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Carmignano la discrète et Brunello le beau

Jean Aubry   11 septembre 2009  Alimentation
Des raisins bien mûrs, prêts à être cueillis sur-le-champ dans un vignoble toscan de la ville de Montalcino, en Italie.
Photo : Agence Reuters
Des raisins bien mûrs, prêts à être cueillis sur-le-champ dans un vignoble toscan de la ville de Montalcino, en Italie.
Évoquer l'histoire de la Tenuta di Capezzana, située à une vingtaine de kilomètres de Florence, tout au nord de la Toscane, c'est un peu comme visionner un film de Vittorio de Sica. Un film des années 1920 en noir et blanc dans lequel le patriarche Alessandro Contini Bonacossi acquiert le domaine de Capezzana où vignes et oliviers sont déjà, depuis plus de 12 siècles, des acteurs de premier plan. L'endroit est évidemment bucolique avec villa, jardins, fontaines et tout et tout, avec un arrêt sur l'image qui donne cette impression que le temps a stoppé son cours. Pourtant, «la philosophie à Capezzana reste toujours la même, à savoir fidélité à la tradition, mais à une tradition en marche, comparable plutôt à un navire qui suit sa route qu'à une statue immobile», comme me l'apprenait cette semaine Beatrice Contini Bonacossi, de passage au Québec. C'est justement du côté de cette «non-révolution», ou révolution plus que tranquille, qu'opère ici tout le charme des vins. Une discrétion et une sobriété sur le plan du scénario qui échappent encore aux «superToscans», ces acteurs nettement plus flamboyants.

Cette discrétion tient aussi du fait que l'appellation Carmignano DOCG soit l'une des plus petites d'Italie, avec quelque 300 hectares de vignoble et à coup sûr la plus intime de Toscane, dont les Brunello di Montalcino, Chianti et Chianti Classico, Vernaccia di San Gimignano et Vino Nobile di Montepulciano constituent les autres membres. S'insère ensuite à l'intérieur de l'appellation Carmignano le Barco Reale, promu au rang de DOC en 1994 où s'affairent environs sept producteurs, dont Capezzana, qui enlève 70 % de la production totale, un vignoble qui prend son nom de l'ancienne propriété des Médicis dont les limites étaient cernées par le mur de Barco Reale, long de près d'une cinquantaine de kilomètres. Barco Reale, c'est la version juvénile du sangiovese auquel on a ajouté une part de cabernet sauvignon pour la structure et de canaiolo pour la couleur. Le 2007 dont je vous avais parlé la semaine dernière (19,25 $ - 729434) offre encore une fois, derrière le magnifique 2006, ce fruit bien maîtrisé, consistant et intègre qui constitue la carte de visite de Beatrice.

Le cabernet sauvignon? Beaucoup plus intégré ici qu'on pourrait le soupçonner, car c'est sous le règne du grand duc Cosimo III au XVIIe siècle qu'il est d'abord cultivé en pépinière à partir de souches provenant de France. Ugo, le père de Beatrice, de Filippo (à la vigne) et de Benedetta (au chai) assurera pour sa part la suite en important d'autres clones, ceux-là cédés par le château Lafite Rothschild. C'est sans aucun doute dans la cuvée Villa di Capezzana 2005 (31,25 $ - 977827) qu'il trouve son expression la plus pure, même s'il ne constitue que 20 % de l'assemblage en complément du sangiovese. Texture serrée, d'excellente tenue même dans ce millésime disons, moins plein que le 2004 ou le 2006 à venir, d'un grain fruité dont on sent encore une fois la fraîcheur (fluctuation de journées chaudes et de nuits fraîches assurent ici une parfaite intégrité fruitée) et cet écho minéral du terroir qui n'est pas sans évoquer un vin de Graves à Bordeaux. Enfin, d'un millésime solaire qui a pourtant épargné la cuvée Ghiaie della Furba 2003 (42 $ - 745232) dont les deux cabernets constituent la colonne vertébrale depuis 1998; avec le merlot et la syrah, le vin offre une certaine opulence derrière ses tanins mûrs et abondants, le tout une fois de plus ennobli par un boisé tout ce qu'il y a de discret. Comme les Bonacossi.

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- Potentiel de vieillissement du vin:1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus: le vin gagne à séjourner en carafe.

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Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2010 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ à paraître en octobre prochain, et chroniqueur à l'émission Christiane Charette à l'antenne de Radio-Canada.

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www.vintempo.com

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Les vins de la semaine

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La belle affaire
Domaine de Gournier 2008, Vin de pays des Cévennes (10,95 $ - 365957)

Quand cet assemblage merlot-syrah nous est passé sous le nez devant un riz frit au poulet, l’accord était tel qu’il a fallu chercher de nouveau le tire-bouchon. Fruité bien palpable derrière une étoffe qui le met en relief, avec fraîcheur et gourmandise. 1

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La belle

Saint Péray 2007 «La Belle de mai», Jean-Luc Colombo (32,25 $ - 10678190)

Elle a la courbe gracile mais ample, cette belle dame qui distille ses parfums comme une eau de Guerlain. Discrétion appuyée par le registre épicé du bois en sourdine avec ses nuances d’amandes au beurre, puis bouche moelleuse, capiteuse, longue. 2

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La primeur en blanc

Riesling G.C. Steinert 2007, Cave de Pfaffenheim (29,10 $ - 866319)

Le millésime accroche bien haut les flaveurs de ce superbe riesling qui joue finement sur la tension minérale et la densité expressive du fruit. C’est bien focalisé et précis dans la mise en place, avec cette répercussion en profondeur du fruité, longuement. 2

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La primeur en rouge

E Minor 2007, Shiraz, Barossa Valley (16,95 $ - 11073926)

Rien de trop encombrant ni de démesuré ici, plutôt une shiraz qui tient ses promesses, au nez comme en bouche, avec franchise, corps et fraîcheur, relevé en finale d’une pointe d’astringence qui lui donne plus d’autorité encore. Viande braisée. 1

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Le vin plaisir

Coronas 2006, Tempranillo, Torres (13,95 $ - 029728)

Certainement à moins de 15 $ le meilleur tempranillo offert actuellement sur le marché! Tout est orchestré pour satisfaire celui qui désire son vin solide et bien étoffé, mais aussi frais et doté d’une certaine complexité. Fruité imposant sur fond de tabac frais. Belle affaire! 1






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