des kilomètres des vins lourds, puissants, chargés en alcool et fortement extraits qui courbent l'échine sous l'action du réchauffement planétaire.
Prenons le trousseau et le poulsard. Si le premier adore les sols chauds et graveleux comme un cabernet planté à Pessac-Léognan, du côté de Bordeaux, en s'offrant une bonne dose de couleur et de tanins, le second, lui, qui représente 80 % de l'encépagement en rouge du Jura, tire du sous-sol plus lourd de marnes et d'argiles une robe corail qui le place, sur le plan de la structure, au niveau d'un rosé qui se serait acoquiné avec un rouge. Dans les deux cas, des vins pas très construits mais expressifs et délicats, dans l'esprit d'un pinot noir.
Un Trousseau 1998 de chez Daniel Dugois à Arbois et un Poulsard 1990 de chez Jean-Michel Petit à Pupillin, dégusté lors de ma visite sur place, tous deux encore d'une pétulante jeunesse, offraient tout à la fois cet équilibre juste, ce détail subtil et cette grâce naturelle des cépages issus de vignobles septentrionaux.
Les cuvées Louis Pasteur de chez Henri Maire, des millésimes 1983 et 1976 au sommet de leur maturité, avaient elles aussi cette envolée lyrique des meilleurs bourgognes. Le hic, cependant: il n'y a pas l'ombre d'une rafle de ces cépages sur notre marché. En plus des Dugois et Petit, je verrais d'un bon oeil à la SAQ ceux de Puffeney, de Ganevat, du Comte de Laguiche au Château d'Arlay, des domaines de la Pinte, de Treuvey, de l'Octavin, de la Renardière et autres Domaine de la Tournelle.
Vinifié seul ou assemblé au trousseau et poulsard, le pinot noir, importé dès le XVe siècle par le comte Jean de Chalon dont le Château d'Arlay élabore encore à ce jour une production classique et particulièrement racée, nul doute qu'il trouvera à contenter l'aficionado toujours en quête du Saint Graal noirien.
Plus étoffé que l'alsacien mais moins riche que ses collègues de la côte de nuits bourguignonne, le gaillard, la plupart du temps élevé en gros foudres, opte, dans le Jura, pour la rigueur, avec une consistance fraîche et épicée, souvent relevé en finale d'une touche minérale fumée liée au terroir. Pour vous en convaincre, débouchez et passez impérativement en carafe une bouteille de Pinot Noir «Nos Vendanges» 2005 de chez Rolet (21,50 $ - 10884760), ou encore, en plus substantiel, la cuvée «En Barberon» 2006, Côtes du Jura du sympathique Stéphane Tissot (34,75 $ - 10269661).
J'ouille ou j'ouille pas ?
Le blanc sec jurassien fascine plus encore. Vinifiés seuls ou en duos, chardonnays et savagnins s'épousent à merveille, tout comme ils se font respectivement les émetteurs privilégiés des sols calcaires et de marnes grises (savagnins) qui leur servent de tremplin. Voici d'ailleurs comment ça se passe.
À l'autre bout du spectre, il y a ce sacré vin jaune vinifié à base de savagnin dont le contenu du fût n'a pas été ouillé (l'action de compléter l'évaporation par une part égale de vin) durant ses 75 mois d'élevage avec ce goût de rancio typique lié à l'oxydation, puis, à l'opposé, des savagnins ou chardonnays vinifiés et élevés en cuves, sous ouillage permanent, offrant tout l'éclat d'un fruité de pomme fraîche.
Entre les deux, pour mieux brouiller les pistes, des cuvées qui ne sont pas toujours ouillées sur une, deux, voire trois années d'élevage afin d'apporter une touche de complexité supplémentaire. Ainsi, les nuances florales et fruitées s'inspireront au passage de tonalités plus fines où la noix, le pain d'épices, la fougère ou encore le caramel fin détaillent plus encore la cuvée finale.
Je pense à cette superbe Fleur de Savagnin 2006 du Domaine Labet (29,60 $ - 10783248), actuellement disponible, ou à la gamme des vins de Nicole Deriaux au Domaine Montbourgeau (hélas non disponibles!), en appellation Étoile, au profil subtil et profond, parfaitement maîtrisé. Son Crémant Brut est d'ailleurs pure merveille.
À l'amer savamment entretenu du vin jaune s'opposent les douceurs excentriques du vin de paille et du macvin. Comme quoi la vie est bien faite. Car de l'apéro au dessert, la table est mise. Et bien mise.
Que ce soit avec le vin de paille, vin naturellement doux issu d'une vendange limitée à 20 hectolitres à l'hectare ou moins, le tout séché pour un minimum de six semaines sur un lit de paille, ou avec le macvin, mistelle (comme le Pineau des Charentes ou le Floc de Gascogne, par exemple) élaborée sur une base de jus de raisins frais (les cinq cépages jurassiens sont permis) dont on a stoppé les fermentations avec une eau-de-vie distillée à partir de marc de raisin frais, le Jura surprend et régale. Surtout avec la crème brûlée!
Jean Aubry était l'invité du Comité interprofessionnel des vins du Jura.
**
Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2010 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l'émission de Christiane Charette à l'antenne de Radio-Canada.
www.vintempo.com
*****
LES VINS DE LA SEMAINE
La belle affaire
La Truffière 2005, De Conti, Bergerac (13,55 $ - 10846000)
Du vin, du beau, du bon vin, moins anguleux que le 2004, plus substantiel aussi, avec ce grain fruité bien fourni, ce malbec qui «merlotte» et parfume la bouche longuement. C'est souple, plein, frais, de corps moyen, avec une finale nette et affirmée qui ne manque pas de caractère. 1.
**
La carte resto-vin
La Montée, 1424 Bishop, Montréal (514 289-9921)
Un amoureux du Jura que ce Hugo, qui propose chez lui la crème de l'appellation. Sa proposition? Les vins du Domaine Philippe Bornard à Pupillin, que ce soit son Melon à queue rouge 2005 ou le Savagnin «Cuvée Les Chassagnes» 2005, à la fois fringant et aromatique.
**
La primeur en blanc
Château de Pocé 2008, Touraine (15,65 $ - 10689606)
Vous pourriez taquiner l'huître fraîche avec ce vibrant sauvignon qu'elle ne s'en porterait pas plus mal. Le vin a de la vinosité derrière une apparente fragilité, mais il ne faut pas s'y fier: c'est un fonceur, un séducteur, un amateur de croquant, surtout sur le plan fruité. Dégourdi, le coco ! 1.
**
La primeur en rouge
Château de Montguéret 2008, Anjou (16,50 $ - 871996)
Oh la la! Qu'il fait plaisir à boire, celui-là, avec cette légèreté fruitée à fleur de peau, ce côté candide, jovial et sain, d'une désarmante sincérité. Vin pur fruit, très mesuré sur le plan de l'alcool, bien sec, frais, simple mais particulièrement nourrissant. Quiche aux lardons, petit salé aux lentilles. 1.
**
Le vin plaisir
Barone Cornacchia 2007, Montepulciano d'Abruzzo (16,30 $ - 979039)
On a su rendre ici le rayonnement fruité du cépage en lui caressant les angles et en lui gonflant la cage thoracique sans lui pervertir l'esprit ou en tarir la sève. Plein, coulant, substantiel et confortant, d'un équilibre qui le rend immédiatement digeste. 1.
D'ailleurs, qui d'entre vous a déjà entendu parler du savagnin? Du trousseau? Du poulsard? Des noms à coucher dehors, je sais, mais des flaveurs à vous couper le sifflet tant elles brillent sur le plan aromatique comme sur celui de la vitalité particulièrement digeste qu'elles laissent dans leurs sillage. À des kilomètres des vins lourds, puissants, chargés en alcool et fortement extraits qui courbent l'échine sous l'action du réchauffement planétaire.
Prenons le trousseau et le poulsard. Si le premier adore les sols chauds et graveleux comme un cabernet planté à Pessac-Léognan, du côté de Bordeaux, en s'offrant une bonne dose de couleur et de tanins, le second, lui, qui représente 80 % de l'encépagement en rouge du Jura, tire du sous-sol plus lourd de marnes et d'argiles une robe corail qui le place, sur le plan de la structure, au niveau d'un rosé qui se serait acoquiné avec un rouge. Dans les deux cas, des vins pas très construits mais expressifs et délicats, dans l'esprit d'un pinot noir.
Un Trousseau 1998 de chez Daniel Dugois à Arbois et un Poulsard 1990 de chez Jean-Michel Petit à Pupillin, dégusté lors de ma visite sur place, tous deux encore d'une pétulante jeunesse, offraient tout à la fois cet équilibre juste, ce détail subtil et cette grâce naturelle des cépages issus de vignobles septentrionaux.
Les cuvées Louis Pasteur de chez Henri Maire, des millésimes 1983 et 1976 au sommet de leur maturité, avaient elles aussi cette envolée lyrique des meilleurs bourgognes. Le hic, cependant: il n'y a pas l'ombre d'une rafle de ces cépages sur notre marché. En plus des Dugois et Petit, je verrais d'un bon oeil à la SAQ ceux de Puffeney, de Ganevat, du Comte de Laguiche au Château d'Arlay, des domaines de la Pinte, de Treuvey, de l'Octavin, de la Renardière et autres Domaine de la Tournelle.
Vinifié seul ou assemblé au trousseau et poulsard, le pinot noir, importé dès le XVe siècle par le comte Jean de Chalon dont le Château d'Arlay élabore encore à ce jour une production classique et particulièrement racée, nul doute qu'il trouvera à contenter l'aficionado toujours en quête du Saint Graal noirien.
Plus étoffé que l'alsacien mais moins riche que ses collègues de la côte de nuits bourguignonne, le gaillard, la plupart du temps élevé en gros foudres, opte, dans le Jura, pour la rigueur, avec une consistance fraîche et épicée, souvent relevé en finale d'une touche minérale fumée liée au terroir. Pour vous en convaincre, débouchez et passez impérativement en carafe une bouteille de Pinot Noir «Nos Vendanges» 2005 de chez Rolet (21,50 $ - 10884760), ou encore, en plus substantiel, la cuvée «En Barberon» 2006, Côtes du Jura du sympathique Stéphane Tissot (34,75 $ - 10269661).
J'ouille ou j'ouille pas ?
Le blanc sec jurassien fascine plus encore. Vinifiés seuls ou en duos, chardonnays et savagnins s'épousent à merveille, tout comme ils se font respectivement les émetteurs privilégiés des sols calcaires et de marnes grises (savagnins) qui leur servent de tremplin. Voici d'ailleurs comment ça se passe.
À l'autre bout du spectre, il y a ce sacré vin jaune vinifié à base de savagnin dont le contenu du fût n'a pas été ouillé (l'action de compléter l'évaporation par une part égale de vin) durant ses 75 mois d'élevage avec ce goût de rancio typique lié à l'oxydation, puis, à l'opposé, des savagnins ou chardonnays vinifiés et élevés en cuves, sous ouillage permanent, offrant tout l'éclat d'un fruité de pomme fraîche.
Entre les deux, pour mieux brouiller les pistes, des cuvées qui ne sont pas toujours ouillées sur une, deux, voire trois années d'élevage afin d'apporter une touche de complexité supplémentaire. Ainsi, les nuances florales et fruitées s'inspireront au passage de tonalités plus fines où la noix, le pain d'épices, la fougère ou encore le caramel fin détaillent plus encore la cuvée finale.
Je pense à cette superbe Fleur de Savagnin 2006 du Domaine Labet (29,60 $ - 10783248), actuellement disponible, ou à la gamme des vins de Nicole Deriaux au Domaine Montbourgeau (hélas non disponibles!), en appellation Étoile, au profil subtil et profond, parfaitement maîtrisé. Son Crémant Brut est d'ailleurs pure merveille.
À l'amer savamment entretenu du vin jaune s'opposent les douceurs excentriques du vin de paille et du macvin. Comme quoi la vie est bien faite. Car de l'apéro au dessert, la table est mise. Et bien mise.
Que ce soit avec le vin de paille, vin naturellement doux issu d'une vendange limitée à 20 hectolitres à l'hectare ou moins, le tout séché pour un minimum de six semaines sur un lit de paille, ou avec le macvin, mistelle (comme le Pineau des Charentes ou le Floc de Gascogne, par exemple) élaborée sur une base de jus de raisins frais (les cinq cépages jurassiens sont permis) dont on a stoppé les fermentations avec une eau-de-vie distillée à partir de marc de raisin frais, le Jura surprend et régale. Surtout avec la crème brûlée!
Jean Aubry était l'invité du Comité interprofessionnel des vins du Jura.
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Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2010 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l'émission de Christiane Charette à l'antenne de Radio-Canada.
www.vintempo.com
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LES VINS DE LA SEMAINE
La belle affaire
La Truffière 2005, De Conti, Bergerac (13,55 $ - 10846000)
Du vin, du beau, du bon vin, moins anguleux que le 2004, plus substantiel aussi, avec ce grain fruité bien fourni, ce malbec qui «merlotte» et parfume la bouche longuement. C'est souple, plein, frais, de corps moyen, avec une finale nette et affirmée qui ne manque pas de caractère. 1.
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La carte resto-vin
La Montée, 1424 Bishop, Montréal (514 289-9921)
Un amoureux du Jura que ce Hugo, qui propose chez lui la crème de l'appellation. Sa proposition? Les vins du Domaine Philippe Bornard à Pupillin, que ce soit son Melon à queue rouge 2005 ou le Savagnin «Cuvée Les Chassagnes» 2005, à la fois fringant et aromatique.
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La primeur en blanc
Château de Pocé 2008, Touraine (15,65 $ - 10689606)
Vous pourriez taquiner l'huître fraîche avec ce vibrant sauvignon qu'elle ne s'en porterait pas plus mal. Le vin a de la vinosité derrière une apparente fragilité, mais il ne faut pas s'y fier: c'est un fonceur, un séducteur, un amateur de croquant, surtout sur le plan fruité. Dégourdi, le coco ! 1.
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La primeur en rouge
Château de Montguéret 2008, Anjou (16,50 $ - 871996)
Oh la la! Qu'il fait plaisir à boire, celui-là, avec cette légèreté fruitée à fleur de peau, ce côté candide, jovial et sain, d'une désarmante sincérité. Vin pur fruit, très mesuré sur le plan de l'alcool, bien sec, frais, simple mais particulièrement nourrissant. Quiche aux lardons, petit salé aux lentilles. 1.
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Le vin plaisir
Barone Cornacchia 2007, Montepulciano d'Abruzzo (16,30 $ - 979039)
On a su rendre ici le rayonnement fruité du cépage en lui caressant les angles et en lui gonflant la cage thoracique sans lui pervertir l'esprit ou en tarir la sève. Plein, coulant, substantiel et confortant, d'un équilibre qui le rend immédiatement digeste. 1.
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